Les vies privées de Pippa Lee / Rebecca Miller

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Rebecca Miller - Les vies privées de Pippa Lee.

Les vies privées de Pippa Lee / Rebecca Miller. Traduit de l’anglais (Etats-Unis par Cécile Deniard). Seuil, 2009. 290 pages

A cinquante ans, Pippa Lee apparaît à tous ceux qui la connaissent comme « une des dames les plus charmantes, les plus gentilles, les plus adorables, les plus simples et les plus rassurantes qu’ils aient jamais vues ». Épouse parfaite, mère dévouée, hôtesse accomplie et sereine, elle semble avoir tout pour être heureuse. Mais lorsqu’elle et Herb, son mari octogénaire, quittent New York pour s’installer dans une luxueuse banlieue pour retraités, cette belle façade se fissure. Sa sensualité mise en sommeil se réveille et remonte à la surface un passé mystérieux et trouble, fait de rébellion, de passions et de déchirements – un passé dont elle a laissé loin derrière elle les excès et les dangers pour le confort du mariage mais qui la rattrape inexorablement… Les Vies privées de Pippa Lee,  » roman à énigme psychologique « , explore avec finesse le labyrinthe intime d’une femme en quête de sa véritable identité, écartelée entre son désir de sécurité affective et son aspiration à la liberté. Dans la veine des Corrections de Jonathan Franzen, ce roman dénonce avec drôlerie et lucidité les maladies de l’Amérique, son instrumentalisation de la femme, son culte du succès, du bonheur, et les hypocrisies que tout cela recouvre.

Je me souviens avoir vu l’adaptation de ce roman (par son auteur) à sa sortie et ne pas en avoir conservé un souvenir démentiel. Le livre entre les mains je ne savais pas pourquoi ce titre me disait quelque chose mais en le reprenant pour enfin le lire, la lecture de la 4ème de couverture m’a fait me souvenir de cette séance et je suis partie avec un a priori, craignant de m’ennuyer. Et bien, pas du tout.

Même si toutes les clés ne sont pas plus dans ces pages que dans sa version filmée, je dois avouer que cela m’a permis de me pencher sur les relations mères-filles, sur la place de la femme dans la société (oui les choses évoluent mais,… la place de la mère reste ce qu’il est, celui de la femme également…). Que faire quand vous n’avez pas une passion, n’êtes pas une artiste et que vous continuez à chercher votre place ? Pour Pippa Lee, après pas mal de ce que certains verront comme des errances, de fuites, d’une simple quête du bonheur, sa place de femme de, mère et ménagère accomplie semble être SON idéal, ou peut-être simplement l’image qu’elle souhaite donner à tous alors qu’on la découvre avide de nonchalance ou d’observation de la nature (réelle ou humaine). Mais Pippa estime qu’elle doit poursuivre sa route en vaillant petit soldat, même si le choix de vie de son mari Herb : une cité de personnages âgés la laisse « sans voix ».

A son corps défendant Pippa cherche à se rebeller tout en essayant de poursuivre l’existence avec Herb et de comprendre ses erreurs et sa non relation avec sa fille. Si son mari semble au bout du chemin c’est pourtant elle qui mène une introspection sur elle-même et nous narre son passé, ses propres relations familiales et ses prises de psychotropes avant sa rencontre avec Herb.

On découvre une Pippa bourgeoise et sage avant de découvrir une enfance soumise à une mère dépressive et dépendante, avant qu’elle ne décide de prendre la vie à bras le corps, plongeant elle aussi dans différents trips des petites pilules. La douce et passive Pippa va vous surprendre par ses dernières décisions.

