Le dernier arpenteur des sables / Jay Hosler

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Le dernier arpenteur des sables / Jay Hosler. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso. Editions Cambourakis, 2015. 319 pages.

Un petit groupe d’intrépides scientifiques s’apprête à quitter Coleopolis à la recherche de nouvelles formes de vie. Menée par Lucy, coléoptère refusant de soumettre sa soif de connaissance aux dogmes prêchés depuis des années par les autorités de la cité, l’expédition n’est pas du goût de tout le monde. Le machiavélique professeur Owen est prêt à tout pour s’approprier et falsifier les résultats de l’incroyable découverte bientôt faîte par Lucy. Le monde est bien plus grand et riche qu’on ne l’enseigne à Coleopolis, l’histoire et la science officielles pourraient bien s’en trouver ébranlées à tout jamais.

Une BD en noir et blanc prise un peu au hasard car je n’en avais jamais entendu parler et, réellement, une excellente surprise. Il est certain que je m’interrogeais : comment l’auteur allait-il me rendre intéressante une histoire d’insectes ? Non ce n’est pas une histoire de Maya l’abeille, à la sauce coléoptère, mais un récit fouillé, imaginatif et qui tient la route. Jay Holser rend hommage à des films, des auteurs, des scientifiques etc, mais sans que cela soit pesant, en poursuivant son histoire tout en faisant quelques clin d’oeils. Ceci est une sorte de pendant de la conquête spatiale pour l’homme, mais au niveau de la terre pour ces insectes dont nous ignorons pour la plupart l’existence où que nous connaissons si mal.

La narration tourne autour de 6 personnages, incluant le méchant de l’histoire : le professeur Owen. Au fil des pages, et de l’exploration qui se déroule tout d’abord dans le désert, puis dans un espace fort lointain (lié aux actes malveillants du professeur Owen), nous en apprendrons davantage sur chacun d’entre eux, sur leur place dans la cité de Coleopolis, mais également sur les dogmes des dirigeants de cet univers. Nos héros ne sont pas avares d’erreurs, d’ignorance et de caractères bien trempés, ce qui agrémentent cette histoire et nous permet de découvrir un monde ignoré de ces êtres minuscules : oiseau, coccinelle, araignée, serpent, fourmi etc et même  ces Chroma-gnons qui resteront une chimère pour Lucy. Un autre monde à explorer mais qui se situe à une taille telle qu’il serait difficile à l’auteur de nous en rendre compte.

Un bon moment de lecture qui prouve que la réflexion et la cohésion de groupe font la force.

Un avis, celui des Buveurs d’encre

Au départ d’Atocha / Ben Lerner

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Ben Lerner - Au départ d'Atocha.Festival America - logo

Au départ d’Atocha / Ben Lerner. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jakuta Alikavazovic. Editions de l’Olivier, 2014. 206 pages.

Adam Gordon est un jeune poète américain en résidence d’écriture à Madrid. Mais il écrit peu : il fume, déambule, lit, drague Isabel, courtise Teresa… et s’invente une vie. Dans ses récits tissés de mensonges, sa mère est malade et son père fasciste. Spectateur fasciné de sa fausse existence, Adam navigue au sein d’un univers fait de littérature, d’art et d’intrigues amoureuses.
Mais quand un attentat frappe la gare d’Atocha, la réalité vient troubler sa fiction. Au départ d’Atocha est un premier roman impertinent, dans lequel les expatriés sont renvoyés au vide de leur condition, loin des corridas chères à Hemingway. Il s’inscrit cependant dans une autre filiation, où l’ironie se conjugue au lyrisme de l’errance : celle de Musil, Rilke ou Svevo. Avec ce livre inclassable, Ben Lerner esquisse un saisissant portrait de l’artiste en jeune homme.

La 4ème ne m’inspirait guère, mais je souhaitais lire cet auteur dans le cadre du Festival America. Emprunté à la bibliothèque ce roman était présenté comme un coup de coeur, donc j’ai fini par me laisser tenter. Et,…..

Dès les premières pages, je me suis dit que cette lecture allait être difficile et j’ai regardé le nombre de pages avant de me dire qu’il n’était pas bien long et que je devrais pouvoir y trouver quelque chose. Mais quoi ?

