Au bout de l’exil / Micheline Duff

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https://www.quebec-amerique.com/images/livres/1090/1090-240x.jpgAu bout de l’exil. 1. La grande illusion. 2. Les méandres du destin. 3. L’insoutenable vérité / Micheline Duff. Nomades, 2009-2010. 354 + 356 + 360 pages.

2 septembre 1880. Joseph Laurin se recueille une dernière fois devant la dépouille de sa femme exposée dans le salon de leur maison. Quelques heures plus tard, après avoir mis le feu à la demeure, il disparaît dans la nuit, avec ses trois fillettes endormies dans la charrette, pour ne plus jamais revenir au Saguenay. Cette fuite vers les Etats-Unis lui apportera-t-elle le bonheur espéré ?

Je ne suis jamais fermée aux romans de terroir et l’occasion de découvrir une série québécoise me fut donnée après une rencontre avec Jules. Ce sont les couvertures qui avaient attirées mon attention et elle s’est fait une joie de répondre à ma curiosité. 3 volumes dont le contenu est assez inégale : certaines longueurs, une fin sans aucune surprise (même ma maman qui les a lu avant moi lorsqu’elle a joué les gardes malades avait deviné la chute attendue).

L’intérêt, pour les français que nous sommes, fut de découvrir l’exode des québécois à la fin du XIXème siècle en quête d’un eldorado : la promesse d’un travail dans des conditions climatiques plus faciles, en usine et donc de l’argent rapide avant de revenir au pays. Tout cet environnement est fort bien décrit : les espoirs confrontés à des conditions de travail dignes de celles décrites par Dickens, l’exploitation des plus jeunes, le manque de sécurité etc, le tout pour un salaire de misère, les québécois étant les moins considérés du fait de leur langue. A l’image de toutes les populations venues chercher du travail à l’étranger, leur vie fut bien souvent misérable mais c’est surtout les insultes et la vision des américains et irlandais unis par une même langue (à défaut de leur religion) qui m’a le plus interpellé. Non contents d’être considéré à la fange de la société, les prêtres québécois ont dû se battre pour obtenir que l’on utilise la langue française dans la gestion de la communauté. C’est bien entendu via les 3 filles Laurin que nous pouvons découvrir tout cela.

Micheline Duff mène une vie bien difficile à ces 3 enfants dont nous découvrirons dans le dernier volume la folie du père – et non je ne dévoile rien car le lecteur aura eu le temps rapidement de se faire à cette idée à travers les mésaventures de cette famille-, les racontars de certains membres de la famille.

L’auteur nous fait vivre dans cette trilogie 30 ans d’existence de ces fillettes devenues adultes, leur faisant traverser l’univers des québécois installés aux Etats-unis, le choix d’abandonner sa langue, de la conserver mais également le poids de la religion. Chacune au fil de sa plume émettra la volonté plus ou moins forte de rentrer au pays, mais les rebondissements de leurs existences engendreront des décisions diverses.

Ainsi que mentionné, bon nombre d’épisodes sont marquants et historiquement intéressants. Néanmoins, le dernier volume et la chute choisie si elle s’explique m’a laissée de marbre tant elle me semblait évidente depuis un long moment. De plus  à force d’obstacles, de force morale de la part de ses jouvencelles, la broderie effectuée par l’auteur m’a laissée indifférente dans cette conclusion.

Les femmes de Brewster Place / Gloria Naylor

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Gloria Naylor - Les femmes de Brewster Place.

Les femmes de Brewster Place / Gloria Naylor. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Bourguignon. 10/18, 2016. 262 pages

Il y a Mattie, la matriarche, Etta Mae, invincible au volant de sa Cadillac, Kiswana, la révoltée, baby Cora Lee, Ciel, et les deux filles du n° 312. Toutes échouées à Brewster Place, ghetto noir du nord des Etats-Unis, au coeur des 70’s. Sept femmes qui résistent – à la misère, à la violence, à l’intolérance. Sept destins, unis par un espoir farouche. Roman culte de la littérature afro-américaine, saluant Toni Morrison et Alice Walker, ce portrait choral vibrant d’émotions brutes est une ode aux héroïnes de la marge.