J’aime particulièrement cette dernière phrase dans la bouche de sa fille qui traduit bien la situation de nombreuses femmes :« Elle nous a consacré la moitié de sa vie. (…) Tu ne penses pas qu’elle mérite des vacances »

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Crépuscule d’acier / Charles Stross

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Crépuscule d’acier / Charles Stross. Traduit de l’anglais par Xavier Spinat. Mnémos, 2006. 420 pages

Nouvelle République, planète plutôt arriérée et en tout cas coincée côté culture pour ce XXVe siècle, subit l’invasion du Festival. Le Festival est une société galactiquement itinérante post-Singularité. Elle fait pleuvoir sur Nouvelle République une nuée de téléphones qui ne disent qu’une chose :  » Bonjour. Tu veux bien nous distraire ?  » De la réponse dépend la récompense. Ainsi, des armes. Il n’en faut pas plus pour déclencher la Révolution. Et pour conduire les autorités à imaginer pour la vaincre de remonter le temps. Et risquer l’anéantissement de cette partie de la Galaxie, car l’Eschaton déteste qu’on touche à son histoire. C’est qui, l’Eschaton ? Charles Stross est le plus prometteur et le plus déjanté des nouveaux venus sur la scène de la science-fiction. Crépuscule d’acier a manqué de peu le prix Hugo 2004.

Dans son billet, Chiffonnette évoquait ses froncements de sourcils et ses maiskeskyracontejcomprendsrien qui ne l’avaient pourtant pas empêché de ne pas bouder son plaisir. En ce qui me concerne, certains laïus et autres discussions pseudo militaire et technique m’ont totalement laissé de côté. Du coup, je ne suis jamais parvenue à entrer totalement dans ce roman et j’ai réellement dû batailler pour le terminer  – ce qui aurait été fort dommage car les ultimes chapitres ont trouvé grâce à mes yeux -.

Me voilà désenchantée et bien gênée pour vous rédiger quelques lignes car dans ce roman tout n’est pas à jeter, ne serait-ce que les thématiques. S’il date d’il y a 10 ans pour la traduction française, l’ouvrage est en avance en matière d’Intelligence Artificielle, de l’usage de la téléphonie et d’une société avide, d’une certaine manière, de consommation. L’image de vie idéale n’est pas semblable selon la catégorie sociale de tout un chacun (allant d’un simple repas chaud, à des amis, ou un animal qui pond des oeufs en or et se transforme en une bombe à retardement car gorgé de radiations et autre), de ses aspirations : les révolutionnaires de cette colonie, Rochard, qui pensent qu’en prenant le pouvoir ils vont réussir à transformer un pays. Les idéaux des uns et des autres se voient vite bouleversés par ce Festival qui porte, en partie, bien son nom, et leur suite, les marchands, juste évoqués, ne semblent guère une sinécure.

Charles Stross semble prendre un malin plaisir à dénigrer les militaires qui oublient de réfléchir, trop prompts à suivre des manuels. Quant à nombre des révolutionnaires, une fois les armes à la main ils ne valent guère mieux.

Bref, ainsi que je le disais si vous parvenez à aller au-delà de passages particulièrement pesants (et rébarbatifs), il est fort à parier que, comme, bon nombre de lecteurs vous trouverez votre bonheur à la lecture de ce roman non dénué d’humour, de clins d’oeils et de réalisme par bien des aspects. Comme souvent seul votre propre regard vous permettra de vous faire votre avis. Difficile pour moi d’envisager d’ouvrir un autre épisode des aventures de Rachel Mansour.

Un été prodigue / Barbara Kingsolver

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Barbara Kingsolver et Barbara Kingsolver - Un Été prodigue.Un été prodigue / Barbara Kingsolver. Roman traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guillemette Belleteste. Rivages Poche, 2014. 559 pages.

Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de femmes. Celle de Deanna, employée par l’office des forêts, dont la solitude va être bouleversée par l’arrivée d’un jeune chasseur. Celle de Lusa, une intellectuelle qui, devenue veuve, décide de rester dans la vallée et de gagner le coeur d’une famille hostile.
Celle de Nannie, enfin, dont les opinions en matière de religion ou de pesticides suscitent des querelles de voisinage. Dans ce roman foisonnant et généreux, Barbara Kingsolver traite du thème qui lui est le plus cher – le respect de la nature – avec un charme et une grâce qui suscitent l’enthousiasme.