Pour moi ce roman symbolise les errances nombrilistes d’un jeune homme gâté, consommateur d’antidépresseurs, d’alcool et de fumettes de tous styles. Qui s’interroge (et encore, je suis gentille) sur lui-même, se cherchant une place (au soleil de préférence). Il ressemble par bien des travers à beaucoup d’entre nous qui au moment du passage à l’âge de partir travailler, tente de retarder l’échéance, se cherchant des excuses, des échappatoires de tout côté. Mais lorsqu’on lit ces 206 pages, on a juste envie de s’endormir. L’attentat d’Atocha me semblait décrit comme un révélateur ; il s’avère que cet événement et les manifestations qui ont suivi permettent juste à l’auteur d’inclure son personnage dans le réalisme, mais cela ne change en rien son comportement. Le style m’a totalement ennuyé. J’avais parfois l’impression de longs borborygmes ou de phrases se cherchant elles-mêmes un sens.

Bref je ne suis jamais entrée dans cet ouvrage. Je viens de lire la 4ème du nouvel opus de Ben Lerner qui m’inspire davantage mais, le personnage principal reste le même d’où quelques réticences à replonger.

Comme un frère / David Treuer

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David Treuer - .Festival America - logo

Comme un frère / David Treuer. Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier. Albin Michel, 2002 (Terres d’Amérique). 330 pages

Little, son premier roman, a été pour de nombreux lecteurs la révélation d’un incroyable talent. Dans Comme un frère, David Treuer donne la pleine mesure de son univers d’écrivain avec cette même gravité, à la lisière de la poésie et du réalisme, qui fait toute la force de son écriture. Dans le Southside de Minneapolis, un quartier rongé par la misère, Simon, un jeune Indien, sort de prison où il a purgé une peine de dix ans pour le meurtre de son frère. Il lui faut maintenant retrouver une place parmi les siens et prendre un nouveau départ. Mais ce dont rêve avant tout Simon, c’est de réconcilier passé et présent. Il se met alors en quête d’une impossible rédemption… Entre ombre et lumière, violence et fragilité, Comme un frère porte un regard intense sur la vie et les êtres.

En attendant Septembre et Le mois américain chez Titine qui me permettra de vous parler du dernier David Treuer « Et la vie nous emportera » – Merci aux Editions Albin Michel – , voici un de ses ouvrages plus ancien.

Comme dans un précédent roman dont je vous ai parlé il y a peu, on retrouve un esprit similaire : la place de l’indien dans la ville, la réserve, les souvenirs d’enfance, la famille et l’absence des échanges verbaux. Comme je l’ai lu dans des critiques passées, c’est un ouvrage fort sombre mais prenant pour qui sait écouter les silences et les chagrins qui en découlent.

Cette famille je lui ai trouvé de nombreuses similitudes avec la ville de Minneapolis : elle s’élève, des bâtiments sont détruits pour mieux la faire renaître de ses cendres ; les indiens sont invités à quitter leurs réserves pour l’y aider, puis brusquement tel un château de cartes, une pièce s’effondre et tout va s’écrouler : pièce par pièce. Alors oui, ici et là, les blessures sont calfeutrées, un semblant de renouveau apparaître, mais les fissures sont toujours là et plus rien ne sera jamais comme avant, jusqu’à ce que les démolisseurs interviennent. Mais, cette histoire, c’est aussi un formidable hommage à la place de la femme, de la mère prête à tout pour sauver un semblant d’équilibre, sa famille.

Betty est là, veuve, essayant de porter à bout de bras sa vie, ses 4 enfants, puis son petit-fils lorsque nous la rencontrons pour la première fois. A travers son regard, celui de son fils, Simon, c’est leur histoire et celle des indiens espérant une vie meilleure, moins difficile et faîte de promesses non tenues que nous allons les suivre. Retours en arrière, moments présents et espoirs de tous les instants nous font partager leur vie. Grâce à ces virgules dans le passé : le jour du décès du père, l’arrivée en ville, le premier chèque reçu et les courses qui s’ensuivent, le quotidien des enfants et la complicité des deux frères, la vie et les sourires, la curiosité et l’attente ne sont que plus grandes, cherchant à comprendre ce fratricide qui nous semble impossible.

Mais certains changements sont parfois trop difficiles, les silences également. Et malgré la complicité de One-Two, vétéran de la guerre de Corée et protecteur discret de la famille, des épaules qui cherchent à vous aider, la vie poursuit son chemin, apportant son lot de chagrins. Alors, non, ce livre n’est pas plombant comme vous pourriez le craindre, il décrit avec amour la fragilité de l’existence et des êtres, les choix bons ou mauvais. Le tout d’une plume subtile qui permet de tourner les pages et de le refermer sans regret pour le temps consacré à le découvrir.