Encore un classique dont j’ignorais tout, et que j’ai croisé au détour d’une promenade chez mon libraire. Je ne cherchais rien de particulier, mais comme bien souvent couvertures et hasard m’ont permis d’ouvrir ce roman et de m’y plonger.

Nouvelles me suis-je dit au bout de deux chapitres. Que nenni. Les liens entre ces portraits, ces histoires de femmes sont bien plus étroits qu’il ne semble au premier abord. Mattie Michael est une sorte de lien invisible entre toutes ces histoires, mais le point d’ancrage de toutes c’est ce quartier : Brewster Place, autrefois florissant, sur qui le temps a fait son oeuvre et qui désormais rime avec misère et couleurs de peau. En effet, ce formidable roman ce sont des histoires de femmes à qui la vie n’a pas vraiment fait de cadeau, des femmes afro-américaines dont les destins vont se croiser une ultime fois dans les années 70 dans ce quartier décrépit. Chacune a une histoire, une vie qui fut riche pour certaines, linéaire pour d’autres. Certaines sont à la fin de leur existence, d’autres plus jeunes croient à une unité afro-américaine, et qu’il est possible de s’unir pour parvenir à faire bouger les choses ; que ce soit aider une jeune femme un peu dépassé par sa marmaille, pour créer de l’animation dans ce quartier, ou pour s’unir afin d’obtenir des réparations urgentes dans leurs logements.

Avec des mots simples, des histoires qui auraient pu faire l’objet d’un roman entier, mais dont elle a choisi de nous donner les éléments essentiels pour chacune, Ggloria Naylor attire notre regard, avec des mots parfois difficiles mais si justes qu’ils ne peuvent que nous pousser à tourner les pages afin de trouver enfin l’espoir dans ces vies, dans ces paroles de femmes.

Néanmoins, l’auteur sait également nous rappeler que chaque existence est un combat quotidien et la vision des voisins, des autres femmes : mesquinerie, jalousie, ordre établie continue de bouleverser les idéaux dont nous pouvions rêver. L’esprit de solidarité, d’entente reste fragile face à la différence qu’elle soit dans l’opposition homme / femme, richesse / pauvreté, religion ou choix de sa sexualité.

A ouvrir et à découvrir (si ce n’est pas encore fait).

Un beau billet, admirablement rédigé ici.

Le tableau hanté. 1. Paul. 2. Iphigénie / Aline de Pétigny

 Le Tableau Hanté - T2 - IPhigénie illustré par Stéphanie Léon

Le tableau hanté. 1. Paul. 2. Iphigénie / Aline de Pétigny. Illustrations de Stéphanie Léon. Editions Pourpenser, 2014 (Collection Rêve d’araignée) 125 + 125 pages.

Lorsque Juliette et Théo achètent un vieux tableau chez l’antiquaire, ils ne savent pas encore qu’ils ne rentreront pas seuls à la maison.

2 courts volumes dont le 1er peut se lire indépendamment. Le 2nd faisant référence à des événements présents dans « Paul » il est plus aisé de connaître l’épisode initial. Ce volume, s’il revisite quelques aspects du fantastique ne m’a pas semblé aussi abouti que le second où les références (spoiler) aux voyages dans le temps sont bien menées et donnent de nombreuses explications à l’ensemble.

Si néanmoins « Paul » peut se lire seul c’est parce que la thématique principale de l’histoire trouve une résolution, même si le dernier chapitre prête à laisser sous-entendre une suite (confirmée) : la disparition des objets paraît fort peu probable.

Si la narration se situe au niveau des enfants, qui vivent et nous font partager leurs aventures, les dialogues et situations ne sont pas toujours en adéquation avec l’âge mentionné.  Nos deux jeunes héros si intelligents, débrouillards soient-ils, restent des enfants et la présence des parents, ou adultes de manière générale, est à la fois anecdotique et parfois peu crédible. Ainsi, la disparition des objets dans leur maison ne semblent pas le moins du monde faire sourciller les parents de Juliette et Théo. Bref quelques invraisemblances que, sans doute de jeunes lecteurs ne penseraient pas à relever s’ils sont pris dans l’histoire et avides de connaître la suite des mésaventures de ces enfants. Juliette et Théo ne sont pas particulièrement attachants en dépit des bonnes relations frère et soeur affichées.