Alors que j’allais rédiger ce billet je suis allée lire celui de Karine et même si mon ressenti général n’est pas le même concernant les personnages j’ai eu également la même impression concernant Deanna. J’allais vous dire en guise d’introduction que j’avais eu bien du mal à entrer dans ce bouquin car le roman s’ouvre en sa compagnie et franchement,  sa personnalité, sa volonté de s’isoler ainsi ne m’intéressait guère. Quant à certains passages rédigés par Barbara Kingsolver, qui se retrouvent souvent dans la bouche de Deanna et bien, ils me lassaient parfois. J’attendais avec beaucoup plus d’impatience les chapitres consacrés à Lusa ou aux querelles de Nannie et Garnett.

Bref en dépit de ces défauts, j’ai poursuivi ma lecture avec enthousiasme, afin de découvrir la vie de ces femmes. Bien entendu 3 d’entre elles sont mises en avant, mais c’est toute une communauté féminine qui tournoient autour d’elles et particulièrement de Lusa. Deanna, Lusa et Nannie sont 3 femmes à différents âges de la vie, qui se trouvent confronté à la solitude volontairement ou pas. Indépendantes et cultivées elles font des choix de vie et nous allons découvrir au fil des pages non seulement une ode à la nature de par leurs professions respectives mais également les vies passées de ces femmes. Les liens entre elles sont beaucoup plus fins que les apparences le laissent supposer.

Lusa est particulièrement attachante par son origine multiethnique, la musicalité des langues et les odeurs des repas de fêtes qu’elle narre. Elle n’est pas seulement attachée à la nature, au plaisir de la découverte des insectes (dont elle est spécialiste), mais également à tout ce qui l’entoure. C’est cet ensemble qui fait d’elle un personnage prenant et attachant. Ajoutons à cela son histoire personnelle passé et présente. Cette femme prend les choses à bras le corps, n’ayant plus d’autres choix d’une certaine manière. Elle redécouvre la campagne, elle, la fille de la ville et comprend pertinemment que chaque saison sera une lutte permanente pour vivre. Alors bien entendu certains n’y verront que de l’idéalisme, mais la lecture faite de personnage si « vivant » rende les livres plus attachants.

Pour en revenir à l’avis de Karine et sur le fait que l’auteur en fait peut-être un peu trop, le sujet de thèse de Deanna sont les coyotes et j’ai découvert que les femelles sont fort indépendantes à l’image des 3 portraits de cet ouvrage. Volonté ou non de la part de l’auteur d’appuyer encore un peu plus sur ses deux thèmes, je ne sais.

Les avis de Clochette et Karine

Sherlock, Lupin et moi / Irène Adler

Irene Adler - Sherlock, Lupin et moi Tome 1 : Le Mystère de la dame en noir.

Sherlock, Lupin et moi. 1. Le mystère de la dame en noir / Irène Adler*. Traduit de l’italien par Béatrice Didiot. Editions France Loisirs, 2017. 265 pages

Eté 1870, Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Irene Adler font connaissance à Saint-Malo. Les trois amis espèrent profiter de leurs vacances en bord de mer, mais le destin en a décidé autrement. Un corps s’est échoué sur une plage voisine et les trois camarades se retrouvent au beau milieu d’une enquête criminelle. Un collier de diamants a disparu, le mort semble avoir deux identités et une sombre silhouette rôde, la nuit, sur les toits de la ville.
Trois détectives ne seront pas de trop pour résoudre l’énigme de Saint-Malo !

L’idée n’est pas nouvelle, mais elle est menée avec assez de brio pour la rendre crédible : prendre 3 personnages de fictions et nous plonger dans leur enfance et, en l’occurrence, dans leur rencontre afin d’aller à leur rencontre, de les découvrir sous une autre facette, tout en nous proposant une enquête criminelle.

Ce n’est pas la seule raison pour laquelle ce roman m’a plu. Il se déroule à Saint-Malo, cité que j’affectionne particulièrement pour sa beauté et son style. En nous plongeant dans la fin du XIXème siècle, les atouts s’ajoutent à ceux des protagonistes, en la personne de cette cité et des facettes qu’elle propose : ses remparts, la plage, les îles toutes proches mais également le charme un peu suranné de la période : les lieux de villégiatures, la bienséance, la maréchaussée et les petits truands pour ne citer que ces éléments.