Les épées de glace / Olivier Gay

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Les Épées de glace - L'Intégrale

Les épées de glace / Olivier Gay. Bragelonne, 2015. 612 pages

Lorsque Deria, fille d’un obscur baron du Nord, est retrouvée assassinée dans la capitale, les plus puissants de l’Empire font tout pour cacher sa mort à son père.Les deux amis les plus proches de la jeune fille, Shani, sa servante, et Mahlin, un garde du palais, se retrouvent alors mêlés malgré eux à cette conspiration. N’écoutant que leur cœur, ils décident de se rendre dans le Nord annoncer eux-mêmes la nouvelle au mystérieux baron. Ils n’auraient sans doute jamais entrepris un tel voyage, s’ils avaient su qui était réellement le père de Deria. Car, désormais, l’Empire va trembler

Pour info, cette édition regroupe deux volumes qui étaient parus séparément.

Je change un peu de registre, même si mes billets de lecture pour le Festival America ne sont pas terminés. Voici donc un peu d’héroic fantasy.

C’est un bon pavé, fort honnête et bien construit où complots, batailles et rebellions se répondent avec un bon rythme. Mais (je suis certaine que vous l’attendiez), pour ceux qui ont lu (vu aujourd’hui), Le trône de fer ou d’autres séries dans le même registre, vous pourriez rester sur votre faim ou simplement avoir une sensation de « déjà vu ». Ce serait dommage, car Olivier Gay a su créer son monde et, comme je l’ai déjà indiqué un scénario cohérent avec des personnages plus ou moins attachants, qui évoluent pour certains. L’intrigue et le nombre de héros, seconds rôles etc sont moins touffus que dans la saga de George R.R. Martin donc, pour ceux qui apprécient moins cet aspect, cela peut être avantage. Comme lui, l’auteur n’hésite pas à nous faire craindre pour la vie de ses personnages (je ne peux en dire plus).

Ultime cerise sur le cadeau, que j’ai apprécié à sa juste valeur, le dernier chapitre vous donnera la clé / l’élément déclencheur de cette fresque moyennageuse et conquérante.

L’avis de De la plume au clic

Feuillets de cuivre / Fabien Clavel

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Feuillets de cuivre / Fabien Clavel. ActuSF, 2015 (Les trois Souhaits). 339 pages

Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonnances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ses crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire. A la croisée des feuilletons du XIXe siècle et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant vite terni.
Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

Fabien Clavel - Feuillets de cuivre.

Sans le vouloir, voici presque un clin d’oeil au roman de Foenkinos car la lecture et les oeuvres sont à l’honneur dans cet ouvrage Fabien Clavel. Clin d’oeil appuyé aux feuilletons publiés dans la presse à la fin du XIXème siècle et aux nombreux romanciers qui ont fait les beaux jours des lecteurs. Mais on trouve beaucoup dans ces pages, ces « Feuillets de cuivre ». Car sous une apparence assez banale de carnets rédigés par l’inspecteur Ragon dont nous allons suivre en quelque sorte la carrière au long de ces pages, nous allons vivre beaucoup plus que cela. Fabien Clavel nous invite à le suivre dans le Paris de la fin du siècle, dans des lieux assez emblématiques, à découvrir les méthodes d’aliénistes mais surtout celle de Ragon qui, grâce aux traces littéraires rencontrées sur les lieux des meurtres, aux détails qu’un Sherlock Holmes n’aurait pas renié, il déduit et résout les affaires les plus sensationnelles, même lorsque le fantastique (au sens large du terme) est de la partie.

Chaque extrait de carnet nous entraîne sur de nouvelles pistes extraordinaires et presque simple une fois les éléments / les observations de Ragon rendues. Mais cet ouvrage n’est pas seulement un succédané des investigations d’un célèbre enquêteur, car il y a une part étrangère qui est celle de l’homme : notre personnage principal qui rencontre bientôt son Moriarty mais également sa part d’ombre, car nous sommes chez ActuSF et bien d’autres éléments viennent s’ajouter à cela.

