Secret absolu / W. Wilkie Collins

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Secret absolu / W. Wilkie Collins. Traduit de l’anglais par Marie-Thérèse Carton-Piéron. Phébus, 2002 (Libretto). 440 pages

La nuit du 23 août 1829, sur la Côte de Cornouailles, Mrs Treverton est sur le point de rendre l’âme dans son manoir. Avant de mourir, elle dicte à sa dame de compagnie, Sarah Leeson, une mystérieuse confession en lui faisant promettre de ne jamais la détruire. Des années plus tard, Sarah disparaît et le manoir est mis en vente.

Un petit moment que j’avais mis de côté les victoriens – les rencontres et suggestions de lecture du groupe s’étant espacées-, je n’ai pas pris la peine de revenir à mes classiques. Un livre sur une de mes jolies PAL et voici un oubli et lacune dans la lecture des classiques résolu.

J’essaie de lire de plus en plus souvent les préfaces espérant toujours en apprendre un peu plus pour ma lecture à venir. Rien de bien novateur dans cette dernière, mais elle m’a remis quelques idées à jour (mon cerveau ayant sans doute connu quelques bugs ces derniers temps) concernant le style de W. Wilkie Collins. Ainsi ce roman fut écrit avant « La dame en blanc » (toujours dans ma bibliothèque) et est propre au roman à sensations, précurseur de nos policiers actuels. Bien entendu pour nous autres, l’énigme est tellement évidente que quelques pages suffiront à la résoudre, mais j’étais curieuse de connaître comment il allait parvenir à faire découvrir ce secret à ces différents protagonistes et comment il allait ménager son suspense ; les romans étant publiés en premier sous forme de feuilletons.

Bien entendu tout cela à un petit charme suranné, mais je n’ai pas trouvé les tournures si vieillottes par rapport à d’autres romans. Sans doute à l’heure actuelle, des paragraphes, descriptions et longueurs seraient certainement coupés. Mais, ces épanchement sont surtout vrai, à mes yeux, dans le dernier tiers du livre, partie pour laquelle j’ai réellement eu la sensation que Wilkie Collins se devait de faire durer le plus longtemps possible ces pages.

Les femmes, qu’elles soient fortes, au franc parler ou totalement dominées par les éléments de la vie ou par d’autres jouent un rôle important dans ce roman. Bien entendu elles n’y trouvent qu’une place relative, restant sous l’emprise masculine et surtout les codes moraux et juridiques. Le coeur des lectrices a dû être totalement conquis par l’histoire d’amour qui ouvre et conclut ces pages.

Collins ajoute une part de fantasque, fantaisie même en la personne de l’oncle et de son valet insolant et miroir grotesque. L’oncle Joseph n’est pas non plus exempt d’un côté croquignolesque qui peut faire sourire ou copieusement agacé le lecteur comme ses interlocuteurs. Bref un ouvrage complet et assez agréable pour tous ceux qui ne sont pas totalement insensibles au style.

Le baron perché / Italo Calvino

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Le baron perché / Italo Calvino. Traduit de l’Italien par Juliette Bertrand. Points, 1980. 283 pages

Pour bien voir la terre, il faut la regarder d’un peu loin. En 1767, suite à une dispute avec ses parents au sujet d’un plat d’escargots, le jeune Côme Laverse du Rondeau monte dans l’yeuse du jardin. Il ne descendra plus des arbres jusqu’à sa mort, s’y éveillant au savoir et à l’amour, à la solitude comme à la fraternité. Conte philosophique en hommage au siècle des Lumières, autoportrait d’un excentrique épris de liberté, Le baron perché enchante par son humour généreux, ses constantes inventions, son humanisme intemporel.

