Les ailes d’émeraude / Alexiane de Lys

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Alexiane de Lys - Les ailes d'émeraude.Alexiane de Lys - Les ailes d'émeraude Tome 2 : L'exil.

Les ailes d’émeraude. 2. L’exil. 3. L’île des secrets / Alexiane de Lys. Nouvelles plumes, 2014-2017. 698 + 492 + 496 pages

À 18 ans, Cassiopée est contrainte de quitter l’orphelinat dans lequel elle vit depuis ses 6 ans.  Seule au monde, l’adolescente est lâchée dans la ville. Alors qu’elle vient de se faire violemment agressée par deux inconnus, elle fait la connaissance du mystérieux et séduisant Gabriel. Grâce à lui, Cassiopée découvre sa véritable nature : elle fait partie des Myrnes, un peuple ailé doté d’incroyables pouvoirs sensoriels. En pleine métamorphose, la jeune fille se lance dans cet univers totalement nouveau avec l’espoir de percer, enfin, les mystères de son passé.

Le 1er volume de cette série composée de 3 tomes est sans doute le plus fouillé des 3, sans doute parce qu’il nous pose à la fois les personnages et nous fait entrer dans cet univers fantastiques créé par Alexiane de Lys. A l’image de sa jeune héroïne, Cassiopée, l’auteur a été bercée par les différentes sagas que nous connaissons tous et que l’on retrouve sous sa plume (sans plagiat, n’ayez crainte). Il s’agit avant tout d’une série destinée au public adulescent, et on retrouve quelques travers bien propres à ce style au travers la découverte des sentiments de son héroïne comme de ses amis. Ces laïus m’ont parfois paru un peu longuet dans le 1er volume mais ainsi que je l’indiquais, sa force réside dans la mise en place de l’intrigue et dans la succession des événements nouveaux qui empêchent le lecteur de se détourner de sa lecture, avide de connaître comment Alexiane de Lys va nous amener là où elle veut, les enchaînements de situations qui ne cessent de bousculer Cassiopée comme ses lecteurs.

L’auteur a su laisser libre cours à une fantaisie et à son imaginaire de manière assez plaisante dans l’ensemble que composent ces livres. Les personnages sont attachants et les thèmes de l’amitié, de la famille, de la solidarité et de la découverte de soi (sentiments, forces et faiblesses…) sont largement mis en avant. De personnages qui se sentaient ordinaires, elle fait des personnages extraordinaires mais qui présentent toujours une part de faiblesse qui peuvent se transformer en atout (le caractère de son héroïne par exemple, mais elle n’est pas la seule). En y ajoutant quelques animaux presque fabuleux et des pouvoirs sortant de l’ordinaire dans un univers glacé et inconnu, elle propose une saga qui se laisse lire et peut rivaliser sans honte avec des celles d’auteurs anglo-saxons.

PS : L’héroïne étant américaine, je ne ne pense pas que les frères Bogdanoff soient connus aux USA (mais je peux me tromper), par contre il est certain que cette référence est facile à comprendre pour tout lecteur français.

Miss Peregrine et les enfants particuliers / Ransom Riggs

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Ransom Riggs - Miss Peregrine et les enfants particuliers Tome 2 : Hollow City.

Miss Peregrine et les enfants particuliers. 2. Hollow City / Ransom Riggs. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sidonie Van de Dries. Bayard, 2016.432 + 502 pages

Jacob Portman, seize ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé une partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ».
Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, il part en quête de la vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ?

C’est grâce au cinéma que j’ai découvert ces ouvrages de Ransom Riggs. Et, après avoir lu les 2 premiers volumes (le 3ème m’attend), je dois avouer que l’adaptation resserrée pour une fois ne pâtit pas de cette relecture, même si elle a dû surprendre plus d’un lecteur par les échanges de quelques personnages (et autres changements), même si sur le fonds, l’histoire demeure.

