Who Was Julia Child ? / Geoff Edgers and Carlene Hempel

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Who Was Julia Child? by Geoff Edgers and Carlene HempelWho Was Julia Child ? / Geoff Edgers and Carlene Hempel. Illustrated by Dede Putra. Grosset & Dunlap, 2015. 100 pages

Born in California in 1912, Julia Child enlisted in the Army and met her future husband, Paul, during World War II. She discovered her love of French food while stationed in Paris and enrolled in Le Cordon Bleu cooking school after her service. Child knew that Americans would love French food as much as she did, so she wrote Mastering the Art of French Cooking in 1961. The book was a success and the public wanted more. America fell in love with Julia Child. Her TV show, The French Chef, premiered in 1963 and brought the bubbling and lovable chef into millions of homes. Find out more about this beloved chef, author, and TV personality in Who Was Julia Child?

J’ai découvert Julia Child interprétée par Meryl Streep dans « Julie and Julia ». J’avais gardé de ce film une image assez déplaisante de cette femme cuisinière. Et en le revisionnant, j’ai pris conscience que j’avais fait abstraction de l’histoire de Julia, ne gardant en mémoire que le blog de Julie, son quotidien. Comme quoi, un petit ouvrage peut parfois vous permettre d’apprendre beaucoup et redécouvrir par un autre biais d’autres oeuvres (au sens littéral du terme : film, peinture, ouvrage etc…). Mais passons outre…

J’ai donc repris le chemin de cette collection dont je vous avais déjà parlé et ai appris à mieux connaître qui était Julia Child. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une biographie au sens large, mais cela permet d’apprendre quelques éléments des personnages désormais passés à la postérité. Si, sans doute, avec la multiplication des émissions culinaires + le film déjà évoqué, son nom est déjà plus connu en France, il est aux Etats-Unis bien plus que cela.

C’est une personnalité entière et forte qui est décrite dans cet opuscule. Il retrace les grandes lignes de son éducation et décrit sa découverte de la nourriture, elle qui initialement ne savait pas cuire un oeuf. C’est en France et grâce à la position de son mari autant qu’à son caractère bien trempé qu’elle va s’initier à la cuisine. Circonstances, volonté etc… la projetteront sur les écrans de télévision à son retour en Amérique et lui permettront de devenir la star de la cuisine du petit écran. Une omelette, une 10aine de minutes et sa personnalité, voilà comment elle fut lancée.

Des pages en anglais pour découvrir la joie de vivre autour des fourneaux et de la cuisine française tout en vous replongeant dans un passé proche et déjà lointain.

Compartiment pour dames / Anita Nair

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Anita Nair - Compartiment pour dames.

Compartiment pour dames / Anita Nair. Traduit de l’anglais (Inde) Par Marielle Morin. Albin Michel, 2016. 333 pages

Akhila est employée aux impôts. Eternelle célibataire, cette quadragénaire n’a jamais été libre de mener sa vie comme elle l’entendait : toujours la fille, la soeur, la tante de quelqu’un, celle qui fait vivre la famille. Sur un coup de tête, elle prend un aller simple pour Kanyakumari, une petite ville balnéaire du sud de l’Inde. Dans l’intimité du sleeping – le fameux « Compartiment pour dames »- qu’elle partage avec cinq autres compagnes, Akhila ose leur poser la question qui la hante depuis longtemps : une femme a-t-elle vraiment besoin d’un homme pour être heureuse et épanouie ? Compartiment pour dames est le best-seller qui a révélé Anita Nair.
Un roman délicieux, chaleureux, tendre, qui nous ouvre le coeur de ces femmes indiennes dont nous sommes finalement si proches. Un beau voyage à la découverte de soi qui éveillera des résonances en chacun de nous.

Une réédition d’Albin Michel qui m’a permis d’enfin saisir le temps de lire ce roman qui m’avait fait de l’oeil plusieurs fois. Il me semble que les critiques étaient bonnes et je ne peux que confirmer tout le bien que je pense de ce roman et de sa thématique. Me croyant bien loin de la vie ordinaire de ces femmes indiennes, j’ai, néanmoins, retrouvé des vies de proches, de notre quotidien. Bien entendu notre culture européenne laisse officiellement et socialement une place plus large aux femmes célibataires, cela n’empêche pas le poids de la société et la vision des autres.

