Mount Terminus / David Grand

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AmericaDavid Grand - Mount Terminus.

Mount Terminus / David Grand. Traduit de l’anglais (Etats-Unis ) par Bernard Hoepffner. Editions du Seuil, 2016. 414 pages

Mount Terminus : un promontoire rocheux à la frange du désert Mojave en Californie. A son sommet, une villa bâtie aux temps des conquêtes espagnoles, dont les dédales regorgent de secrets. Délimitant la vaste propriété, d’extraordinaires jardins à la végétation luxuriante. Au-delà : rien. Un désert balayé par les vents qui se jette dans l’Océan Pacifique, dont nulle tempête ne trouble l’horizon infini.
C’est là, au tout début du 20ème siècle, que viennent s’installer Jacob Rosenbloom et son fils de neuf ans, Joseph. Jacob, inventeur de génie, a conçu pour Thomas Edison le mécanisme du premier projecteur d’images en mouvement – et le cinéma est né. Mais la fortune ne suffit pas à effacer le passé trouble de Jacob. Forcés de tout quitter, père et fils traversent le pays pour se réfugier à Mount Terminus.
Joseph, qu’on appelle Bloom, y grandira dans le retranchement et la contemplation, jusqu’à ce que la modernité balbutiante fasse irruption dans ce paradis isolé, et que se révèlent de lourds secrets de famille. Mount Terminus est une extraordinaire épopée qui mêle le gothique au merveilleux et nous livre une fresque digne des plus grands chefs-d’oeuvres d’Hollywood. Il y est question des liens du sang, de duplicité, de la valeur de l’art, de la folie conquérante et de la grande Histoire, car c’est bien Los Angeles qu’avec Bloom, depuis le sommet de Mount Terminus, nous voyons apparaître au fil des pages – une ville créée de toutes pièces, née d’un désert et de l’ambition démesurée d’un seul homme.

Il est des livres dans lesquels on se demande où se situe l’histoire et où commence l’imagination. Mount Terminus est de ceux là tant le contenu est à la fois fertile et parallèlement plausible, dans les quêtes des terres, dans la construction d’une ville telle Hollywood comme on peut se la représenter, tout du moins en ce qui me concerne, petite lectrice francophile connaissant bien peu l’histoire américaine ou celle du cinéma de cette nation.

C’est un roman à la fois magique et complexe. Les histoires se multiplient et l’on a parfois l’impression de suivre plusieurs scénarios de films. Une réelle mise en abîme quant un des sujet de ce roman est l’image, le cinéma et, que les faits semblent bien souvent se répéter. Ainsi et sans vouloir spoiler (je garde pour moi les autres images qui me viennent) cette terre de Mount Terminus fut un lieu d’expropriation (et plus) et les grands projets de Simon vont entraîner à nouveau cet état de fait.

La densité de l’ouvrage, comme je l’ai déjà mentionné, est fort riche et l’on s’interroge parfois sur ce à quoi on doit s’attendre. Afin de rassurer les lecteurs un peu réticent, je vais dire que vous allez suivre la vie d’un homme : Joseph dit Bloom, de son enfance à sa vie adulte. Mais pour le comprendre, sa sensibilité comme son état d’esprit, vous devrez rencontrer ses parents et plus particulièrement son père Jacob. Alors oui, comme je l’ai lu ici ou là, le cinéma étant à l’honneur dans ce roman et la clé de la fortune de cette figure paternelle, il vous faudra parfois lire quelques passages liés au mécanisme, aux lentilles etc…. et quelques menus digressions de différentes sortes. Parfois le contenu peut sembler bavard, mais il est également plein de poésie grâce à la plume de David Grand (oui c’est bien moi qui parle de poésie). Ces envolées lyriques liées aux paysages, à l’architecture, au découpage de films, dessins etc, ne gâchent rien et nous entraînent dans l’esprit fantaisiste de Bloom bien accompagné par Roya ou tant d’autres personnages secondaires mais qui lui permettent de s’ouvrir au Monde et à un univers autre que celui de son père.

Certes ce roman n’est pas toujours des plus évident, et même si je suis heureuse de l’avoir lu, je reste partagée par cette lecture ;  mais, il parle d’amour et d’art. Pas seulement de cinéma, mais de tous ses métiers qui le composent et, cette fresque est tellement magique, elle démontre tant d’imagination que je ne peux que vous inviter à y jeter un coup d’oeil. Sans doute, tout ne vous ravira pas, mais certaines pages restent étonnantes.