Je ne vais pas me faire des amis avec ce billet, car bon nombre de fois j’ai entendu parler de ce livre comme une oeuvre indispensable. Même si j’ai apprécié cette lecture, elle ne restera pas inoubliable pour moi. Le tour de force à mes yeux est d’avoir su écrire un roman de style philosophique à la manière de ceux du siècle concerné. L’intrigue est charmante, étonnante même, mais je ne suis pas pour autant restée ébahie au fil des pages.

Oui tout est formidablement bien construit, cette vision en hauteur de l’existence qui permet de donner un autre point de vue aussi bien à l’existence qu’au quotidien (les cultures, les besoins de tout un chacun), ce chant d’amour à la nature et cette incroyable débrouillardise / adaptation à un univers a priori peu propice à un être humain. Tout cela dénote d’un important sens de l’observation, d’une imagination fertile, dans un style agréable à lire et aux rebondissements présents, néanmoins cette liberté insensé- choix de vivre où on veut et de lire tout ce que l’on souhaite- n’a pas trouvé en moi l’écho que j’espérais en en entendant parler. Bref une micro déception.

Un avis bien opposé au mien, celui de Titine.

Le dernier coyote / Michael Connelly

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Michael Connelly - Le dernier coyote.Le dernier coyote / Michael Connelly.Traduit de l’américain par Jean Esch. Editions du Seuil, 1999. 378 pages

Suite à une grave altercation avec son supérieur, le lieutenant Harvey Pounds, l’inspecteur Harry Bosch est mis en congé d’office et sommé de consulter une psychologue afin de maîtriser son agressivité : sa réintégration au sein de la police de Los Angeles en dépend. Harry Bosch commence par refuser le traitement, puis, poussé à bout par ses questions, révèle au Dr Hinojos le secret qui le hante : sa mère, Marjorie Lowe, une prostituée, a été tuée alors qu’elle allait enfin l’extraire du centre où, tout petit enfant, on l’avait placé après l’avoir séparé d’elle.
Et, noud du problème, l’enquête de police qui aurait pu l’aider à accepter le réalité de ce meurtre n’a pas abouti. Libéré par cet aveu, Harry Bosch comprend alors que malgré l’interdiction d’enquêter qui le frappe, il doit retrouver celui qui lui a ravi l’amour de sa mère, et rouvre le dossier. Auteur, entre autres ouvrages, de Les Égouts de Los Angeles (prix calibre 38), La Blonde en béton, Le poète (prix Mystère), Créance de sang (grand prix de littérature policière 1999), etc., Connelly signe ici le livre le plus terriblement émouvant de sa série Harry Bosch.

Une part d’ombre, une agressivité mais un sens moral dans ses enquêtes, voici ce qui caractérise Harry Bosch. Electron libre qui se manifeste une nouvelle fois ; en dépit de ce repos forcé et de soins imposés, il voit là l’occasion d’enfin se plonger dans un dossier bien ancien resté au point mort des années plus tôt. Il va sans dire que les protagonistes, témoins etc ne sont plus tout à fait au rendez-vous, et il lui faut démêler bien des fils, des imprécisions, et personnages retors, mais Marjorie Lowe n’est autre que sa mère. Séparés par les services sociaux, elle lui avait certifié que très vite elle allait parvenir à le récupérer.

Quand les fils du destin font des noeuds, il faut de la patience – ce qui n’est pas toujours le point fort de notre héros- et surtout beaucoup de temps afin de parvenir à tout remettre d’aplomb. Du temps, il n’en m’en manque guère mais les entrelacements semblent toujours plus complexes au fur et à mesure qu’il parvient à en défaire un et comme mentionné, les années qui ont passé ne sont pas les meilleures alliées. Et pourtant, grâce à son expérience, d’un peu de chance aussi sans doute (si on peut l’appeler ainsi), à son culot et ses contacts, Harry Bosch  finira par résoudre ce meurtre. Bien entendu cette enquête nous fait penser à d’autres romans, mais le savoir-faire de Michael Connelly nous plonge dans un inédit et une fin que les plus perspicaces devraient avoir néanmoins du mal à trouver. Pour ma part, je me suis laissée prendre aux apparences. Eléments du quotidien de ce quasi anti-héros ou volonté de ne voir que des évidences, je ne sais pas vraiment mais le tout est bien mené, sans temps mort.