Ce célibat n’est pas le seul maître mot de l’ouvrage, il pose la question de la vie des femmes au quotidien, de leurs relations avec les hommes : leur mari bien entendu, mais également tous les proches et le regard du voisinage des relations. J’ai la chance de vivre à Paris mais je connais bien les petits villages de Province et la vision de certains habitants : famille ou voisins.

L’excellente idée d’Anita Nair est de faire parler des femmes de milieux et d’âges différents au cours d’un voyage de nuit. Chacune confie à Akhila qui a décidé de profiter de cette promiscuité et des ces inconnues pour s’ouvrir, de parler et d’interroger. A 45 ans, indépendante financièrement, elle s’interroge sur sa façon de gérer la 2nde partie de son existence : solo, accompagnée,…

Chaque chapitre voit la vie d’une de ces femmes se déroulaient en accéléré sous nos yeux et plus particulièrement sur leur place, leurs relations familiales, le regard qu’elles-mêmes jettent sur leur vie. Ces témoignages entourent la vie d’Akhila : son histoire et ses réflexions.

Aucun moment d’ennui et comme je le disais, même si nous ne vivons pas dans le même pays, il est très facile de se retrouver dans ces existences.

Le mandala de Sherlock Holmes / Jamyang Norbu

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Le mandala de Sherlock Holmes : les aventures du grand détective au Tibet / Jamyang Norbu. Traduit de l’anglais (Inde) par Marielle Morin. Editions Philippe Picquier, 2001. 299 pages

Le Mandala de Sherlock Holmes ressuscite pour nous le grand détective et lève le voile sur un pan de sa vie auquel Conan Doyle, laissant sur leur faim tous les passionnés, n’a consacré que quelques lignes laconiques : l’intervalle séparant sa disparition présumée dans les chutes de Reichenbach de sa réapparition dans L’Aventure de la maison vide. Jamyang Norbu, holmésien distingué d’origine tibétaine, comble ce manque. Il a en effet découvert le journal du compagnon de voyage de Sherlock Holmes, confirmant la thèse selon laquelle ce dernier a effectivement voyagé en Inde et au Tibet où il a vécu moult péripéties, est venu en aide au dalaï-lama, et a trouvé un nouveau Watson en Hurree Chunder Mookerjee, espion et savant bengali, personnage créé à l’origine par Kipling et auteur présumé de ce récit. Entraînant le lecteur dans un tourbillon de rebondissements et d’épreuves, le récit jongle avec brio entre références littéraires, histoire coloniale dans l’atmosphère de l’Inde du Raj et Tibet mystique, mélangeant fiction et réalité jusqu’à un dénouement évidemment inattendu.

Et oui un petit Sherlock Holmes même s’il n’est pas écrit par Conan Doyle est toujours diablement tentant. Et quand il vous propose de vous emmener dans des sentiers de traverses, dans la période silencieuse, j’ai toujours un peu de mal à résister. Bien entendu les expériences passées m’ont parfois laissé un peu sur ma faim ou réellement surprise.

Pour cet opus, si j’ai trouvé les idées intéressantes et assez bien menées, à part la chute réellement tirée par les cheveux (mais après tout Sherlock est bien revenu d’entre les morts deux ans après cette terrible chute), c’est davantage le style qui ne m’a pas convaincu. Je l’ai trouvé lourd, parfois pompeux et pour tout dire, il ne me donnait pas réellement envie de retourner à ma lecture. En donnant de multiples détails concernant la vie, les équipements utilisés etc, etc, cette sensation de pesanteur s’est accentuée.

Si les actes manqués concernant les tentatives d’homicides à l’encontre de Sherlock ont de prime abord donné un petit entrain à l’ouvrage, l’histoire du mandala et l’aide au Dalaï-lama tarde à arriver. D’un autre côté, cet aspect de l’histoire est intéressant puisqu’il rappelle que les tentatives de prise de pouvoir du Tibet par les chinois ne datent pas de la période communiste.