Ainsi que je l’ai mentionné le 2nd volume m’a davantage convaincu. Les explications, en dépit de la notion de fantastique, sont là et la chute correspondait bien mieux à mes attentes.

L’esprit des morts / Andrew Taylor

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L’esprit des morts / Andrew Taylor. Traduit de l’anglais par Françoise Smith. Cherche midi, 2016. 648 pages

Sur les traces d’Edgar Allan Poe, un thriller gothique d’une intensité rare. Londres, 1819. Thomas Shield devient le professeur particulier d’un jeune Américain, Edgar Poe, et de son meilleur ami, Charles Frant, dont la mère, une femme séduisante et malheureuse, l’attire irrésistiblement. Lorsqu’un homme est retrouvé mort et que tous les indices convergent vers la famille Frant, Thomas est emporté dans une spirale dont les conséquences risquent d’être lourdes pour lui.
Il décide alors de trouver le coupable mais le piège se referme au fur et à mesure qu’il cherche à s’en échapper. Quel est donc le lien entre ces macabres événements et le jeune Edgar Poe ? Thomas devra traverser bien des épreuves avant que la vérité soit enfin dévoilée… Mêlant avec brio fiction et réalité, ce roman à l’intrigue haletante nous plonge dans l’atmosphère de l’Angleterre du XIXe siècle, où Edgar Allan Poe passa quatre années de son adolescence : l’agitation des rues londoniennes, les taudis de St Giles et Seven Dials, l’hypocrisie d’une bourgeoisie avide de pouvoir…
Un décor parfait pour un meurtre, des secrets de famille et une galerie de personnages loin d’être aussi respectables qu’ils voudraient le faire croire.

Edgar Allan Poe n’est ici qu’un prétexte, mais néanmoins bien amené et utilisé à bon escient pour suivre l’existence de Thomas Shield, jeune homme à la vie déjà bien remplie que nous allons suivre tout au long de ces pages et qui est le narrateur de cette histoire. A la fois protagoniste, pierre angulaire de ce roman écrit dans un style qui n’est pas sans rappeler les ouvrages de la période décrite, ce récit se voulant la fidèle transcription des faits vécus.

Andrew Taylor part de simples faits divers, de situations quotidiennes et d’un homme issu d’une extraction modeste pour mieux le jeter dans une aristocratie, au milieu de parvenus également. Comme dans tous les récits de cette époque qui se doivent, l’argent, les héritages sont au coeur même de ces épisodes. L’auteur y a ajouté une pincée de malversations, de meurtre et de faits historiques. Il nous entraîne dans tous les milieux de cette période (ou presque), dans l’ivresse de la jeunesse, de l’âpreté, le quotidien et une enquête où les faux semblants s’emmêlent comme bien souvent. L’ensemble est riche et bien mené, même si le héros parfois tête à claques -à mon sens- se rue dans toutes les situations les plus désavantageuses (ou presque) à son égard. Ce n’est pas une enquête de Sherlock Holmes, cela a parfois la saveur de ses fresques du XIXème siècle, mais avec une part historique  et de mise en abîme des éléments qui en font un bon roman du XIXème siècle. Idéal pour une bonne soirée (plusieurs) au coin du feu – pour conserver cette image du passé.

Le garçon / Marcus Malte

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Marcus Malte - Le Garçon.Le garçon / Marcus Malte. Zulma, 2016. 535 pages. 

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, tout à la fois soeur, amante, mère.
« C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubre-sauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

Comme Marie NDiaye, voici un moment que les romans de Marcus Malte me faisaient de l’oeil, sans que je prenne le temps de les ouvrir et de me faire ma propre opinion sur des ouvrages amplement cités dans la presse critique ou juste salués pour leurs sorties ou le prix reçu. Voilà qui est désormais fait pour 2016, même si vu leurs  bibliographies respectives, la palette de lecture reste encore bien ouverte.