Bien construit, ingénieux, maniant habilement l’histoire, la fantasy, à la manière de … cet ouvrage a beaucoup de matériau pour plaire mais, si ingénieux soit ces échanges avec son double machiavélique, cette partie m’a laissé un peu de marbre alors qu’elle est réellement ciselée. Je ne sais pas vraiment l’expliquer, mais voilà mon ressenti sur les derniers chapitres.

Néanmoins, pour les amoureux des livres, ces « Feuillets de cuivre » sont à découvrir si vous ne l’avez pas encore fait.

Le mystère Henri Pick / David Foenkinos

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David Foenkinos - Le mystère Henri Pick.

Le mystère Henri Pick / David Foenkinos. Gallimard, 2016. 288 pages

En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’oeuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses…
Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination ? Récit d’une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu’un roman peut bouleverser l’existence de ses lecteurs.

Ah le cas David Foenkinos ;0) J’ai réalisé dernièrement que j’avais lu finalement plusieurs de ces romans, sans réellement les apprécier. Alors ? Pourquoi m’acharner ? A se demander si la personne qui s’occupe de sa communication est  douée pour me laisser penser à chaque fois que je vais le redécouvrir et plonger dans son style. Et bien, me direz-vous, mes impressions ?

J’avoue qu’effectivement ce dernier opus m’a agréablement surpris. Je pense que jamais je ne parviendrai à faire de cet auteur, un de mes préférés, mais il réussira sans doute à me persuader, à l’occasion, de poursuivre la lecture de ses romans. Cette fois, oui je suis d’accord, le style est quelque peu différent. C’est presqu’une enquête semi-policière dans laquelle l’auteur nous entraîne. Mais il y a avant tout le monde des livres ! Alors… comment résister. Auteur, éditeur, agent et critique littéraire, librairie et bibliothèque : c’est tout le petit monde environnant cet objet que nous chérissons, que nous découvrons à travers ce roman. Une très amusante mise en abîme, un peu sarcastique peut être mais très finement présentée et, agrémentée d’auteurs et autres personnages connus qui défilent.

J’ai trouvé le roman en lui-même un peu inégal, démarrant en ronronnant quelque peu. Mais la seconde partie est beaucoup plus enlevée et l’on attend la chute et la fin de l’enquête avec une impatience croissante. Un dernier pied de nez à nous tous et voilà les dernières pages dévorées.

A découvrir pour se faire sa propre opinion et pour ce monde de l’édition.

Jules a su apprécier, Michel Jean «Lit et dit» (sur Youtube qui a suscité cette envie de lecture à Jules) en parle très bien.

A l’orée du verger / Tracy Chevalier

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Tracy Chevalier - A l'orée du verger.

A l’orée du verger / Tracy Chevalier. Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff. Quai Voltaire, 2016. 324 pages

En 1838, la famille Goodenough s’installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l’Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d’une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre ces cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d’obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Salie, en attend plutôt de l’eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent.
Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l’Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa soeur Marcha n ‘et eu qu’un rêve : traverser l’Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager…
Tracy Chevalier nous plonge dans l’histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres, de la culture des pommiers au commerce des pins millénaires de Californie. Mêlant personnages historiques et fictionnels, des coupe-gorge de New York au port grouillant de San Francisco, A l’orée du verger peint une fresque sombre mais profondément humaniste, et rend hommage à ces femmes et ces hommes qui ont construit les Etats-Unis.

La culture des pommes, cette fois me direz-vous ? Oui et non. L’idée est un peu plus complexe que cela car si toute l’histoire démarre à partir d’un pommier : la rencontre, comme le futur de la famille Goodenough ; ces pommes sont avant tout l’occasion pour Tracy Chevalier de nous raconter la difficile existence des familles tentant de se faire une place toujours un peu plus dans l’Est. Car, les terres exploitées par les 1er migrants ne suffisent pas toujours à nourrir la famille et les descendants sont obligés de bouger. James et Salie s’arrêtent sur des terres difficiles et reprennent le quotidien de leurs ancêtres. La première partie de ce roman repose donc sur le quotidien de cette famille : se nourrir, survivre à l’hiver, engranger suffisamment de provisions pour les prochains mois de grands froids, combattre les fléaux de la région : marécages, animaux et fièvre…. mais il faut aussi compter sur la part humaine, sur cette promiscuité et des caractères que cet univers n’aide pas toujours. Chacun cherche son bonheur là où il peut : pour le père de famille, les pommiers, leur bouturage comme leurs récoltes. Pour la mère la recherche de l’oubli se trouve dans l’alcool. Au milieu, comme souvent, des enfants qui engrangent travers et vie quotidienne, « guidés » par leurs parents.