A découvrir si le coeur vous en dit. Certains billets sont plus positifs que les miens : ici,

Un paquebot dans les arbres / Valentine Goby

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Valentine Goby - Un paquebot dans les arbres.

Un paquebot dans les arbres / Valentine Goby. Actes Sud, 2016. 267 pages

À la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d’Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l’aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps.
Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu’elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s’aiment ceux que l’enfance ne peut tolérer autrement qu’invincibles.

Son roman Kinderzimmer m’avait enchanté et, cet opus me faisait de l’oeil. Une nouvelle fois je me suis laissée emporter par ma lecture même si le contexte et l’histoire sont différentes. J’ai découvert à la fin de ce roman que Valentine Goby était partie d’un témoignage – honnêtement je ne m’en étais pas rendu compte, tant elle exprime avec force et personnalité l’univers et la vie de Mathilde qui va se saigner dans tous les sens du terme afin de retrouver l’unité familiale, de faire connaître à son petit frère cet univers, ces joies partagées. Bien entendu il y a aussi l’espoir d’attirer encore et toujours le regard du père, Paulot, comme elle le faisait avant… par ses extravagances, par sa disponibilité déjà…

Mathilde qui chercher à porter sur ses épaules son univers. Une charge bien trop lourde mais que ses parents occupés à ses soigner et à se retrouver et surtout à ne pas l’entendre se plaindre, ne voit pas. Que sa soeur ainée ignore car plongée dans sa propre existence. Quant au petit frère, il ne connaît rien d’autre. Mais ce roman nous parle avant tout de la maladie, des trente Glorieuses et de la vision de la population à l’égard de la tuberculose. De ces lieux dédiés aux malades, d’une certaine forme d’abandon non pas des malades eux-mêmes mais à l’égard de leurs familles. Parallèlement c’est la Sécurité Sociale, les nouveaux médicaments qui sont notamment évoqués dans cette narration. Et j’ai particulièrement apprécié les informations sur la Guerre d’Algérie et les conséquences en France. Ces données nous sont distillées via la lecture des journaux par Mathilde qui s’ouvre au Monde grâce à eux, mais j’ai, grâce à ces faits d’époque appris des éléments que j’ignorais.

Si de rares passages m’ont semblé un peu long, si j’ai parfois trouvé difficile cet abandon de Mathilde, si débrouillarde soit-elle, j’ai beaucoup apprécié ce roman et son riche contenu.

Le billet de Karine:)

Au bout de l’exil / Micheline Duff

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https://www.quebec-amerique.com/images/livres/1090/1090-240x.jpgAu bout de l’exil. 1. La grande illusion. 2. Les méandres du destin. 3. L’insoutenable vérité / Micheline Duff. Nomades, 2009-2010. 354 + 356 + 360 pages.

2 septembre 1880. Joseph Laurin se recueille une dernière fois devant la dépouille de sa femme exposée dans le salon de leur maison. Quelques heures plus tard, après avoir mis le feu à la demeure, il disparaît dans la nuit, avec ses trois fillettes endormies dans la charrette, pour ne plus jamais revenir au Saguenay. Cette fuite vers les Etats-Unis lui apportera-t-elle le bonheur espéré ?

Je ne suis jamais fermée aux romans de terroir et l’occasion de découvrir une série québécoise me fut donnée après une rencontre avec Jules. Ce sont les couvertures qui avaient attirées mon attention et elle s’est fait une joie de répondre à ma curiosité. 3 volumes dont le contenu est assez inégale : certaines longueurs, une fin sans aucune surprise (même ma maman qui les a lu avant moi lorsqu’elle a joué les gardes malades avait deviné la chute attendue).