Je suis tombée sous le charme de cet ouvrage dans toute sa première partie. Des phrases courtes, percutantes. Roman d’initiation pour certains, de la débrouille et de l’apprentissage par soi-même ou par imitation avant tout. La vie de ce garçon sans nom, presque sans âge est parfois difficile à lire et à son image, nous nous noyons parfois sous les mots et la folie des hommes. Mais le rendu sous la plume de Marcus Malte est tel que j’ai poursuivi ma lecture, avide de connaître la destinée de cet enfant, de ses rencontres et espoirs. Les personnages rencontrés sont tous, à mon sens, haut en couleurs. Le garçon ne s’y trompe pas et donne à chacun des membres du « village » des surnoms qui leur correspond à merveille. Cette première immersion nous plonge dans une nature humaine bien négative ; même les enfants ont leur part d’ombre. Seul l’innocent, cet éternel enfant ne fait que donner sans attendre en retour. La seconde rencontre avec l’Ogre est là-aussi d’une belle tournure et le garçon, grâce à cet homme, apprend toujours plus, même si sa communication reste à l’état brut.

La seconde et dernière partie m’a ennuyée. Cette envolée lyrique de l’éveil aux sentiments, de l’amour physique, ces échanges m’a laissé totalement de marbre. Elle m’a parue bien longue et j’attendais avec impatience de voir où tout cela allait nous mener. Marcus Malte sait trouver les mots pour décrire la Guerre, la boucherie comme la camaraderie et le quotidien de ces hommes de troupe. Il sait nous rappeler l’impact de la censure, la vision biaisée de l’état-major ou des hommes politiques, montre adroitement la vie au front comparée aux nouvelles et au quotidien des villes. L’impact de ces combats sur les hommes, même sur ce garçon qui dès son plus jeune âge a tout vu et tout connu.

Vous l’aurez compris, j’ai trouvé ce roman inégal sur sa durée, parfois bavard (trop). Certaines pages sont absolument époustouflantes, et je n’ai fait que survoler d’autres pages. Roman épique mais par trop décousu à mes yeux, il n’en reste pas moins un beau tour de force et une vision historique de cette période et particulièrement de la Première Guerre Mondiale, vue de l’intérieur. En dépit de ce que j’ai ressenti comme des faiblesses, l’existence de ce garçon est en un mot, attachante. Marcus Malte nous dit beaucoup et portant il nous manque tant d’éléments le concernant.

La cheffe, roman d’une cuisinière / Marie NDiaye

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Marie NDiaye - La Cheffe, roman d'une cuisinière.La cheffe, roman d’une cuisinière / Marie NDiaye. Gallimard, 2016 (Blanche). 280 pages

« Elle trouvait excessives les louanges dont on s’est mis à couvrir sa cuisine. Elle comprenait les sensations puisqu’elle s’appliquait à les faire naître, n’est-ce pas, et que leur manifestation sur la figure des convives l’enchantait, c’est tout de même bien ce à quoi elle s’évertuait jour après jour, depuis tant d’années, presque sans repos. Mais les mots pour décrire tout cela lui paraissaient indécents ».
Le narrateur raconte la vie et la carrière de la Cheffe, une cuisinière qui a connu une période de gloire, dont il a longtemps été l’assistant – et l’amoureux sans retour. Au centre du récit, la cuisine est vécue comme une aventure spirituelle. Non que le plaisir et le corps en soient absents, au contraire : ils sont les instruments d’un voyage vers un au-delà – la Cheffe allant toujours plus loin dans sa quête d’épure.

De prime abord, j’ai trouvé déstabilisant cet usage de la narration par une tierce personne, cette manière de raconter, sans que l’on sache réellement qui se cache vraiment derrière ces souvenirs. Même chose pour ces petites échappées contemporaines… est-ce bien le même narrateur, une tierce personne ? En fait tout cela ajoute un peu plus de mystère au personnage de la cheffe, dont la prime enfance, l’éveil à la cuisine et l’existence vont nous être racontés à travers les yeux de cet ancien collaborateur.

C’est un récit à la fois construit  et virevoltant, la cheffe étant toujours au coeur de l’histoire mais des détails, l’existence de sa famille, de ce collaborateur, de sa fille venant enrichir ces lignes. Un peu à la manière de la cuisine de la cheffe, point de détails en trop, tout est donné pour enrichir le récit, sans l’alourdir. Les passages consacrés aux mets préparés par la cheffe furent pour moi des moments magnifiques, tant je l’imaginais au-dessus de ses casseroles et autres, cherchant à trouver la perfection, sa perfection. Même à travers les plats loin de m’attirer d’habitude, mon imagination ne pouvait s’empêcher de galoper, de tenter de trouver odeurs et goûts. Je me suis demandée si Marie Ndiaye avait concocté ces recettes avec un chef ou d’où pouvez lui venir cette inspiration aux fourneaux.