L’exploitation / Jane Smiley.

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L’exploitation / Jane Smiley. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Cartano. Rivages, 1993. 462 pages.

En 1979, dans l’Iowa, Larry Cook, un fermier orgueilleux et exigeant, décide un beau jour de partager son vaste domaine entre Ginny, Rose et leur cadette, Caroline, jeune avocate ayant quitté la ferme depuis longtemps. Pour les deux aînées, ce don ne représente qu’une juste récompense pour des années de travail pénible. Pour la cadette, c’est une mauvaise idée. Furieux, son père la déshérite. Les soeurs se déchirent, les couples se défont.
Les secrets apparaissent. C’est la fin d’un monde, la mise à nu d’un homme, le père. Ce roman a été récompensé par le prix Pulitzer en 1991 et adapté au cinéma sous le titre Secrets avec Michelle Pfeiffer et Jessica Lange.

Jane Smiley était présente au Festival America 2016 et je m’en veux de ne pas avoir pris le temps d’aller l’écouter. Son nouveau roman (une trilogie) raconte une nouvelle fois la terre et une épopée familiale toujours attachée à une exploitation agricole mais qui observe / vit les changements du monde.

Dans ce roman plus ancien, salué par le Prix Pulitzer, la romancière nous parle déjà de la terre, du formidable travail de défricheur des arrières grands-parents de ces femmes, mais elle nous narre avant tout l’explosion familiale liée à la jalousie, la maladie et tous les obscurs secrets de ces vies. Alors que nous sommes au tournant d’une grande crise agricole (mais que les protagonistes ne peuvent imaginer), la ferme familiale fait la fierté des Cook. Hectare après hectare, le père a fini par acquérir les fermes alentours où se sont installées ses filles ainées. C’est à travers la voix de Ginny que leur vie nous est racontée. Une femme heureuse selon les apparences si ce n’est les fausses couches à répétition. Sa soeur et confidente n’est pas loin et elle profite de ses nièces. Une visions idyllique de l’existence si ce n’est le cancer du sein dont sa soeur est victime. Sa santé semblant se rétablir, la vie semble reprendre son cours normal.

Différents éléments vont faire éclater cette jolie aquarelle et la respectabilité dont cette famille bénéficiait vu son importance, sa richesse. A partir d’une donation impulsive, du retour du fils prodige des voisins, envieux, malheureux, le château de cartes va peu à peu s’effondrer sous nos yeux, dévoilant tout, même les secrets les plus intimes, tus depuis si longtemps que Ginny elle-même refuse de voir. Mais avant cela, sans jamais lasser le lecteur par des descriptions agricoles ou familiales trop mièvres, Jane Smiley fait monter la tension. Les événements s’enchaînent liés à l’humeur des protagonistes, aux intempéries, ou à des actes de malveillances. Le tout est entrecoupé du quotidien des uns et des autres, des attentes et du regard de notre narratrice sur son passé ; c’est toute la vie de cette exploitation qui nous est racontée.

Jamais mièvre, cet ouvrage n’est pas un « roman de terroir » comme nous en trouvons fréquemment (et que j’apprécie donc rien de péjoratif en ce qui me concerne), mais montre l’existence dans une de ces petites villes rurales. Ici, un formidable tourbillon va renverser ces existences, mais il ne sera que le premier (pour memo, bientôt les prix vont s’effondrer). L’auteur insère dans son roman, en cette fin des années 70 les questions écologiques liées aux engrais utilisés à grande échelle et qui empoisonnent l’eau courante, la volonté de certains de sortir de ces usines à viandes, des végétariens et la place des femmes. Une place si essentielle, à la fois effacée et vitale pour la vie rurale.