L’intérêt, pour les français que nous sommes, fut de découvrir l’exode des québécois à la fin du XIXème siècle en quête d’un eldorado : la promesse d’un travail dans des conditions climatiques plus faciles, en usine et donc de l’argent rapide avant de revenir au pays. Tout cet environnement est fort bien décrit : les espoirs confrontés à des conditions de travail dignes de celles décrites par Dickens, l’exploitation des plus jeunes, le manque de sécurité etc, le tout pour un salaire de misère, les québécois étant les moins considérés du fait de leur langue. A l’image de toutes les populations venues chercher du travail à l’étranger, leur vie fut bien souvent misérable mais c’est surtout les insultes et la vision des américains et irlandais unis par une même langue (à défaut de leur religion) qui m’a le plus interpellé. Non contents d’être considéré à la fange de la société, les prêtres québécois ont dû se battre pour obtenir que l’on utilise la langue française dans la gestion de la communauté. C’est bien entendu via les 3 filles Laurin que nous pouvons découvrir tout cela.

Micheline Duff mène une vie bien difficile à ces 3 enfants dont nous découvrirons dans le dernier volume la folie du père – et non je ne dévoile rien car le lecteur aura eu le temps rapidement de se faire à cette idée à travers les mésaventures de cette famille-, les racontars de certains membres de la famille.

L’auteur nous fait vivre dans cette trilogie 30 ans d’existence de ces fillettes devenues adultes, leur faisant traverser l’univers des québécois installés aux Etats-unis, le choix d’abandonner sa langue, de la conserver mais également le poids de la religion. Chacune au fil de sa plume émettra la volonté plus ou moins forte de rentrer au pays, mais les rebondissements de leurs existences engendreront des décisions diverses.

Ainsi que mentionné, bon nombre d’épisodes sont marquants et historiquement intéressants. Néanmoins, le dernier volume et la chute choisie si elle s’explique m’a laissée de marbre tant elle me semblait évidente depuis un long moment. De plus  à force d’obstacles, de force morale de la part de ses jouvencelles, la broderie effectuée par l’auteur m’a laissée indifférente dans cette conclusion.

Les femmes de Brewster Place / Gloria Naylor

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Gloria Naylor - Les femmes de Brewster Place.

Les femmes de Brewster Place / Gloria Naylor. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Bourguignon. 10/18, 2016. 262 pages

Il y a Mattie, la matriarche, Etta Mae, invincible au volant de sa Cadillac, Kiswana, la révoltée, baby Cora Lee, Ciel, et les deux filles du n° 312. Toutes échouées à Brewster Place, ghetto noir du nord des Etats-Unis, au coeur des 70’s. Sept femmes qui résistent – à la misère, à la violence, à l’intolérance. Sept destins, unis par un espoir farouche. Roman culte de la littérature afro-américaine, saluant Toni Morrison et Alice Walker, ce portrait choral vibrant d’émotions brutes est une ode aux héroïnes de la marge.

Encore un classique dont j’ignorais tout, et que j’ai croisé au détour d’une promenade chez mon libraire. Je ne cherchais rien de particulier, mais comme bien souvent couvertures et hasard m’ont permis d’ouvrir ce roman et de m’y plonger.

Nouvelles me suis-je dit au bout de deux chapitres. Que nenni. Les liens entre ces portraits, ces histoires de femmes sont bien plus étroits qu’il ne semble au premier abord. Mattie Michael est une sorte de lien invisible entre toutes ces histoires, mais le point d’ancrage de toutes c’est ce quartier : Brewster Place, autrefois florissant, sur qui le temps a fait son oeuvre et qui désormais rime avec misère et couleurs de peau. En effet, ce formidable roman ce sont des histoires de femmes à qui la vie n’a pas vraiment fait de cadeau, des femmes afro-américaines dont les destins vont se croiser une ultime fois dans les années 70 dans ce quartier décrépit. Chacune a une histoire, une vie qui fut riche pour certaines, linéaire pour d’autres. Certaines sont à la fin de leur existence, d’autres plus jeunes croient à une unité afro-américaine, et qu’il est possible de s’unir pour parvenir à faire bouger les choses ; que ce soit aider une jeune femme un peu dépassé par sa marmaille, pour créer de l’animation dans ce quartier, ou pour s’unir afin d’obtenir des réparations urgentes dans leurs logements.