Dojoji et autres nouvelles / Yukio Mishima

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Yukio Mishima - .Dojoji et autres nouvelles / Yukio Mishima. Traduit de l’anglais par Dominique Aury (du japonais en anglais par Donald Keene,et Geoffrey W. Sargent). Folio, 2002.127 pages

De l’univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d’un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d’un Japon mythique, entre légende et tradition. D’une nouvelle à l’autre, les situations tendrement ironiques côtoient les drames les plus tragiques : que ce soit la jolie danseuse qui remet du rouge à lèvres après avoir renoncé à se défigurer avec de l’acide en souvenir de son amant, Masako, désespérée, qui voit son rêve le plus cher lui échapper, ou l’épouse qui se saisit du poignard avec lequel son mari vient de se transpercer la gorge… Quelques textes étonnants pour découvrir toute la diversité et l’originalité du grand écrivain japonais.

Oui je reprends mon bâton de pèlerin pour parler de nouvelles. Avantages et inconvénients de la forme pour la millième fois même si je comprends les détracteurs. Il est vrai que la forme courte permet à peine de s’immiscer dans une histoire, mais le talent de certains auteurs est tel qu’ils réussissent à créer une réelle unité, sans déception de la part du lecteur, une fois la 30aine de pages achevées. Et c’est bien le cas dans ces 4 histoires. J’ai choisi cette forme pour découvrir Yukio Mishima (pseudonyme de Kimitake Hiraoka) dont j’ignorais tout, alors que sa bibliographie présente une grande diversité, et je n’ai absolument pas été déçue.

J’ignore si cela est un trait commun à l’oeuvre mais au travers de ses 4 nouvelles on retrouve dans 3 des figures mythiques du Japon et notamment la geisha (présente dans 2 des oeuvres ici) mais également la force des traditions dans Patriotisme qui n’est pas sans m’avoir rappelé la fresque Shogun (livre et adaptation télévisuelle de mon adolescence) où on pouvait voir le suicide rituel japonais (seppuku) où La force des humbles d’Hiroshi Hirata.

J’ai aimé la justesse des termes, la précision des détails en dépit des courtes pages qui nous entraînent dans un univers traditionnel et parfois à la limite du fantastique pour les deux premières oeuvres ; en effet, tout semble pouvoir s’expliquer et pourtant les hasards dans Les sept ponts semblent assez incroyables. Yukio Mishima fait basculer toutes les situations d’un extrême à l’autre dans chacune de ses histoires. Ainsi la jeune danseuse prête à se défigurer, d’un simple coup de « baguette magique » décide de reprendre coup à la vie et un trait de rouge à lèvres lui suffit à se relancer dans l’existence. Des amitiés inébranlables ou des quasi inimitiés peuvent se trouver changer par un une petite perle.

Alors il est bien difficile de vous donner des arguments sur des nouvelles sans trop en dire, tout en souhaitant que vous puissiez ouvrir ce type de recueil. Alors je ne peux que vous écrire, pastichant une émission : Laissez-vous tenter 🙂

Virgin suicides / Jeffrey Eugenides

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Virgin suicides : Affiche

Virgin suicides / Jeffrey Eugenides. Traduit de l’américain par Marc Cholodenko. J’ai Lu, 2004. 223 pages.

Jeunes, belles et fragiles, les cinq filles Lisbon se suicident en l’espace d’une année. Difficile de comprendre ce qui se passe derrière les murs de la villa familiale: un quotidien étouffant, une mère plus sévère que les autres, une folie contagieuse… Des garçons du quartier, effrayés et fascinés, observent les filles s’effondrer une à une. Devenus adultes, ils s’interrogent encore.