La vallée des poupées / Jacqueline Susann

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Jacqueline Susann - La vallée des poupées.Lecture commune avec Titine

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La vallée des poupées / Jacqueline Susann. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michèle Lévy-Bram. 10/18, 2016. 479 pages

1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour s’installer à New York, la tête pleine de rêves. Devenue secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre, elle fait la connaissance de l’ambitieuse Neely et de la sublime Jennifer, toutes deux prêtes à tout pour faire carrière dans le monde du spectacle. Des coulisses de Broadway aux plateaux d’Hollywood, de la vie nocturne new-yorkaise aux cures de désintox, très vite, elles réalisent le prix à payer pour une victoire aussi précaire qu’éphémère…

A la lecture de cette 4ème de couverture, comme moi vous vous dites que les poupées en question sont ces jeunes filles, mais il s’agit en fait de pilules : tranquillisants, excitants et somnifères qui vont devenir les « alliées » de ces jeunes femmes. Effectivement le sujet de cet ouvrage, suivre l’ascension d’ingénues,  ne semble guère novateur pour bon nombre d’entre nous. Films, séries, romans et aujourd’hui magazines peoples relaient avec régularité les hauts et les bas de ces figures montantes, déjà dépassées par de « nouveaux talents », par l’âge et avant tout, par la nouveauté.

La réussite de cet opus vient qu’il est sorti dans les années 60 où les travers du show business n’étaient pas encore monnaie courante pour le commun des lecteurs, et que Jacqueline Susann parle, pour l’époque, avec une certaine crudité (que du banal pour nous) de tous les sujets. Ainsi les relations familiales, mères-filles, sont-elles peu encourageantes. Anne ne pense qu’à fuir une mère bien pensante et étouffante comme la ville d’où elle vient. Ici la vie est toute tracée et la place de la femme est évidente : se marier, faire des enfants, se taire et bien se conduire. La mère de Jennifer est pour sa part juste intéressée ; elle souhaite un très riche mariage pour sa fille afin de pouvoir être entretenue. En attendant, elle n’a de cesse de pleurer le moindre sou à sa fille. Via ces portraits on peut lire la vie qui s’offre dans ces années : la notion d’indépendance reste chimérique, la liberté de la femme est possible si elle accepte de faire rêver son entourage par un beau mariage et des enfants. Ses frasques doivent rester discrètes si possibles, étouffer par leurs producteurs ou volontairement mises en scène pour la plus grande joie des journaux ou des pages spécialisées dans le spectacle. L’âge, les kilos superflus, les peines de coeur ou autre ne doivent pas entraver cette vie superficielle qu’elles ont voulu et qu’entretiennent leur entourage. Plus ou moins protégées, elles affrontent la vie avec leurs faiblesses, leur caractère et leur sensibilité. A coup de petites pilules, Jennifer, Neely et Anne dans une moindre mesure se frottent à cet univers auquel elles pensaient pouvoir se mesurer grâce à leur beauté, talents. Mais la vie s’empare d’elle et les fait tournoyer comme des poupées.

Sur une 20aine d’années, chapitre après chapitre, ce sont leurs espoirs, réussites et concessions avec la vie et le succès qui nous est narré. Rapidement, on souhaite connaître la suite de ces jeunes vies et la boucle se referme lorsque Neely se retrouve dans la position d’Helen Lawson exigeant de ses producteurs à ce que la petite nouvelle ne lui fasse pas de l’ombre.

Les petits vieux d’Helsinki font le mur / Minna Lindgren

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Minna Lindgren - Les petits vieux d'Helsinki font le mur.

Les petits vieux d’Helsinki font le mur / Minna Lindgren. Traduit du finnois par Martin Carayol. Calmann-Lévy, 2015. 375 pages

Lorsque la maison de retraite du Bois du Couchant entame de colossaux travaux de rénovation, les résidents commencent à fuir. Siiri et Irma, amies nonagénaires inséparables, décident, avec quelques petits vieux, de devenir colocataires de leur propre appartement… mais pas pour autant plus sages. C’est alors que des vols mystérieux se succèdent dans la résidence. Les victimes s’avèrent être des proches de Siiri et Irma. Malgré leur grand âge et leur terrible manque d’expérience, comment résister à la tentation de mettre leur nez dans ces affaires ?