Avec des mots simples, des histoires qui auraient pu faire l’objet d’un roman entier, mais dont elle a choisi de nous donner les éléments essentiels pour chacune, Ggloria Naylor attire notre regard, avec des mots parfois difficiles mais si justes qu’ils ne peuvent que nous pousser à tourner les pages afin de trouver enfin l’espoir dans ces vies, dans ces paroles de femmes.

Néanmoins, l’auteur sait également nous rappeler que chaque existence est un combat quotidien et la vision des voisins, des autres femmes : mesquinerie, jalousie, ordre établie continue de bouleverser les idéaux dont nous pouvions rêver. L’esprit de solidarité, d’entente reste fragile face à la différence qu’elle soit dans l’opposition homme / femme, richesse / pauvreté, religion ou choix de sa sexualité.

A ouvrir et à découvrir (si ce n’est pas encore fait).

Un beau billet, admirablement rédigé ici.

Le tableau hanté. 1. Paul. 2. Iphigénie / Aline de Pétigny

 Le Tableau Hanté - T2 - IPhigénie illustré par Stéphanie Léon

Le tableau hanté. 1. Paul. 2. Iphigénie / Aline de Pétigny. Illustrations de Stéphanie Léon. Editions Pourpenser, 2014 (Collection Rêve d’araignée) 125 + 125 pages.

Lorsque Juliette et Théo achètent un vieux tableau chez l’antiquaire, ils ne savent pas encore qu’ils ne rentreront pas seuls à la maison.

2 courts volumes dont le 1er peut se lire indépendamment. Le 2nd faisant référence à des événements présents dans « Paul » il est plus aisé de connaître l’épisode initial. Ce volume, s’il revisite quelques aspects du fantastique ne m’a pas semblé aussi abouti que le second où les références (spoiler) aux voyages dans le temps sont bien menées et donnent de nombreuses explications à l’ensemble.

Si néanmoins « Paul » peut se lire seul c’est parce que la thématique principale de l’histoire trouve une résolution, même si le dernier chapitre prête à laisser sous-entendre une suite (confirmée) : la disparition des objets paraît fort peu probable.

Si la narration se situe au niveau des enfants, qui vivent et nous font partager leurs aventures, les dialogues et situations ne sont pas toujours en adéquation avec l’âge mentionné.  Nos deux jeunes héros si intelligents, débrouillards soient-ils, restent des enfants et la présence des parents, ou adultes de manière générale, est à la fois anecdotique et parfois peu crédible. Ainsi, la disparition des objets dans leur maison ne semblent pas le moins du monde faire sourciller les parents de Juliette et Théo. Bref quelques invraisemblances que, sans doute de jeunes lecteurs ne penseraient pas à relever s’ils sont pris dans l’histoire et avides de connaître la suite des mésaventures de ces enfants. Juliette et Théo ne sont pas particulièrement attachants en dépit des bonnes relations frère et soeur affichées.

Ainsi que je l’ai mentionné le 2nd volume m’a davantage convaincu. Les explications, en dépit de la notion de fantastique, sont là et la chute correspondait bien mieux à mes attentes.

L’esprit des morts / Andrew Taylor

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L’esprit des morts / Andrew Taylor. Traduit de l’anglais par Françoise Smith. Cherche midi, 2016. 648 pages