Ce roman c’est avant tout l’histoire de greffes : comme les pommiers ou autres arbres dont il sera question, parfois les boutures s’épanouissent quelle que soit la terre qui les nourrit, les plus faibles meurent ou alors que peu d’espoir résidait dans leur faible constitution, la vie, leur caractère en décide autrement. Oui, cela peut paraître un peu simplet mais lorsqu’un jeune garçon, Robert, part de la demeure familiale, nul ne sait ce qui peut advenir. Pendant une 10aine d’années nous allons l’apprendre par quelques lettres éparses qu’il envoie comme il peut à sa famille, se refusant à couper le lien ; elles donnent une idée de la vie dans l’est, du mouvement qui se propage vers la Californie. C’est là que nous le retrouverons, chercheur d’or puis devant des séquoias géants. Terre aride, terre fertile. Toujours cette opposition. L’Europe, terre de départ est désormais prête à accueillir, fortune aidant et développement économique également les merveilles de cette terre promise : la végétation.

Des détails que j’ignorais. Alors bien entendu l’auteur joue avec la réalité, s’appuyant sur des contemporains ayant réellement existé. Et même si son roman prend quelques raccourcis, je suis restée captive de cette lecture pas mièvre pour un sou. Sans doute, jamais je ne retrouverais le charme de la lecture de « La jeune fille à la perle », mais l’histoire est bien construite et habilement menée. Vous découvrirez par le truchement de lettres postérieures ce qui a suscité le départ de Robert. Laissons un peu de mystère….

Le billet de Titine,

Le lagon noir / Arnaldur Indridason

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Arnaldur Indridason - Le lagon noir.Le lagon noir / Arnaldur Indridason. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Editions Métaillié, 2016. 319 pages.

Reykjavík, 1979. Le corps d’un homme vient d’être repêché dans le lagon bleu, qui n’est pas encore aussi touristique qu’aujourd’hui. La victime serait tombée d’une très grande hauteur, peut-être a-t-elle été jetée d’un avion. En découvrant qu’il s’agit d’un ingénieur qui travaille à la base américaine de Keflavik, l’attention de la police se tourne vers de mystérieux vols secrets effectués entre le Groenland et l’Islande.
Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’un officier de la base. En parallèle, Erlendur travaille sur une vieille affaire non résolue : une jeune fille disparue sur le chemin de l’école, quarante ans plus tôt.
Les témoins disent qu’elle sortait avec un garçon de Camp Knox, un quartier pauvre, où les gens vivent dans les baraquements abandonnés par les soldats américains après l’occupation de l’Islande. Le petit ami ne sera jamais retrouvé et les parents mourront sans savoir ce qu’il est advenu de leur fille. Erlendur est contacté par une tante qui lui demande de trouver la vérité. Erlendur a trente ans et vient de divorcer.
Le personnage est plus jeune, plus ouvert et bien moins désillusionné et sombre que dans l’avenir que nous lui connaissons. Il travaille depuis peu à la brigade d’enquêtes criminelles sous les ordres de Marion Briem et ne cache pas ses positions contre la présence américaine sur le sol islandais.

Alors non Erlendur n’est pas contacté pas la tante de la jeune fille, c’est l’argument qu’il prendra au cours des rencontres qu’il va effectuer pendant cette enquête qu’il mène de son propre chef, encouragé par Marion Briem qu’il a décidé de rejoindre à la criminelle (une affaire qui s’est déroulée 25 ans plus tôt et pas 40 ans – c’est un cold case, mais quand même). Une fois cela dit, je ne peux que vous encourager à lire ce nouvel épisode que j’ai trouvé très bon. Les deux enquêtes se chevauchent mais ne gênent en rien la lecture de l’ouvrage. Je me suis même posée la question à un moment de savoir laquelle je souhaitais voir résoudre le plus rapidement. Elles sont à la fois différentes et communes aux yeux du lecteur de policier classique.

Toutes deux permettent à Arnaldur Indridason de nous parler de l’histoire de l’Islande, des conditions de vie après la Seconde Guerre Mondiale, de ce peuple dépourvu d’armée et qui voit se succéder des défenseurs amis sur leur territoire, de la différence entre les US et l’Islande dépourvue de tout et, fascinée par cette culture : musicale, vestimentaire etc…. 25 ans plus tard, la présence de l’armée américaine n’est plus perçue de la même manière. Les conditions économiques ont changé et en dépit de la Guerre froide, leur présence est disputée, même si des transactions illicites demeurent entre les islandais qui travaillent sur cette base et les américains.