J’avais entendu parler du précédent volume sans réellement savoir de quoi il se composait. Dans mes souvenirs les avis étaient assez élogieux et le rire semblait de la partie. Si ce 2nd volume est du même style, je ne pense pas que cette série soit pour moi car, les blagounettes, moqueries sur le 3ème âge n’ont pas eu l’effet attendu. Pourtant l’idée me semble intéressante, car l’auteur, sous couvert de rires (plus ou moins forcés dirons nous), d’une pseudo enquête (là les fils sont plus que fins), se penche sur la vie des retraités, leur solitude dans les maisons de retraites, hôpitaux-mouroirs quand leur autonomie n’est plus là ou quand la maladie est par trop présente. Sur leurs enfants, petits-enfants trop occupés à vivre, à s’épuiser au travail puis à partir à l’autre bout du monde pour se reposer ; bref, incapables de trouver du temps pour leur rendre visite ou les aider, dans le cas présent, à batailler avec l’administration. Sur le manque de respect vis à vis d’elles, tout le monde (les actifs) savent mieux que ces vieux leurs besoins : ainsi le coup de grâce est porté par cette infirmière sadique qui nettoie sa patiente au gant de crin, la laissant dans les courants d’air pendant la toilette, et menaçant ses amies qui essaient de l’aider. Bien entendu c’est pour mieux décrier la pratique des soins infirmiers à domicile, minutés et parfois inappropriés, mais ces lignes n’ont guère apporté si ce n’est rappeler qu’il existe des personnes habilitées à soigner et qui sont parfois des dangers pour les autres.

Une administration totalement folle qui lorsqu’elle devient privée n’est guère plus sage. La gestion va de travers, la course au profit est toujours là et peu importe que ces personnes âgées doivent vivre au milieu du bruit, de la poussière etc… Bien entendu l’auteur joue sur tous les côtés absurdes des situations, mais si cela peut être drôle dans une bande dessinée (style Astérix), quand le comique se répète, pour chaque situation, presque à chaque page cela ne m’inspire guère.

Les rares passages positifs de ce roman furent, pour moi, la très belle rencontre de Siiri avec Muhis et Metukka, deux nigériens parlant un parfait finnois et épris de cuisine. Leurs échanges sont rares car ces hommes discutent à égalité avec ces personnes âgées. Malmenés par l’existence, par la quête d’une intégration professionnelle, d’une reconnaissance, ils sont d’une certaine manière au même niveau que Siiri et ses amis.

L’ensemble se lit mais ne tiens pas ses promesses.

Brève histoire de sept meurtres / Marlon James

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Marlon James - Brève histoire de sept meurtres.America

Brève histoire de sept meurtres / Marlon James. Traduit de l’anglais (Jamaïque) par Valérie Malfoy. Albin Michel, 2016 (Terres d’Amérique). 846 pages

Kingston, 3 décembre 1976. Deux jours avant un concert en faveur de la paix organisé par le parti au pouvoir, dans un climat d’extrême tension politique, sept hommes armés font irruption au domicile de Bob Marley. Le chanteur est touché à la poitrine et au bras. Pourtant, à la date prévue, il réunit 80 000 personnes lors d’un concert historique
Construit comme une vaste fresque épique abritant plusieurs voix et des dizaines de personnages, ce livre monumental, couronné par le Man Booker Prize 2015, nous entraîne en Jamaïque et aux États-Unis, des années 1970 à nos jours. Convoquant hommes politiques, journalistes, agents de la CIA, barons de la drogue et membres de gangs, il s’interroge avec force sur les éternelles questions du pouvoir, de l’argent, de la politique et de la violence du monde.

Le challenge est difficile. Comment vous parlez, racontez un peu ce roman qui fait quand même plus de 800 pages ? Alors oui vous pourriez vous contenter de la 4ème de couverture, mais il y a tant de ramifications dans ce pavé qu’il faut bien évoquer quelques traits essentiels et vous dire ce que j’ai aimé et ce qui m’a laissé totalement froide. Car oui, encore une fois, certains passages ne m’ont pas enchanté, mais, même si je les ai trouvé bavards, voir inutiles, ils peuvent se comprendre dans le projet de l’auteur. Avant de vous en dire plus, sachez que si vous ne parvenez pas à trouver la force, physique, ou le temps pour venir à bout, Marlon James a signé un contrat d’adaptation télévisuelle. Le premier « Action » n’est pas encore lancé, mais tout cela est dans les tuyaux.