Sur les traces d’Edgar Allan Poe, un thriller gothique d’une intensité rare. Londres, 1819. Thomas Shield devient le professeur particulier d’un jeune Américain, Edgar Poe, et de son meilleur ami, Charles Frant, dont la mère, une femme séduisante et malheureuse, l’attire irrésistiblement. Lorsqu’un homme est retrouvé mort et que tous les indices convergent vers la famille Frant, Thomas est emporté dans une spirale dont les conséquences risquent d’être lourdes pour lui.
Il décide alors de trouver le coupable mais le piège se referme au fur et à mesure qu’il cherche à s’en échapper. Quel est donc le lien entre ces macabres événements et le jeune Edgar Poe ? Thomas devra traverser bien des épreuves avant que la vérité soit enfin dévoilée… Mêlant avec brio fiction et réalité, ce roman à l’intrigue haletante nous plonge dans l’atmosphère de l’Angleterre du XIXe siècle, où Edgar Allan Poe passa quatre années de son adolescence : l’agitation des rues londoniennes, les taudis de St Giles et Seven Dials, l’hypocrisie d’une bourgeoisie avide de pouvoir…
Un décor parfait pour un meurtre, des secrets de famille et une galerie de personnages loin d’être aussi respectables qu’ils voudraient le faire croire.

Edgar Allan Poe n’est ici qu’un prétexte, mais néanmoins bien amené et utilisé à bon escient pour suivre l’existence de Thomas Shield, jeune homme à la vie déjà bien remplie que nous allons suivre tout au long de ces pages et qui est le narrateur de cette histoire. A la fois protagoniste, pierre angulaire de ce roman écrit dans un style qui n’est pas sans rappeler les ouvrages de la période décrite, ce récit se voulant la fidèle transcription des faits vécus.

Andrew Taylor part de simples faits divers, de situations quotidiennes et d’un homme issu d’une extraction modeste pour mieux le jeter dans une aristocratie, au milieu de parvenus également. Comme dans tous les récits de cette époque qui se doivent, l’argent, les héritages sont au coeur même de ces épisodes. L’auteur y a ajouté une pincée de malversations, de meurtre et de faits historiques. Il nous entraîne dans tous les milieux de cette période (ou presque), dans l’ivresse de la jeunesse, de l’âpreté, le quotidien et une enquête où les faux semblants s’emmêlent comme bien souvent. L’ensemble est riche et bien mené, même si le héros parfois tête à claques -à mon sens- se rue dans toutes les situations les plus désavantageuses (ou presque) à son égard. Ce n’est pas une enquête de Sherlock Holmes, cela a parfois la saveur de ses fresques du XIXème siècle, mais avec une part historique  et de mise en abîme des éléments qui en font un bon roman du XIXème siècle. Idéal pour une bonne soirée (plusieurs) au coin du feu – pour conserver cette image du passé.

Le garçon / Marcus Malte

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Marcus Malte - Le Garçon.Le garçon / Marcus Malte. Zulma, 2016. 535 pages. 

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, tout à la fois soeur, amante, mère.
« C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubre-sauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

Comme Marie NDiaye, voici un moment que les romans de Marcus Malte me faisaient de l’oeil, sans que je prenne le temps de les ouvrir et de me faire ma propre opinion sur des ouvrages amplement cités dans la presse critique ou juste salués pour leurs sorties ou le prix reçu. Voilà qui est désormais fait pour 2016, même si vu leurs  bibliographies respectives, la palette de lecture reste encore bien ouverte.

Je suis tombée sous le charme de cet ouvrage dans toute sa première partie. Des phrases courtes, percutantes. Roman d’initiation pour certains, de la débrouille et de l’apprentissage par soi-même ou par imitation avant tout. La vie de ce garçon sans nom, presque sans âge est parfois difficile à lire et à son image, nous nous noyons parfois sous les mots et la folie des hommes. Mais le rendu sous la plume de Marcus Malte est tel que j’ai poursuivi ma lecture, avide de connaître la destinée de cet enfant, de ses rencontres et espoirs. Les personnages rencontrés sont tous, à mon sens, haut en couleurs. Le garçon ne s’y trompe pas et donne à chacun des membres du « village » des surnoms qui leur correspond à merveille. Cette première immersion nous plonge dans une nature humaine bien négative ; même les enfants ont leur part d’ombre. Seul l’innocent, cet éternel enfant ne fait que donner sans attendre en retour. La seconde rencontre avec l’Ogre est là-aussi d’une belle tournure et le garçon, grâce à cet homme, apprend toujours plus, même si sa communication reste à l’état brut.