Je ne me faisais néanmoins peu d’illusions quant au contenu mais je dois avouer que les auteurs savent avec brio nous distiller des informations concernant ces 3 jeunes gens, sur leurs caractères déjà bien définis et leurs conditions familiales aux uns et aux autres. Ils laissent en suspens des interrogations concernant ces jeunes gens comme leurs familles, tout en menant de main de maître la résolution de l’énigme qui se présentent à eux. L’histoire n’est pas niaise et se tient.

Un bon opus qui donne envie de découvrir les autres titres proposés.

 

*Brisons le secret : Pierdomenico Baccalario et Alessandro Gatti

Le gang des rêves / Luca di Fulvio

Luca Di Fulvio - Le Gang des rêves.Le gang des rêves / Luca di Fulvio. Traduit de l’Italien par Elsa Damien. Editions France Loisirs, 2017. 718 pages.

New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de  » rêve américain « . C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut.
L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

Apre, parfois cru mais aux intonations véridiques, et se posant à un tournant des Etats-Unis. Voilà comment je pourrais vous résumer ce roman en une phrase. Cela ne vous direz rien sur le contenu mais peut-être que la curiosité n’en serait elle que plus forte. Pas certaine, alors je vous en dis un peu plus que ce que la 4ème de couverture évoque.

Nous allons suivre une 20aine d’années de la vie de Cetta, jeune italienne, mère de Christmas, né d’un viol. Femme-enfant courage elle prend l’existence à bras le corps et décide de partir pour les Etats-Unis. En quelques chapitres introductifs, la force et la volonté de cette jeune fille explose, mais cela n’est rien par rapport à ce qui va suivre. A travers elle puis son fils, Luca di Fulvio nous narre les années 20, la prostitution, les émigrés, les ghettos italiens, juifs, noirs… mais surtout la mainmise des gangsters. En abîme de prime abord, bien qu’ils fassent partie intégrale du quotidien de Cetta pour des raisons que je vous laisse découvrir, ils vont bercer son fils qui, bien qu’averti de la perversion du milieu, de l’argent facile et de la mort qui l’attend va parfois frayer avec eux.

Christmas se rêvait différent, américain comme sa mère lui a toujours dit, mais la société, les différences de religion, économique lui sautent au visage. Sa « rencontre  » avec Ruth va le faire basculer dans l’horreur, dans l’amour, dans un monde qui lui est étranger. Fort de ses rêves, porté par la foi de sa mère et par sa diatribe, il va néanmoins poursuivre son chemin, ses rêves/

Ce sont ses différents personnages, milieux qui font la richesse du roman qui nous entraîne dans ces années 20, une époque de tournant au niveau des divertissements : le cinéma et Los Angeles explose ; le passage au parlant va tout renverser. La radio, la quête de nouveaux programmes également. Les deux villes : New York et Los Angeles se répondent par leurs bas fonds : gangs d’un côté, usine à rêves peuplée d’alcools de drogues et de violence toujours plus extrêmes.

On s’attache aux personnages, et on se dit qu’il ne peut rien leur arriver, au moins pas la mort, au vu des épreuves qu’ils ont déjà traversé, mais vu le sadisme de larrons toujours visibles, le questionnement n’est jamais loin. Prenant, ce roman se laisse dévorer et nous renvoie à notre époque et à l’actualité : puissance, agressions sexuelles, divertissements, notre monde ne change guère même si l’espoir et un regard différent (via le prisme de la photographie notamment) peut tout changer. Par ses principaux et secondaires, l’auteur tisse une toile qui nous retient et nous fait poursuivre notre lecture, abandonnant les pages les plus dures.

La petite boulangerie du bout du monde / Jenny Colgan

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Jenny Colgan - La petite boulangerie du bout du monde.La petite boulangerie du bout du monde / Jenny Colgan. Traduit de l’anglais par Francine Sirven, Eve Vila, Etienne Menanteau. Pocket, 2016. 494 pages

Quand son mariage et sa petite entreprise font naufrage, Polly quitte Plymouth et trouve refuge dans un petit port tranquille d’une île des Cornouailles. Quoi de mieux qu’un village de quelques âmes battu par les vents pour réfléchir et repartir à zéro ? Seule dans une boutique laissée à l’abandon, Polly se consacre à son plaisir favori : préparer du pain. Petit à petit, de rencontres farfelues – avec un bébé macareux blessé, un apiculteur dilettante, des marins gourmands – en petits bonheurs partagés, ce qui n’était qu’un break semble annoncer le début d’une nouvelle vie…