Etonnant par sa construction, je me suis totalement laissé gagner par cette lecture  que j’ai beaucoup aimé. Et, si la cuisine tient une place essentielle, comme de juste, sachez que les relations humaines et bien d’autres thématiques sont importantes dans ce très beau roman.

A découvrir et à déguster, si ce n’est pas encore fait.

Le jour où Anita envoya tout balader / Katarina Bivald

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Katarina Bivald - Le jour où Anita envoya tout balader.

Le jour où Anita envoya tout balader / Katarina Bivald. Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy. Denoël, 2016. 459 pages

L’été de ses dix-huit ans, Anita Grankvist s’était fixé trois objectifs : apprendre à conduire une moto, acheter une maison et devenir complètement indépendante. Presque vingt ans plus tard, Anita n’a toujours pas réalisé ses rêves. Elle mène une petite vie tranquille, seule avec sa fille Emma, et travaille au supermarché local. Le départ d’Emma pour l’université va bouleverser ce quotidien un peu fade.
Anita va devoir gérer quelque chose qui lui a cruellement manqué ces deux dernières décennies : du temps libre. Qu’à cela ne tienne, Anita commence à prendre des leçons de moto, se lance dans un projet impossible, apprend à connaître sa mère légèrement sénile, et tombe follement amoureuse. Finalement, n’est-ce pas merveilleux de réaliser ses rêves d’adolescence à l’approche de la quarantaine ?

Je n’avais pas totalement adhéré à « La bibliothèque des coeurs cabossés« , mais comme d’habitude j’ai été faible et je me suis laissée tenter.

Très honnêtement, vous pouvez vous dispenser de cette lecture qui ne démarre jamais réellement. Le ton est gentillet, plein de bons sentiments en dépit de personnages sensés jouer les « méchants » de l’histoire : quelques hystériques, un journaliste mesquin, une ex jalouse et, voilà ….

Le synopsis n’était pas déplaisant : la remise en cause de sa place en tant que femme lorsque l’enfant s’en va. Un rapide regard en arrière sur les rêves du passé et le désir de se dépasser, de bousculer son quotidien. Mais à l’image de cette ville de Skogahammar, ce roman s’endort sur lui-même et, malgré quelques cours de moto, un projet de Journée de la ville, une romance et quelques bonnes copines sensées nous dérider, l’ambiance ne s’est pas réellement enflammée. Si elle a rencontré des difficultés dans sa situation de mère-célibataire, Anita a su prendre les choses à bras-le-corps et, de la même manière – nonobstant ses hésitations, ses erreurs ou quelques errances face à la maladie de sa mère – il semble évident qu’elle va réussir via quelques pirouettes à atteindre ses rêves. Là où j’ai eu le plus de problème c’est que je me suis ennuyée au cours de ma lecture, sautant parfois un paragraphe avant que je ne m’en rende compte. Comme la Journée de la ville, ce roman joue les belles endormies : quelques éléments sont présents, on vient y faire un tour mais aucune envie d’y revenir.

Joëlle a davantage adhéré à ce roman,

La femme qui fuit / Anaïs Barbeau-Lavalette

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Anaïs Barbeau-Lavalette - La femme qui fuit.

La femme qui fuit / Anaïs Barbeau-Lavalette. Editions Marchand de feuilles, 2015. 378 pages

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.
Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée.
Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.
Enfance les pieds dans la boue, bataille contre les petits Anglais, éprise d’un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des Automatistes, romances folles en Europe, combats aux sein des mouvements noirs de l’Amérique en colère; elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante… et fantôme.
La femme qui fuit est l’aventure d’une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l’histoire, qui traversa librement le siècle et ses tempêtes.
Pour l’auteur, c’est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.

Il est certain que n’étant pas québécoise, je n’ai pas la même approche que Karine par exemple, concernant l’histoire et les personnages connus de ce roman. Néanmoins il fut pour moi, un coup de poing, tout particulièrement au début de ma lecture. Anaïs Bardeau-Lavalette a su, dès les premières pages donner l’urgence de la vie de cette femme,  de cette existence avide de tout, de la vie comme du lendemain. Presqu’à bout de souffle, elle nous donne à lire des chapitres condensés et où l’urgence pointe à chaque instant le bout de son nez. D’un autre côté, les mots sont choisis avec soin : force, douceur émanent des termes  qu’elle utilise. L’ensemble est à l’image de cette grand-mère qu’elle voudrait ignorer mais comment faire lorsque le pouvoir d’une mère reste si sensible alors qu’elle a choisi d’abandonner ses enfants ?