La seconde et dernière partie m’a ennuyée. Cette envolée lyrique de l’éveil aux sentiments, de l’amour physique, ces échanges m’a laissé totalement de marbre. Elle m’a parue bien longue et j’attendais avec impatience de voir où tout cela allait nous mener. Marcus Malte sait trouver les mots pour décrire la Guerre, la boucherie comme la camaraderie et le quotidien de ces hommes de troupe. Il sait nous rappeler l’impact de la censure, la vision biaisée de l’état-major ou des hommes politiques, montre adroitement la vie au front comparée aux nouvelles et au quotidien des villes. L’impact de ces combats sur les hommes, même sur ce garçon qui dès son plus jeune âge a tout vu et tout connu.

Vous l’aurez compris, j’ai trouvé ce roman inégal sur sa durée, parfois bavard (trop). Certaines pages sont absolument époustouflantes, et je n’ai fait que survoler d’autres pages. Roman épique mais par trop décousu à mes yeux, il n’en reste pas moins un beau tour de force et une vision historique de cette période et particulièrement de la Première Guerre Mondiale, vue de l’intérieur. En dépit de ce que j’ai ressenti comme des faiblesses, l’existence de ce garçon est en un mot, attachante. Marcus Malte nous dit beaucoup et portant il nous manque tant d’éléments le concernant.

La cheffe, roman d’une cuisinière / Marie NDiaye

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Marie NDiaye - La Cheffe, roman d'une cuisinière.La cheffe, roman d’une cuisinière / Marie NDiaye. Gallimard, 2016 (Blanche). 280 pages

« Elle trouvait excessives les louanges dont on s’est mis à couvrir sa cuisine. Elle comprenait les sensations puisqu’elle s’appliquait à les faire naître, n’est-ce pas, et que leur manifestation sur la figure des convives l’enchantait, c’est tout de même bien ce à quoi elle s’évertuait jour après jour, depuis tant d’années, presque sans repos. Mais les mots pour décrire tout cela lui paraissaient indécents ».
Le narrateur raconte la vie et la carrière de la Cheffe, une cuisinière qui a connu une période de gloire, dont il a longtemps été l’assistant – et l’amoureux sans retour. Au centre du récit, la cuisine est vécue comme une aventure spirituelle. Non que le plaisir et le corps en soient absents, au contraire : ils sont les instruments d’un voyage vers un au-delà – la Cheffe allant toujours plus loin dans sa quête d’épure.

De prime abord, j’ai trouvé déstabilisant cet usage de la narration par une tierce personne, cette manière de raconter, sans que l’on sache réellement qui se cache vraiment derrière ces souvenirs. Même chose pour ces petites échappées contemporaines… est-ce bien le même narrateur, une tierce personne ? En fait tout cela ajoute un peu plus de mystère au personnage de la cheffe, dont la prime enfance, l’éveil à la cuisine et l’existence vont nous être racontés à travers les yeux de cet ancien collaborateur.

C’est un récit à la fois construit  et virevoltant, la cheffe étant toujours au coeur de l’histoire mais des détails, l’existence de sa famille, de ce collaborateur, de sa fille venant enrichir ces lignes. Un peu à la manière de la cuisine de la cheffe, point de détails en trop, tout est donné pour enrichir le récit, sans l’alourdir. Les passages consacrés aux mets préparés par la cheffe furent pour moi des moments magnifiques, tant je l’imaginais au-dessus de ses casseroles et autres, cherchant à trouver la perfection, sa perfection. Même à travers les plats loin de m’attirer d’habitude, mon imagination ne pouvait s’empêcher de galoper, de tenter de trouver odeurs et goûts. Je me suis demandée si Marie Ndiaye avait concocté ces recettes avec un chef ou d’où pouvez lui venir cette inspiration aux fourneaux.

Etonnant par sa construction, je me suis totalement laissé gagner par cette lecture  que j’ai beaucoup aimé. Et, si la cuisine tient une place essentielle, comme de juste, sachez que les relations humaines et bien d’autres thématiques sont importantes dans ce très beau roman.

A découvrir et à déguster, si ce n’est pas encore fait.