Les chapitres se dévorent non sans déplaisir. Bien entendu quand vous avez lu dans les 30 premières pages, par trois fois combien pétrir la pâte à pain est un bonheur sans nom pour Polly + le titre du roman, pas besoin d’être devin pour savoir de quoi son futur sera fait. Qui plus est lorsque nous découvrons en sa compagnie que la boulangerie de l’île où elle s’est installée n’est pas digne de ce nom. Vous l’aurez compris il n’y a guère de surprise dans ce roman où tout semble évident : notre jeune héroïne en reconstruction, si jolie, est susceptible de faire battre bien des coeurs et notamment celui de deux hommes qui ne semblent pas insensibles à son naturel comme à ses fournées.

L’ensemble du roman est assez bien réussi même si les derniers chapitres se perdent un peu dans le mélo et un peu de tout (pour mieux faire sourire le lecteur ?). Jenny Colgan fait la part belle à la nature qu’il s’agisse de la terre ou de la mer. Elle rappelle avec force que l’homme n’est rien face aux éléments naturels et semble vouloir parler avec sincérité de la vie de ses petits pêcheurs. Elle sait glisser de l’humour ici ou là par le personnage du macareux qui prend une place particulière dans la vie de sa jeune héroïne, notamment. Bref elle sait construire ses histoires qui si elles ne sont pas inoubliables, se lisent avec plaisir et vous permettent de trouver l’espoir après les échecs.

Sympathique, davantage un roman d’été, mais pourquoi pas bien au chaud avec les frimas et le vent qui nous bousculent un peu ces derniers temps.

L’avis de Myprettybook, Mots de Marion,

Le jour où j’ai appris à vivre / Laurent Gounelle.

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Laurent Gounelle - Le jour où j'ai appris à vivre.Le jour où j’ai appris à vivre / Laurent Gounelle. Pocket, 2016.285 pages.

Imaginez : vous vous baladez sur les quais de San Francisco un dimanche, quand soudain une bohémienne vous saisit la main pour y lire votre avenir. Amusé, vous vous laissez faire, mais son regard se fige, elle devient livide. Ce qu’elle va finalement vous dire, vous auriez préféré ne pas l’entendre. A partir de là, rien ne sera plus comme avant, et il vous sera impossible de rester sur les rails de la routine habituelle.
C’est ce qui va arriver à Jonathan. A la suite de cette rencontre troublante, il va se retrouver embarqué dans une aventure de découverte de soi ponctuée d’expériences qui vont changer radicalement sa vision de sa vie, de la vie…

Il est certain que l’esprit du livre est positif. C’est là son objectif premier : nous montrer les vraies valeurs, prendre en compte la nature de chacun et trouver la force de s’épanouir en dépit de notre société de consommation à outrance. Mais avant de délivrer ce message, je dois avouer que certains passages m’ont paru abscons notamment les discussions sans fin de Jonathan avec sa tante. J’ai trouvé cela bien poussif et je me demande s’il ne s’agit pas en quelque sorte d’une caution intellectuelle au but premier de ce roman. En effet, nul besoin de grandes démonstrations métaphysiques puisque le personnage de Laurent Gounelle va nous démontrer que l’on peut vivre autrement en étant plus heureux.

Bon tout cela reste néanmoins tributaire de l’étendue de votre portefeuille et son héros va en prendre conscience. Mais, un peu à l’image de nos politiciens en ce moment le message est clair : une baisse de revenus d’abord avec en compensation un état moral bien meilleur pour un résultat final optimal à tous les niveaux.

J’imagine bien que ce roman a été écrit avant tout pour donner de l’énergie à tout un chacun et que cet écrit entre bien dans la catégorie « feel-good ». On comprend le succès qu’il a rencontré en dépit des remarques que j’ai souligné. La force réside également que les personnages annexes (et certains le sont moins qu’il n’y parait), qui confirment bien que la bonté du geste peut suffire à nous rendre plus heureux. Cela reste un roman mais qui nous rappelle qu’un peu de gentillesse ne nuit pas et que voir les aspects négatifs est plus aisé que d’essayer de voir le bon côté des choses. Alors autant que possible, il ne faut pas attendre  pour exprimer ses sentiments à ses proches et essayer de prendre la vie plus positivement.