Sans l’adaptation au cinéma par Sofia Coppola, j’ignore si ce roman serait arrivé jusqu’à nous (et aurait suscité ma curiosité). Elle lui a donné un second souffle et a permis la réédition de l’ouvrage et notamment en format poche qui se trouve entre mes mains aujourd’hui. Oui j’étais allée le voir à sa sortie et si j’avais été fascinée par sa lumière, la beauté de l’image d’une manière générale, je pense que j’étais restée assez insensible au thème x par 5. Pourtant le thème ne m’était pas inconnu, mais il n’avait pas encore le même écho en moi à cette époque. Le temps a passé et des proches se sont suicidés ce qui me fait appréhender le sujet d’une autre manière.

Comme ces jeunes garçons qui ont accumulé les indices cherchant à comprendre le pourquoi, comment les choses évoluent, sans comprendre… Bien entendu ce roman est poussé à un autre point puisque ce n’est pas le suicide d’une seule adolescente mais de toute une fratrie. Si, si… si leur jeune soeur n’était pas passée à l’acte, si le sujet n’avait pas été ressassé par les journalistes, si ce n’était pas les années 70, si leurs parents n’avaient pas été trop refermés sur eux-mêmes. En un court volume, Jeffrey Eugenides parle à la fois d’une époque révolue et pourtant vivace dans « sa mémoire », à l’image de ces garçons devenus hommes. Il cherche à comprendre comment le passage à l’acte est possible tout en nous présentant le monde des adolescents de ces années. Etions-nous si différents ? Le temps passe mais le mal être de cet âge reste présent.

Comme nous tous il n’a pas de réponses ; des pistes isolées et, nous narre avant tout l’éveil de ces jeunes gens, leurs espérances dans les gestes tendres et l’amour, le pouvoir de séduction. Les questionnements au seuil du monde adulte. Une fragilité immense au moment de ces changements aussi bien physiques, sensuels et cette remise en question de nos anciens modèles que sont nos parents. Pas de solution miracle, pas de réponses exactes , ni de vérité(s) concernant ces suicides, juste des pages sur des voisines, des jeunes filles éprises de la vie qui, pourtant, un jour, ont décidé de s’arrêter là.

Les ailes d’émeraude / Alexiane de Lys

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Alexiane de Lys - Les ailes d'émeraude.Alexiane de Lys - Les ailes d'émeraude Tome 2 : L'exil.

Les ailes d’émeraude. 2. L’exil. 3. L’île des secrets / Alexiane de Lys. Nouvelles plumes, 2014-2017. 698 + 492 + 496 pages

À 18 ans, Cassiopée est contrainte de quitter l’orphelinat dans lequel elle vit depuis ses 6 ans.  Seule au monde, l’adolescente est lâchée dans la ville. Alors qu’elle vient de se faire violemment agressée par deux inconnus, elle fait la connaissance du mystérieux et séduisant Gabriel. Grâce à lui, Cassiopée découvre sa véritable nature : elle fait partie des Myrnes, un peuple ailé doté d’incroyables pouvoirs sensoriels. En pleine métamorphose, la jeune fille se lance dans cet univers totalement nouveau avec l’espoir de percer, enfin, les mystères de son passé.

Le 1er volume de cette série composée de 3 tomes est sans doute le plus fouillé des 3, sans doute parce qu’il nous pose à la fois les personnages et nous fait entrer dans cet univers fantastiques créé par Alexiane de Lys. A l’image de sa jeune héroïne, Cassiopée, l’auteur a été bercée par les différentes sagas que nous connaissons tous et que l’on retrouve sous sa plume (sans plagiat, n’ayez crainte). Il s’agit avant tout d’une série destinée au public adulescent, et on retrouve quelques travers bien propres à ce style au travers la découverte des sentiments de son héroïne comme de ses amis. Ces laïus m’ont parfois paru un peu longuet dans le 1er volume mais ainsi que je l’indiquais, sa force réside dans la mise en place de l’intrigue et dans la succession des événements nouveaux qui empêchent le lecteur de se détourner de sa lecture, avide de connaître comment Alexiane de Lys va nous amener là où elle veut, les enchaînements de situations qui ne cessent de bousculer Cassiopée comme ses lecteurs.