Ce roman fut pour moi une découverte. Je ne connais absolument rien à la Jamaïque (politiquement, sociologiquement), rien (tellement peu) à Bob Marley que j’ai été jeté dans le grand bain. Car, si ces 7 petits meurtres tourneront autour de la tentative d’assassinat du chanteur, vous allez découvrir que différents courants furent impliqués. Les politiciens au pouvoir, les querelles de gangs, la peur pour les USA que la Jamaïque ne devienne communiste comme Cuba. La violence est partout présente. Elle semble endémique dans l’île et toujours plus encouragée par les différents bras qui tentent de manipuler les uns et les autres. Pour mieux nous faire comprendre la vie, les intentions des nombreux protagonistes, l’auteur a eu l’idée de les faire parler, de les suivre. Chaque chapitre donne voix et corps à l’un d’entre eux, parfois ils seront récurrents, d’autres viennent juste le temps de ces quelques lignes (c’est la notion de chant choral évoqué notamment dans l’article des Echos ; notion utilisée de plus en plus et qui m’agace un tantinet, même si dans le cas présent il se justifie). C’est certainement ce qui déstabilise le plus le lecteur, qui a la sensation de se perdre dans ces personnages et, comme je le mentionnais certains m’ont laissé de marbre (quand le chapitre est décrit par la voix d’un junkie par exemple, j’avoue avoir lu quasi en transversale) ; fort heureusement ils sont restés rares.

Grand merci à l’auteur de nous avoir fourni un rappel de tous les noms et « qualité » de ses intervenants. Cette enquête se situant entre 1959 et 1991 (1976 en réalité, 1959 étant un point de référence), il vous sera très utile de vous reporter à ses 4 pages initiales de temps en temps.

En plus de cette île de la Jamaïque, vous allez découvrir la place peu enviable de la femme, de cette terreur continuelle de l’existence. Au travers d’un beau personnage féminin (si, si), la quête à la fin de ses années 70 des jamaïcains de fuir leur pays pour les USA, leur place peu enviable dans la communauté, comme pour bon nombre d’émigrés clandestins.

Difficile au premier abord mais je n’ai pas regretté le temps passé une fois la dernière page tournée. – Merci aux Editions Albin Michel –

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Les lance-flammes / Rachel Kushner

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Rachel Kushner et Rachel Kushner - Les lance-flammes - Traduit de l'anglais (Etas-Unis) par Françoise Smith.America

Les lance-flammes / Rachel Kushner. Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Françoise Smith. Stock, 2015 (La Cosmopolite). 539 pages. 

Reno a trois passions : la vitesse, la moto et la photographie. Elle débarque à New York en 1977 et s’installe à Soho, haut lieu de la scène artistique, où elle fréquente une tribu dissolue d’artistes rêveurs, qui la soumettent à une éducation intellectuelle et sentimentale. Reno entame alors une liaison avec l’artiste Sandro Valera, fils d’un grand industriel milanais, qu’elle suit en Italie. Tous deux sont bientôt emportés dans le tourbillon de violence des années de plomb.

J’avais trouvé fort sympathique cette auteur au Festival America – ayant commencé ce roman le samedi matin, je voulais absolument l’écouter. Chose faite dans un débat intitulé « La littérature face au terrorisme ». A présent, je savais que son roman parlait des Brigades rouges, mais nul spoiler dans cet échange.Alors, si, comme mon amie Titine ce sujet vous intéresse, ne vous réjouissez pas trop vite. Ce sujet fait « l’objet » d’une 100aine de pages sur les 500 du roman.

Quant au roman en lui-même, je lui ai trouvé fort peu de qualité. Tout avait assez bien commencé avec cette jeune femme, Reno, découvrant New York, ses quartiers, le milieu artistique vers lequel elle aspirait. Son projet de course dans le désert de sel et sa volonté de graver photographiquement parlant, cette course (je ne voyais pas très bien comment de prime abord, mais pourquoi pas). Mais là où Rachel Kushner m’a perdue c’est dans son évocation de ces milieux se voulant artistiques qui semblent simplement épris de performances / d’invraisemblances, d’ego surdimensionnés. C’est vrai que je ne suis pas une adepte du minimaliste ou de l’art contemporain, néanmoins, jeter ces expériences aux yeux du lecteur furent pour moi un point limite de rupture. Même si elles donnent un certain sens au milieu dans lequel Reno évolue, nul besoin d’en faire 150 pages et de nous retrouver à plus de la moitié du roman sans que rien ne soit vraiment dessiné concernant le devenir du roman et sur quel point s’ancrer.

Platitudes. Voilà, le terme est écrit. Les artistes sont bohèmes, épris de folie, d’alcool et de sexe. La haute bourgeoisie est hostile à tous ceux qui n’appartiennent pas à leur milieu, etc,etc.