Suisen / Aki Shimazaki

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Aki Shimazaki - Suisen.Suisen / Aki Shimazaki. Leméac/Actes Sud, 2016. 159 pages
Chef d’entreprise prospère, marié et père de famille censément comblé, Gorô se voit contraint de reconsidérer l’équilibre de son existence et de se regarder en face le jour où toutes ses convictions sont ébranlées.

Si beau soit les textes de Aki Shimazaki à l’image des couvertures choisies, ces pépites sont courtes, bien difficiles à résumer et à donner envie sans déflorer l’histoire, tout en trouvant les mots justes qu’elle-même cisèle si parfaitement. Du coup, j’avais déjà hésité à vous parler de Hôzuki , craignant de ne pas exprimer correctement le ressenti, de sembler faire du remplissage. Mais tout était tellement une réussite que je m’en serais voulu de ne pas vous faire partager mes lectures de cette auteur. Une nouvelle fois, je me lance, même si ce billet va sans doute être bien court.

C’est à un mini séisme que nous invite l’auteur, non pas de nature géologique mais personnelle car Gorô, son personnage principal, présenté comme un homme ayant tout réussi et fier de lui-même comme de ses relations va voir son étoile, ses affaires et sa vie familiale s’étioler sous nos yeux. Tout s’enchaîne, et, il a beau essayer de se rattacher à tout ce qu’il peut, rien ne va comme il le souhaiterait, comme il le vivait dans ses pensées. Aki Shimazaki a l’intelligence de ne pas seulement nous faire assister seulement à cette débâcle, mais elle nous permet d’en savoir davantage sur cet homme, son enfance et sa construction. Tout cela, elle le relie avec une cravate : élément essentiel pour cet homme. Mais celle-ci est abandonnée depuis longtemps, car trop…. jaune, d’une qualité trop mauvaise à son goût, mais son motif de narcisses le renvoie aux choix de vie qu’il a fait et l’incite à partir à la recherche de celle qui lui a offerte. Etait-il plus heureux à cette époque ? Qu’attendait-il de la vie ? Bons ou mauvais choix de vie ?

Si cet homme n’est pas attachant, en nous le racontant de manière plus intime, plus juvénile, en le plongeant dans l’abandon, Aki Shimazaki nous fait nous intéresser à lui.

Si je n’ai pas su trouver les mots, ceux de Marine Landrot y parviendront peut-être

Merci à Karine et Yueyin pour ce nouveau fabuleux Mois de « Québec en Novembre »

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L’année la plus longue / Daniel Grenier

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L’année la plus longue / Daniel Grenier. Le Quartanier, 2015. 431 pages.

Thomas Langlois, né comme son aïeul Aimé Bolduc un 29 février, ne fête son anniversaire qu’une fois tous les quatre ans. A la grande joie de son père, cette particularité fait de lui un « leaper », être original dont l’organisme vieillit quatre fois plus lentement que le commun dés mortels. A l’instar d’Aimé, Thomas traversera-t-il les âges et les époques aussi aisément que les paysages ? En suivant les vies de ces deux personnages d’exception, de Chattanooga à Montréal, L’année la plus longue traverse près de trois siècles de l’histoire de l’Amérique.

J’ai, de prime abord, été déstabilisée par le style utilisé par Daniel Grenier. Je me demandais s’il allait réussir à choisir son type de narration, à savoir : une narration directe ou pas car tantôt ses personnages s’exprimaient tantôt c’est par un « Il » qu’il les présentait. Ajoutons à cela un discours concernant le 29 février et la vision d’une date magique, mêlant les astres etc, quand au début de son récit il laisse Albert parlait avec son fils Thomas. Bref je m’interrogeais si la lassitude allait poindre ou pas ?