L’auteur a su laisser libre cours à une fantaisie et à son imaginaire de manière assez plaisante dans l’ensemble que composent ces livres. Les personnages sont attachants et les thèmes de l’amitié, de la famille, de la solidarité et de la découverte de soi (sentiments, forces et faiblesses…) sont largement mis en avant. De personnages qui se sentaient ordinaires, elle fait des personnages extraordinaires mais qui présentent toujours une part de faiblesse qui peuvent se transformer en atout (le caractère de son héroïne par exemple, mais elle n’est pas la seule). En y ajoutant quelques animaux presque fabuleux et des pouvoirs sortant de l’ordinaire dans un univers glacé et inconnu, elle propose une saga qui se laisse lire et peut rivaliser sans honte avec des celles d’auteurs anglo-saxons.

PS : L’héroïne étant américaine, je ne ne pense pas que les frères Bogdanoff soient connus aux USA (mais je peux me tromper), par contre il est certain que cette référence est facile à comprendre pour tout lecteur français.

Miss Peregrine et les enfants particuliers / Ransom Riggs

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Ransom Riggs - Miss Peregrine et les enfants particuliers Tome 2 : Hollow City.

Miss Peregrine et les enfants particuliers. 2. Hollow City / Ransom Riggs. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sidonie Van de Dries. Bayard, 2016.432 + 502 pages

Jacob Portman, seize ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé une partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ».
Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, il part en quête de la vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ?

C’est grâce au cinéma que j’ai découvert ces ouvrages de Ransom Riggs. Et, après avoir lu les 2 premiers volumes (le 3ème m’attend), je dois avouer que l’adaptation resserrée pour une fois ne pâtit pas de cette relecture, même si elle a dû surprendre plus d’un lecteur par les échanges de quelques personnages (et autres changements), même si sur le fonds, l’histoire demeure.

Ces romans s’adressent à la base aux plus jeunes, faisant la part belle au regard des autres sur les différences. En plongeant son histoire en parallèle avec Jacob (le grand-père d’Abe), qui a dû doublement fuir : par sa judéité et par sa différence, l’auteur rappelle les méfaits du nazisme et les expériences qu’ils ont menées via les propres monstres créés par l’auteur. Bien entendu on ne peut s’empêcher de voir à travers ces jeunes particuliers, la résistance. On retrouve tous ces éléments dans ces volumes et, bien entendu les liens familiaux plus ou moins larges. La relation très profonde entre le jeune Abe et son grand-père, les liens qui se sont créés entre ces particuliers et leurs protectrices. Cette saga est également propre à plaire au plus grand nombre par son univers fantastique et la réutilisation de la notion de voyage à travers le temps via ces boucles devant permettre de protéger ces jeunes gens différents. Une chose est certaine, en utilisant différents univers de la fantasy (au sens large) l’auteur virevolte et nous permet de le suivre dans un univers à la fois étrange et terriblement réel.

Mais ce sentiment fut là avant tout dans le second volume. Le 1er fut, pour moi, un poil en-dessous car il ne fait presque que présenter cet univers et son personnage principal. Je n’ai fait qu’apercevoir le potentiel alors et, je suis ravie d’avoir poursuivie ma lecture, recherchant en grande partie les éléments absents du film. Une nouvelle fois, le scénario est différent, mais on retrouve des éléments et la place des directrices et l’histoire de ces mondes s’étoffe.