A travers cette biographie adaptée par ses soins c’est tout à la fois bien entendu la place de la femme au XXème siècle qui est rappelée, mais aussi les efforts de Suzanne pour sortir la tête de l’eau, pour ne pas ressembler à sa mère qui à ses yeux s’est étouffée après son mariage, abandonnant son art. Nous suivons sa petite enfance, son esprit de rébellion mais également les privations, le désespoir qui fait suite à la crise de 29. Tout ce qui la construit. L’auteur a choisi de ne faire abstraction de rien, bons ou mauvais aspects, tout est dit et retranscrit avec franchise, mais également le contexte des périodes racontées, la place de la religion, la vision de la femme et ses droits ou non droits. Suzanne est à la fois rebelle et femme, mais elle veut également trouver sa place dans le milieu artistique. Comment y parvenir sans s’aliéner, sans avoir une liberté totale de pensée ou de mouvements ? Lorsque l’on se retrouve avec 2 adorables bambins dont le quotidien dépend de vous ? Son choix choque et choquera encore aujourd’hui : l’abandon. En décidant de se sauver (dans les deux sens du terme), elle prend des paris sur le futur. Si pour elle, sa fille, Mousse réussira à s’en sortir, elle ignore tout du devenir du petit François.

A mes yeux, Anaïs Barbeau-Lavalette n’écrit pas pour justifier les choix de sa grand-mère, pour lui rendre hommage mais semble la chercher pour mieux la comprendre tout en faisant un rappel historique non négligeable. C’est sans aucun doute pour elle, l’occasion de saluer la force de sa mère : abandonner mais qui a su se construire, créer une famille, rechercher les liens à cette mère qu’elle a chéri, mais qui souffle le chaud et le froid, ne sachant plus elle-même ce qu’elle peut apporter à sa famille, craignant peut-être de leur faire plus de mal dans une relation.

Un très beau roman, même si, au fil des pages, la tension liée à cette lecture s’est distendue.

Le coup de coeur de Karine:), Jules n’est pas parvenue à poursuivre sa lecture.

Les héritiers de la mine / Jocelyne Saucier

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Les héritiers de la mine  - Jocelyne Saucier

Les héritiers de la mine / Jocelyne Saucier. France Loisirs, 2016.215 pages

Dans une région lointaine et sauvage du Québec, la famille Cardinal règne sur le petit village minier de Norco depuis que le père y a découvert un filon de zinc. Les 21 enfants, presque livrés à eux-mêmes, grandissent heureux, chacun trouvant sa place comme il peut. Et tant pis s’il n’y a pas assez de lits pour tout le monde !
Et puis la mine ferme, les enfants grandissent et s’éloignent… Lorsqu’ils se retrouvent à l’occasion de la remise d’une décoration à leur père, certains ne se sont pas vus depuis des décennies. Mais un seul regard suffit : personne n’a oublié le secret tragique qu’ils ont enfoui pour préserver la famille. Sept d’entre eux déroulent le fil de leurs souvenirs. La culpabilité cèdera-t-elle la place à la vérité ?

7 voix pour raconter des souvenirs d’enfance, d’une vie idéale aux yeux du dernier né qui, nous allons le découvrir très vite, ne les a vécu qu’à travers les histoires de ses ainés. Une vie de pauvreté mais de richesse familiale, d’unité que LeFion continue d’idéaliser, de vouloir revivre alors que tous les enfants se sont dispersés. Du plus jeune au plus âgé, différents protagonistes nous racontent cette enfance, les joies et les petites souffrances de cette existence. Quant à la peine ultime que chacun tait, elle nous est amenée par petites touches en parallèle de la narration de cette existence où chacun cherche à se faire un surnom. Car lorsque vous êtes 21, il faut vous différencier, essayer volontairement ou non de vous montrer, de drainer l’énergie des uns et des autres. A force de vouloir se faire une place, certains vont y laisser une partie de leur âme, de leur sensibilité. Mais trop jeunes pour s’en rendre compte, la fuite a été leur seule perspective.