Et pourtant quelques chapitres sauvent ce roman mais il faut pour cela parvenir au bout et, je ne suis pas certaine que tout un chacun ait envie de lire ces invraisemblables longueurs. Bref, à mettre tout au fonds de votre PAL.

Avis similaire au mien, et, un autre, beaucoup plus enthousiaste.

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Ils savent tout de vous / Iain Levison

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Iain Levison - Ils savent tout de vous.Festival America - logo

Ils savent tout de vous / Iain Levison. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzales Battle. Liana Levi, 2015. 232 pages

Avez-vous déjà rêvé de lire dans les pensées des gens ? Savoir ce que se dit la serveuse en vous apportant votre café du matin. Ce que vos amis pensent vraiment de vous. Ou même ce que votre chat a dans la tête ? Eh bien, c’est exactement ce qui arrive un jour à Snowe, un flic du Michigan. Au début, il se croit fou. Puis ça l’aide à arrêter pas mal de faux innocents… A des kilomètres de là, un autre homme est victime du même syndrome.
Mais lui est en prison, et ce don de télépathie semble fortement intéresser le FBI… Iain Levison nous entraîne dans un suspense d’une brûlante actualité, où la surveillance des citoyens prend des allures de chasse à l’homme. Mais sait-on vraiment tout de nous ?

L’idée n’est pas nouvelle, mais Iain Levinson a su se la réapproprier en y apportant une touche moderne, y mêlant nos peurs de big brother, de la noirceur et des bribes d’humour dont il a le secret. Son côté anticonformisme qui plait aux lecteurs européens et passe moins bien auprès des Etats-Unis (qu’il a confirmé lors d’un débat au Festival America vendredi soir) se retrouve indéniablement dans ses personnages et le style de cet ouvrage. Les peurs : l’utilisation des sciences pour modifier le comportement humain, devenir la marionnette d’autrui (militaires, organismes pro gouvernementales ou autres) ; au jeu de la poupée, nos deux héros / anti-héros ne vont pas tarder à montrer de quel bois ils se chauffent lorsqu’on essaie de les manipuler. Car, conséquence non prévu de ce programme, 2 télépathes vont se rencontrer et les événements ne vont pas se dérouler selon les plans du FBI et autres.

Car oui ces deux hommes sont différents. Ainsi Snowe, le policier est-il suffisamment intelligent pour se rendre compte de ses capacités, des ouvertures qui s’ouvrent à lui mais aussi des dangers qui le guettent à trop attirer l’attention sur lui grâce à ce don / calamité. Son comparse lui, aspire avant tout à sortir de prison. Leur rencontre va donner lieu à des événements inattendus, des questions et des courses poursuites tantôt drôles et tragiques. Pour nos deux compères le plus difficile restent de tout entendre, de ne jamais pouvoir s’isoler, se couper du monde d’une manière ou d’une autre.

Manipulation, monde sur écoutes (que l’on soit télépathe ou pas), surveillance individuelle grâce aux nouvelles technologies : caméras, smartphones, carte bancaire… les travers possibles de notre société sont mis en exergue dans un thriller à hauteur d’hommes. J’avais entendu des critiques diverses concernant ce roman, mais je dois avouer que ce fut une bonne surprise pour moi.

America

Festival America 2016 -lancement et 1er jour

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Festival America - logo

J’ai eu l’opportunité de participer à la la soirée d’ouverture du Festival America jeudi soir. Je dois avouer que la journée professionnelle me tentait bien mais on ne peut pas tout avoir et je me suis contentée d’une coupe de champagne après quelques discours dont celui de James Ellroy égal à lui-même, mêlant provocation et un quasi laisser aller, tout en sachant pertinemment la place qu’il occupe. Agaçant sans doute, mais sans langue de bois, capable du meilleur sans doute, mais ne lâchant rien.

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Photo de groupe (quelques absents) dans une ambiance sérieuse, même si juste avant les bavardages et les rires s’enchainaient (pardon à la personne près de Laura Kasischke que j’ai omise).

Je ne résiste pas à vous raconter une anecdote. Juste avant d’entrer, étant en avance, je lisais sur un banc au soleil juste à côté de l’entrée. Autre banc, près de moi, s’assied une jeune femme qui passe quelques coups de fils pour organiser l’arrivée d’auteurs et plus particulièrement de Marlon James dont je lisais justement le roman « Brève histoires de sept meurtres »(je vous en parle très vite, le temps de rassembler mes idées).