Cette nouvelle histoire d’Erlendur est moins introspective que les romans où il est seul aux commandes ; bien entendu le lecteur ayant lu les autres opus le connaissent mais, ce volume montre néanmoins sa sensibilité, son intérêt pour les disparitions non résolus, pour ces êtres pris dans des tempêtes et, son instinct dans l’art et la manière d’interroger les gens. Marion n’a pas encore toutes les cartes en mains, contrairement au lecteur mais la connivence s’installe entre les deux hommes, en dépit de quelques piques. Leur talent d’enquêteur est présent, mais sans la présence d’une aide interne sur la base, rien ne serait possible. Tout leur art sera de déployer des trésors de persuasions pour que Caroline, la jeune femme noire américaine, accepte de les aider, en dépit des difficultés qu’elle rencontre elle-même de par sa couleur de peau. Grâce à leurs échanges c’est une véritable ville dans la ville, une véritable ambassade que l’on va découvrir autour de cette armée.

Avec toujours le même sens du rythme, lent et parfois contemplatif de la nature comme des hommes, l’auteur a su m’entraîner à la suite de son héros. Préquel ou pas, c’est réellement un agréable moment de lecture.

Un billet que j’ai aimé, et un autre pour faire bonne mesure.

Motel life / Willy Vlautin

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Motel life / Willy Vlautin. Traduit de l’américain par David Fauquemberg. Albin Michel, 2006 (Terres d’Amérique). 228 pages.

Une nuit, en état d’ivresse, Jerry Lee Flannigan renverse un adolescent dans une rue de Reno, Nevada. Dans la panique, il décide, avec son jeune frère Frank, de partir vers le nord pour faire disparaître la voiture. Mais en se dérobant, c’est à leur destin que les deux garçons tentent d’échapper, à leur existence minable, leur errance de motel en motel à la poursuite de rêves devenus depuis longtemps des chimères… Chanteur et compositeur du groupe Richmond Fontaine, Willy Vlautin explore avec une justesse et une sensibilité rares la vie de ces naufragés du rêve américain, leurs espoirs fracassés et leurs frustrations. Mélancolique et poignant comme une chanson de Tom Waits.

Etant donné que je n’ai jamais réussi à entrer réellement dans ce bouquin, je vais avoir du mal à vous en parler. Cela commence comme un road movie, mais tourne rapidement à une sensation de surplace. Pourtant tout n’est pas à jeter dans ces pages, mais cette vision si juste soit-elle, de ces jeunes paumés, abandonnés par la vie, par les coups du sort et qui noient leurs états d’âmes et leur tristesse dans l’alcool n’ont pas su trouver en moi un écho positif.

Pourtant l’auteur ne se cantonne pas à cela. Il nous raconte leurs histoires, la vie qui aurait pu être la leur, si le jeu, la maladie, quelques années de plus avaient joué en leur faveur. En dépit de ses innombrables mains tendues, la chute semble inexorable.

Mais non, pas tout à fait, car l’espoir est tout de même au bout de la route ; en se donnant une seconde chance à l’image de celle qu’il donne à ce chien qu’il arrache à la misère, Frank cherche à se reconstruire. Et même si l’on imagine sans peine qu’il est trop tard pour Jerry Lee, son frère aîné, très tôt sacrifié, on se prête néanmoins à espérer, encore une fois.

Néanmoins cela reste trop sombre, trop réaliste peut être à mes yeux pour que je puisse apprécier ma lecture.

Un lecteur qui a compris ce roman et son auteur et en parle beaucoup mieux que moi.