En s’éloignant, en se taisant, chacun essaie de masquer ses regrets et sa culpabilité, mais cette réunion familiale est le grain de sable ou le moment que tout un chacun attendait pour se retrouver, pour étancher sa peine. Volontairement ou pas, la chute viendra d’où personne ne l’attendait.

Chant d’amour de la famille, des parents ce roman a beaucoup de qualité. Il est difficile dans les trois premiers chapitres de comprendre le rythme adopté par l’auteur car ces voix nous ne les connaissons pas, nous avons peu d’éléments sur elles et sur leur histoire. Au fil des pages, les joies et les peines prennent forme, une partie de la vie de la famille Cardinal, originale et pleine de vie, aux personnalités si distinctes et pourtant si dépendantes les unes des autres dans ce petit village minier. 30 ans après cette journée de juillet, les choses seront dites.

 

La belle mélancolie / Michel Jean

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La Belle Mélancolie

La belle mélancolie / Michel Jean. Libre Expression, 2015. 259 pages.

On se demande tous ce qu’aurait pu être notre vie si…
Une série de meurtres dans une mine du Nunavik entraîne Arnaud Delagrave, spécialiste de la gestion de crise, dans des événements dont le contrôle lui échappe bientôt. Jusqu’où devra-t-il aller pour aider le PDG de la Drago Polar Mine, à la personnalité charismatique mais implacable en affaires?
Et quel secret cache la jeune avocate un brin fantasque Amélie Roy, dont il s’éprend malgré lui?
Entre le désert de la toundra du Grand Nord et les élégants gratte-ciel de Montréal, Arnaud sera confronté à son passé et aux choix qu’il a faits.

C’est tout d’abord cette couverture qui m’a fait de l’oeil chez Jules et Karine. Un titre qui me parlait et un auteur dont j’ignorais tout. Je savais que j’allais le lire. Au cours de ma dernière visite au Québec, j’ai eu la chance de rencontrer Jules qui m’a fait cadeau de ce roman (pour la millième fois, merci pour tout Julie). Et comme souvent lorsqu’un livre vous tente et qu’on vous l’offre, vous cherchez le bon moment pour le lire, inquiète d’être déçue par le style, le sujet, d’avoir mis trop d’attente sur le roman.

Le bon moment c’est ce mois québécois et, ce roman se dévore. Michel Jean joue avec de multiples sujets : amour, choix de vie, temps qui passe, meurtres, stratégie économique, autochtones, journalisme.  259 pages et autant de thématique ! Cela vous semble un challenge ? Et bien pas du tout. L’ensemble est maîtrisé, amené avec beaucoup de brio et le tout semble d’une évidence absolue. Alors que l’intrigue principale semblait tourner avant tout autour d’Arnaud Delagrave, de sa relation amoureuse dont les chapitres ponctuent l’ouvrage, les événements s’imbriquent et Michel Jean nous parle du Grand Nord et de ses habitants : laissés pour compte, ayant dû abandonner leurs us et s’abandonnant désormais à l’alcool et survivant loin de tout. Envoyé en mission pour gérer une crise avec une maîtrise dont il a le secret, progressivement, notre personnage va découvrir cet univers et effectué une sorte d’introspection sur lui-même (différentes coïncidences vont l’y aider). Il va découvrir que la vie qu’il mène est bien loin de celle qu’il avait idéalisé, que les chemins qu’il a choisi proposent d’autres méandres, des sentiers de traverses qui peuvent lui permettent de revenir un peu sur ses pas, non pas pour remettre en question la société, mais au moins pour que lui puisse regarder l’avenir avec plus de sérénité et plus de sincérité dans ses actes du quotidien.

Comme je le disais, je ne connaissais absolument pas Michel Jean et c’est réellement une très belle découverte. Ce qu’en disent mes amies québécoises, son choix de parler des premières nations dans ses écrits, me donnent envie de lire davantage.

Une nouvelle fois je ne peux dire que merci aux blogs et à ces belles rencontres qui m’ouvrent les yeux vers un pays magnifique, un autre style de vie et des amis lointains mais toujours présents lorsque je me décide à prendre l’avion.