Ravie par avance de poursuivre très bientôt ma lecture.

http://www.telerama.fr/cinema/films/miss-peregrine-et-les-enfants-particuliers,508331.php

Tant que dure ta colère / Asa Larsson

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Asa Larsson - Tant que dure ta colère.Tant que dure ta colère / Asa Larsson. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne. Albin Michel, 2016. 331 pages

Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le cadavre d’une jeune fille remonte à la surface du lac de Vittangijärvi. Est-ce son fantôme qui trouble les nuits de la procureure Rebecka Martinsson ? Alors que l’enquête réveille d’anciennes rumeurs sur la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand dans la région de Kiruna, un tueur rôde, prêt à tout pour que la vérité reste enterrée sous un demi-siècle de neige…

Après La piste noire, voici le 3ème volet de la série toujours proposée par Albin Michel (un peu en retard pour mon billet, j’avoue) où l’on retrouve les protagonistes habituels. Contrairement à de nombreux auteurs Asa Larsson donne quelques indices sur le passif de ces personnages mais ne nous fait pas un laïus (je dois avouer que j’aime autant). Une nouvelle enquête mais une continuité dans cette histoire ce qui nous les rend toujours aussi intéressants et permet au lecteur de s’attacher à eux.

Le seul petit hic de sa narration qui a fini par me déranger et (appelons là comme bon vous semble) la présence de la jeune fille décédée. Si de prime abord cette aura ne me gênait absolument, progressivement je l’ai trouvée un peu pesante, même si elle nous permet de voir des éléments au travers de ce regard et « pas seulement » sous la plume narrative de l’auteur.

Cette enquête nous plonge à la fois dans l’époque moderne, le village quasi à l’abandon peuplé de personnes âgées qui attendent ou n’attendent plus les visites. La présence exceptionnelle des jeunes est perçue comme un tourbillon de vie pour leur parenté. Mais également pendant la Seconde Guerre Mondiale, époque florissante pour le commerce et les échanges avec les allemands. Sous couvert d’une enquête moderne, Asa Larsson nous replonge dans le passé de la Suède, sur ses relations avec l’Allemagne nazie et la collaboration de quelques uns non par conviction mais pas appât du gain.  Les plus bas instincts de certains êtres humains refont surface et lorsqu’il s’agit ensuite de taire les faits, ils ne sont plus à  une manipulation.

Peut être d’une apparence moins fouillée politiquement que le précédent opus, j’ai perçu ce volume comme une transition, une recherche d’équilibre après les événements de La piste noire.

Un appartement à New York / Jane Smiley

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Jane Smiley - Un appartement à New York.

Un appartement à New York / Jane Smiley. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Damour. Rivages Poche, 2016. 301 pages.

L’appartement de Susan et Dennis est le port d’attache d’une bande de copains originaires du Midwest, installés à New York dans les années 80. Ils se voyaient déjà… former un groupe de rock, rester unis quoi qu’il arrive. Un unique album sort et les liens se distendent. Un matin, Alice fait une terrible découverte : les corps sans vie de Dennis et de leur ami Craig. Comment a-t-on pu en arriver là ? Avec un diabolique sens du suspens, Jane Smiley nous offre un roman attachant, disséquant les secrets et les blessures au coeur de toute relation.

Dans L’exploitation, Jane Smiley nous racontait l’explosion familiale. Dans un milieu tout à fait différent : urbain, elle va nous montrer comment un groupe d’amis pour qui les notions d’amitié, de solidarité semblaient inébranlables à l’image du couple formé par Susan et Dennis va peu à peu s’effriter.

La narration se déroule à New York et commence à la manière d’un polar : 2 cadavres, 2 musiciens toujours en quête de gloire bien des années après des espoirs déçus. Autour d’eux des amis du même milieu ou liés à leur existence car rencontrés au moment de leur lancement (échoué) sur orbite. Alice est une amie de leurs années d’étudiants et est liée à Susan. Détachée de cet univers, elle est bibliothécaire ; elle a suivi le mouvement de la venue à New York avec son mari de l’époque, poète, cherchant lui-aussi, la renommée.