Et bien je me suis laissée prendre au jeu. Bien que l’auteur ait opté pour un style de narration non linéaire concernant son personnage d’Aimé, nous plongeant dans une période contemporaine, pour revenir à la guerre de Sécession, en passant par les plaines d’Abraham (et j’en passe), je l’ai laissé découdre ses fils et ai suivi la vie sans fin d’Aimé. Est-ce dans cette partie centrale ? Oui sans doute vu la thématique majeure, une filiation avec Allan Poe m’est venue. Le rapport me diront les esprits critiques ou connaisseurs ? Et bien l’aspect fantastique, les explications de son descendant, Albert, son idée que son propre fils peut, à son tour, connaître un chemin de vie similaire. Bref j’ai adhéré à ce roman sans totalement adorer. Mais j’ai particulièrement apprécié, pour son originalité, cette pirouette finale concernant Thomas et son existence, toujours lié à Aimé.

Alors oui, comme je l’ai mentionné certains choix de l’auteur ne m’ont pas totalement convaincu et c’est vrai qu’il parle de l’histoire du Québec de manière bien succincte (qui a frustré certains lecteurs parfois), mais s’il ne fait qu’évoquer c’est pour mieux nous montrer la richesse de la vie d’Aimé, les péripéties de son existence, et ses choix et traces qu’il laisse au cours du temps.

Une curiosité dans laquelle je ne me serais sans doute pas plongé sans l’intervention de Karine:), une nouvelle fois. Merci !

Pourquoi pars-tu, Alice ? Nathalie Roy

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Pourquoi pars-tu, Alice ?https://i0.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpg

Pourquoi pars-tu, Alice ? Nathalie Roy. Libre Expression, 2017. 300 pages

Alice Dansereau, quarante-trois ans, en fait trop pour tout le monde : épouse attentionnée, mère exemplaire, bénévole impliquée, enseignante dévouée, gestionnaire de la maisonnée, coursière, chauffeuse de taxi, etc. Lorsque son conjoint annule à la dernière minute leur voyage d’amoureux, elle prend une décision qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir assumer : tout laisser derrière pour s’offrir un moment à elle. Avec pour seul bagage sa carte de crédit, ses lunettes de soleil et son cellulaire, elle s’enfuit sur le scooter de sa fille. Combien de temps sera-t-elle absente? Jusqu’où ira-t-elle? Elle l’ignore pour l’instant, mais en traversant le pont Pierre-Laporte en direction de la route 132 Est, elle sait qu’elle devra faire le point sur sa vie et sur son avenir. Des centaines de kilomètres plus loin, et au fil de rencontres inattendues, Alice réalise qu’elle s’est longtemps oubliée. Elle se découvre passionnée, un peu rebelle, et aura envie d’exploser. Cet été sur la route changera sa vie à jamais.

Ce roman commençait assez bien pour moi mais je n’ai finalement pas trouvé ce que j’y cherchais / souhaitais lire. Et oui, souvent on se fait des idées et l’auteur parvient à répondre à nos attentes ou à nous entraîner là où on ne l’attendait pas mais l’originalité fait que l’on adhère à ses idées, son style etc. Mais cette fois cela n’a absolument pas fonctionné pour moi.

Qu’est-ce-je t’attendais ? Je l’ignore moi-même mais l’instant de rébellion passée, le folie douce de partir en scooter m’avait fait espérer davantage qu’un pâle remake d’histoires somme toute banales, même si Nathalie Roy y ajoute un conflit familial avec la soeur de l’héroïne, un groupe de jeunes qui l’invitent à se produire sur scène au cours d’une festival, et tente d’épicer le tout ici ou là de quelques anecdotes croustillantes. Sur une excellente idée : la remise en question de la ménagère, mère trop à la disposition de ses proches et de son travail, qui décide de se lancer seule dans une escapade improvisée et de remettre à plat sa vie, l’auteur refait quasi une banale crise de la quarantaine.

Le point le plus positif pour moi fut de refaire avec son héroïne une partie de la route que j’ai suivi lors de ma première visite québécoise et de mon rapide tour de la Gaspésie. J’y ai retrouvé des instantanés, des visuels, même si la saison n’était pas la même.

Comme je le dis parfois : à lire à la plage, sans rien en attendre.