La couleur de l’eau / James McBride

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La couleur de l’eau / James McBride. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gabrielle Rolin. Nil éditions, 2003. 290 pages

Au départ, Rachel Deborah Shilsky, Polonaise, quitte son pays natal pour les Etats-Unis avec son père, rabbin, et s’établit dans le Sud où la vie n’était pas douce dans les années 1930 pour qui était « différent ». Adolescente, elle s’y ennuie, fait des bêtises, file à Harlem pour en faire d’autres et se voit reniée par les siens. A l’arrivée, en bout de siècle, la voici qui retrace pour son fils le chemin parcouru. Deux fois veuve, mère de douze enfants de pères noirs, elle n’a cessé de se battre contre la pauvreté, les humiliations, l’angoisse, et elle a gagné la partie. Comment ? Tout simplement parce qu’elle n’a pas cessé d’aimer, hier la ribambelle de bébés qu’elle déposait, faute de place, dans les tiroirs de la commode, puis les adolescents qu’elle a réussi à envoyer à l’université et qui sont devenus docteurs, professeurs, musiciens…, enfin les exclus qu’elle s’efforce de tirer de l’ornière. Et de ses plaies, bosses, coups de cœur, monte un hymne à la vie oui carillonne aux oreilles du lecteur.

Autobiographie à deux voix. Chapitre après chapitre, James McBride et sa mère se racontent. Les difficultés de l’intégration, de la construction, de se sentir différent.  Deux générations qui se succèdent mais qui ont tant à raconter.

D’abord Ruth Jordan, née sous un autre patronyme en Europe, de confession juive dans les années 20. Elle raconte son enfance, la ségrégation dont elle fut victime, avant dernière roue du carrosse dont le Ku Klux Klan pouvait aussi bien s’occuper si l’envie leur en prenait. Enfant d’un couple mal assorti, dominé par un père qui ne laisse aucun répit à sa famille, ne les laissant pas mourir de faim, mais les délaissant totalement au niveau de la gentillesse et de l’amour. Ce sentiment elle va le découvrir grâce à un jeune homme noir, son premier petit ami, qui peut être lynché à tout moment si l’on découvre cet amour coupable. Pour de nombreuses raisons que je tairais ici, Ruth part à New York, rejoindre de prime abord sa famille maternelle, guère plus chaleureuse dans la description qu’elle en fait mais qui s’occupe a minima d’elle et lui permet de s’émanciper suite à ce 1er envol. Elle va découvrir l’amour, le respect et les attentions grâce à son futur mari et père de James McBride. Mais un couple mixte dans les années 40 reste un obstacle (et même plus tard comme nous le verrons tout au long de cette existence) ; la religion, le respect de l’Eglise et des valeurs d’éducation à transmettre vont leur permettre de poursuivre leur existence.

C’est à une période plus tardive que fait écho l’auteur. Naît dans les années 50, après le décès de son père, dernier de la 1ere partie de la fratrie, il voit ses ainés commençaient à s’émanciper, témoin des prémices du Black Power etc. S’il décrit sa petite enfance, tout du moins ses souvenirs marquants vis à vis de sa mère, cette femme blanche dans un quartier noir, dévisagé par les uns comme par les autres, il ne tarde pas à s’interroger et à questionner sa mère sur sa couleur de peau. Le fait d’avoir une mère blanche fait-il de lui un enfant blanc, même s’il est de couleur trop foncé pour pouvoir le revendiquer ? Il s’égare, cherchant partout une réponse au travers le comportement de ses ainés. Leur mère souhaitant qu’ils réussissent, entreprend de les inscrire dans les meilleures écoles où, bien souvent, chacun est le seul noir de sa classe. Mais les interrogations de James McBride ne s’arrête pas là, même s’il racontera sans pudeur ses errances, ses erreurs. En se racontant, en cherchant cette place, il souhaite avant tout rendre hommage à cette mère, non pas un modèle, loin s’en faut (il n’omet pas ses erreurs ou ses travers) qui après le décès de son second mari, se retrouve avec 12 enfants à élever, sans argent de côté. Cette femme égarée devant cette nouvelle épreuve, ne se désespère pas devant ses enfants et continuera à les élever comme elle et ses deux époux l’entendaient : religion et apprentissage scolaire, tels sont les deux mamelles de cette vision.

Idyllique me direz-vous ? Point du tout. De manière éclatante, plus discrète aux yeux de leur mère, ces enfants font parfois voler en éclat ses dispositions, mais inlassablement elle essaie de les faire revenir dans ce chemin et y parviendra. Voilà  la conclusion que vous pourrez lire avant l’ultime chapitre de cette hi « saga »qui se dévore, à la fois pour l’histoire familiale et pour le témoignage qu’elle nous donne des années 30 à 70. Bien entendu il s’agit d’une vision incomplète  car se situant au niveau d’une famille, mais elle est si vivante que l’on ne peut que s’attacher à cette tribu.

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