Hier j’ai continué sur ma lancée et ai pu assister à un Café des Librairies et Forum des écrivains.

Tout d’abord Du réalisme en littérature, étaient présents Ann Beattie, Alice Mc Dermott et Willy Vlautin. Bien que je n’ai pas forcément lu leurs derniers opus, j’ai la chance de les avoir déjà découvert, ce qui est assez agréable car généralement cela nous permet de mieux comprendre style, écriture et d’avoir jeter un coup d’oeil sur leur bio ou lu ici ou là des interview et autre. Le Café des Librairies est l’occasion avant tout de présenter des ouvrages et de susciter l’envie de lecture d’où peu d’échanges entre auteurs et des questions ciblées.

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Ann Beattie a parlé nouvelles et chute desdites nouvelles à la demande de Béatrice Leroux qui lui disait qu’elle avait parfois la sensation qu’il n’y avait pas de réel fin. L’auteur a expliqué l’importance du vocabulaire dans ses écrits, que le choix qu’elle en faisait était différent selon la forme choisie. Quant à la fin, elle se fait, selon elle-même dans la langue même : symbolisme des termes choisis, la chronolgie qui clôt le tout. J’avoue que je n’avais jamais pensé à cela.

Pour Alice McDermott, « Someone », le choix des questions fut davantage lié à la période, au quartier choisi et au choix du prénom : Marie (que j’ai tantôt écrit correctement dans mon billet tantôt à l’anglaise ; négligence de ma part car un chapitre évoque clairement ce choix de la mère).

Willy Vlautin ne m’avait pas emballé avec son « Motel Life » mais il a su m’intriguer dans cette discussion sur « Ballade pour Leroy ». Clair dans ses engagements, choix d’hommage aux infirmières, il a suscité l’envie de découvrir ce roman qui, pourtant ne semble pas d’une gaieté absolue.  Selon Béatrice Leroux, nous aurons la chance de découvrir 2 romans car la mère du personnage principal lui lit des histoires de science fiction écrites par l’auteur lui-même. A la question concernant son choix de lecture, Willy Vlautin a, d’une pichenette, avoué lire en semaine de la lecture classique / réaliste et consacré son week-end à un autre genre.

Le temps tourne, d’autres sessions m’attendent et je vous parle de la suite de cette journée dans un autre billet ainsi que cette journée de samedi.

Missing : New York / Don Winslow

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Don Winslow - Missing : New York.Festival America - logo

 

Missing : New York / Don Winslow. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc. Editions du Seuil, 2015. 303 pages

Frank Decker, sergent de police à Lincoln, Nebraska, capte sur sa radio de service un «Code 64», soit un avis de disparition : Hansen, Hailey Marie. Afro-américaine. Agée de cinq ans. Un mètre six. Seize kilos huit. Cheveux bruns, yeux verts. Personne n’a rien vu, rien remarqué, rien entendu. Près de la moitié des enfants assassinés par leur ravisseur sont tués dans l’heure qui suit leur enlèvement et Decker sait juste que Hailey s’est volatilisée avec Magique, son petit cheval en plastique.
Fouilles et interrogatoires, brigade cynophile, battues avec l’aide des flics des comtés voisins : la police fait de son mieux. Jusqu’à un certain point. Car personne ne l’admet, mais on remue ciel et terre pour retrouver les petites filles blondes, pas les enfants métis de mère modeste et alcoolique. C’est alors que Decker donne sa démission, fait son sac et part sur les routes à la recherche de Hailey.
Une quête désespérée et solitaire de plusieurs mois, de motels en stations-service, jusqu’à New York et son annexe pour VIP, les Hamptons. Et là, tout bascule…

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Tout commence classiquement dans les premières pages de ce roman, suite à l’enlèvement de la petite Hailey : le décompte, la mise en place des recherches, l’appel au FBI etc… et puis, la promesse faite à la mère, une profonde lassitude, l’impuissance devant son couple qui se dilate, la vie qui ne répond pas à ses attentes et à son éducation. Bref, Frank Decker prend le mors aux dents et décide de mener l’enquête vaille que vaille et de retrouver cette enfant. Oui, il est sans doute trop tard, mais il cherche…. cherche et nous entraîne dans sa quête, dans ses espoirs et ses errances, mais également dans les coins paumés du Nebraska, puis dans la folie urbaine de la grosse pomme : New York. Un simple ticket de caisse l’a emmené là et on se dit que notre cher héros est totalement paumé, qu’il est passé à côté et, pourtant…