Autour de ces cadavres, de ses amis et de cette enquête où toutes les pistes sont possibles (les clés de l’appartement ayant été largement copiées et diffusées), ces assassinats jouent quasi un rôle de catalyseur et entraînent ces amis, ex-amis ou faux amis à se dévoiler. Les non-dits deviennent des reproches, des amertumes. Vaille que vaille Alice tente de garder des liens si distendus soient-ils avec chacun et surtout à aider son amie Susan qui vient de perdre son compagnon et qui fut toujours présente pour elle, rocher au milieu de l’océan. Progressivement Alice va s’interroger sur les réactions des uns et des autres, voient les liens qu’elle croyait amicaux s’effilocher, apparaître sous un nouvel éclairage. Est-ce ce nouvel homme dans sa vie, la découverte des deux morts ou le comportement inexpliqué de ces relations ? Bref des changements se déroulent sous ses yeux alors que la police cherche à retrouver le meurtrier : figure amicale, proche ou règlement de compte ? D’apparence banale, le contenu est loin de cette image d’enquête policière.

Portrait de l’artiste en hors-la-loi / Fiona Capp

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Fiona Capp - Portrait de l'artiste en hors-la-loi.Portrait de l’artiste en hors-la-loi / Fiona Capp. Roman traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Roy. Actes Sud, 2009. 363 pages

1871. Jemma Musk, jeune femme dont les parents sont décédés, s’installe comme préceptrice à Wombat Hill, petite ville de l’arrière-pays australien où les chercheurs d’or ont fait place à la bourgeoisie. Douée pour le dessin et la peinture, ayant eu le meilleur des maîtres, elle est cependant l’Artiste, mal vue par la bonne société et harcelée par le chef de la police locale, O’Brien, homme violent dont elle a repoussé les avances. Mariée à un émigrant italien, devenue mère, Emma n’en garde pas moins ses rêves de liberté, de beauté, et c’est en toute innocence qu’en compagnie d’un géologue établi dans la région, rêveur lui aussi à sa manière, elle arpente le bush. Et si les rocailles peuvent former les puissants arrière-plans de portraits, un sol percé de galeries de mines reste une hase instable, fragile, dangereuse. Fiona Capp signe ici un très beau récit, où l’image est fine, les sentiments doucement amenés, la couleur locale parfaite, les personnages attachants. C’est de l’impressionnisme dans l’écriture, un tableau peint devant nos yeux, cadre dans lequel évolue la femme, l’artiste sensible, celle qui perçoit plus qu’elle ne détermine.

Le roman est intéressant par la liberté d’esprit et l’indépendance de l’héroïne : Jemma. Son père lui a laissé les portes grandes ouvertes pour s’ouvrir à sa passion : la peinture mais, a également échangé avec elle, lui abandonnant un libre arbitre correspondant mal à l’époque. N’étant pas riche à millions et cette histoire commençant après son décès, j’ai du mal à imaginer l’existence qu’il envisageait pour sa fille. Mais sans cela l’histoire ne serait pas la même et l’auteur n’aurait pu l’affranchir de sa spontanéité et de ses talents artistiques.

Car ce roman est également une ode à la peinture, aux bouleversements dans la composition. Jemma découvre dans les quotidiens « Le Salon des refusés » et les impressionnistes. Elle s’en inspire pour ses oeuvres et ne fait qu’engendrer un peu plus l’incompréhension ; rien dans cette jeune femme ne correspond aux attentes sociales. Cette histoire parle également de cette communauté suisse-italienne, de la ruée vers l’or, de ces villes qui se créent et, un peu, des fabuleux paysages australiens. Portrait de femme, d’une nation en création, d’un quotidien. Tous les éléments sont habilement mélangés pour en faire un beau roman d’une femme en quête de ses sentiments et de son intégration.

Pas forcément un livre inoubliable mais un bon moment de lecture.