Il a du nez ce Frank Decker, pour renifler juste des relents nauséabonds perdus au milieu du luxe et des photos de magazines. Que dire de Don Winslow ? Il a l’art et la manière de nous perdre, de jouer avec nous, nous entraînant sur des pistes invraisemblables afin de mieux nous perdre, nous faire douter de son propre héros. Parti d’un simple enlèvement d’enfant, l’auteur nous conduit avec lui découvrir ces réseaux de la prostitution de luxe et bas de gamme : tout un florilège de détails qui vont ramener son policier sur la piste de l’enfant, à Lincoln. Oui, ses premières impressions étaient les bonnes, chaque indice était bon. Après, il ne tient qu’à vous de vous laisser prendre aux pièges, d’essayer de comprendre toutes les ramifications de cette histoire.

Une folie. Mais tellement vraisemblable avec un personnage crédible avec ses faiblesses et ses forces.

 

Un avis positif et un autre à l’opposé

Someone / Alice McDermott

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Alice McDermott - Someone.Festival America - logoAmericaSomeone / Alice McDermott. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Ranaud. Quai Voltaire, 2015. 265 pages

Brooklyn, années 30, quartier irlandais. Marie vit avec ses parents, immigrés avant sa naissance, et son grand frère Gabe dans un minuscule appartement bien astiqué. Son père boit trop mais il aime sa fille tendrement. Sa mère a la rudesse des femmes qui tiennent le foyer. Tandis que Gabe se destine dès le plus jeune âge à la prêtrise, Marie traîne sur les trottoirs de New York avec ses copines, colportant les cancans du bloc d’immeubles, assistant aux bonheurs et aux tragédies d’un quartier populaire.
Viendront le temps des premiers émois, puis du premier emploi, chez le croque-mort du quartier, le débonnaire M Fagin. Un jour, elle rencontre Tommie, GI détruit par la guerre qui vient de s’achever, employé d’une brasserie de bière et ancien paroissien de Gabe. Tommie est ce qu’on appelle « un gars bien ». Ensemble, ils vont élever quatre enfants qui connaîtront l’ascension sociale américaine. Poignant et caustique, le récit de la très ordinaire vie de Marie – un parcours de femme, des tracas et des joies d’épouse, de mère, de fille, de soeur, d’amie – devient un témoignage historique évocateur de la communauté irlandaise du New York des années 30, du traumatisme de la guerre, des mutations sociologiques de l’époque contemporaine.

A petites touches, à la manière des impressionnistes, Alice McDermott nous raconte une histoire, des histoires dans l’histoire. Un peu à la manière des enfants qui, les mains sur les yeux laissent s’ouvrir progressivement leurs doigts pour laisser passer la lumière, les images : l’index, le majeur puis les replacent et en déplacent un autre. C’est son univers, son Brooklyn que Mary nous détaille ; sa vie et celle de sa famille mais de manière non linéaire. Tantôt l’image qu’elle perçoit nous raconte l’enfant qu’elle fut, d’autres les souvenirs de son père, son 1er accouchement, la rencontre avec son mari et son frère, Gabe, un des super héros de son enfance dont le temps semble faire pâlir un peu l’aura (mais rien n’est jamais terminé).

La forte myopie de Marie semble l’empêcher de voir les choses dans leur globalité, mais les détails sont là, minimes et pourtant si essentiels. Ils lui permettent de nous restituer toute une atmosphère, des odeurs et des sentiments forts différents sans doute d’une personne dépourvue de cet handicap. Une grâce rendue possible via la plume sensible d’Alice McDermott qui n’a peur de rien, qui joue avec le lecteur, sans craindre de le perdre dans les méandres de la plume et de la mémoire de son personnage.

Un plaisir de lecture en ce qui me concerne. J’ai tourné les pages impatiente que j’étais de découvrir ces tableaux minuscules et sincères d’une vie, cette vie qui nous mène quasi de ces premiers aux derniers souvenirs sans pathos, ni regrets.

 

Lu dans Télérama, sous la plume de Nathalie Crom : « Le quotidien banal d’une femme sans qualités peut receler une beauté et une grâce infinies, à condition qu’une plume virtuose lui donne vie. La preuve. »

Egalement chez Plume de Cajou, et chez Titine pour Le mois américain.