Ces romans s’adressent à la base aux plus jeunes, faisant la part belle au regard des autres sur les différences. En plongeant son histoire en parallèle avec Jacob (le grand-père d’Abe), qui a dû doublement fuir : par sa judéité et par sa différence, l’auteur rappelle les méfaits du nazisme et les expériences qu’ils ont menées via les propres monstres créés par l’auteur. Bien entendu on ne peut s’empêcher de voir à travers ces jeunes particuliers, la résistance. On retrouve tous ces éléments dans ces volumes et, bien entendu les liens familiaux plus ou moins larges. La relation très profonde entre le jeune Abe et son grand-père, les liens qui se sont créés entre ces particuliers et leurs protectrices. Cette saga est également propre à plaire au plus grand nombre par son univers fantastique et la réutilisation de la notion de voyage à travers le temps via ces boucles devant permettre de protéger ces jeunes gens différents. Une chose est certaine, en utilisant différents univers de la fantasy (au sens large) l’auteur virevolte et nous permet de le suivre dans un univers à la fois étrange et terriblement réel.

Mais ce sentiment fut là avant tout dans le second volume. Le 1er fut, pour moi, un poil en-dessous car il ne fait presque que présenter cet univers et son personnage principal. Je n’ai fait qu’apercevoir le potentiel alors et, je suis ravie d’avoir poursuivie ma lecture, recherchant en grande partie les éléments absents du film. Une nouvelle fois, le scénario est différent, mais on retrouve des éléments et la place des directrices et l’histoire de ces mondes s’étoffe.

Ravie par avance de poursuivre très bientôt ma lecture.

http://www.telerama.fr/cinema/films/miss-peregrine-et-les-enfants-particuliers,508331.php

Tant que dure ta colère / Asa Larsson

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Asa Larsson - Tant que dure ta colère.Tant que dure ta colère / Asa Larsson. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne. Albin Michel, 2016. 331 pages

Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le cadavre d’une jeune fille remonte à la surface du lac de Vittangijärvi. Est-ce son fantôme qui trouble les nuits de la procureure Rebecka Martinsson ? Alors que l’enquête réveille d’anciennes rumeurs sur la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand dans la région de Kiruna, un tueur rôde, prêt à tout pour que la vérité reste enterrée sous un demi-siècle de neige…

Après La piste noire, voici le 3ème volet de la série toujours proposée par Albin Michel (un peu en retard pour mon billet, j’avoue) où l’on retrouve les protagonistes habituels. Contrairement à de nombreux auteurs Asa Larsson donne quelques indices sur le passif de ces personnages mais ne nous fait pas un laïus (je dois avouer que j’aime autant). Une nouvelle enquête mais une continuité dans cette histoire ce qui nous les rend toujours aussi intéressants et permet au lecteur de s’attacher à eux.

Le seul petit hic de sa narration qui a fini par me déranger et (appelons là comme bon vous semble) la présence de la jeune fille décédée. Si de prime abord cette aura ne me gênait absolument, progressivement je l’ai trouvée un peu pesante, même si elle nous permet de voir des éléments au travers de ce regard et « pas seulement » sous la plume narrative de l’auteur.

Cette enquête nous plonge à la fois dans l’époque moderne, le village quasi à l’abandon peuplé de personnes âgées qui attendent ou n’attendent plus les visites. La présence exceptionnelle des jeunes est perçue comme un tourbillon de vie pour leur parenté. Mais également pendant la Seconde Guerre Mondiale, époque florissante pour le commerce et les échanges avec les allemands. Sous couvert d’une enquête moderne, Asa Larsson nous replonge dans le passé de la Suède, sur ses relations avec l’Allemagne nazie et la collaboration de quelques uns non par conviction mais pas appât du gain.  Les plus bas instincts de certains êtres humains refont surface et lorsqu’il s’agit ensuite de taire les faits, ils ne sont plus à  une manipulation.

Peut être d’une apparence moins fouillée politiquement que le précédent opus, j’ai perçu ce volume comme une transition, une recherche d’équilibre après les événements de La piste noire.

Un appartement à New York / Jane Smiley

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Jane Smiley - Un appartement à New York.

Un appartement à New York / Jane Smiley. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Damour. Rivages Poche, 2016. 301 pages.

L’appartement de Susan et Dennis est le port d’attache d’une bande de copains originaires du Midwest, installés à New York dans les années 80. Ils se voyaient déjà… former un groupe de rock, rester unis quoi qu’il arrive. Un unique album sort et les liens se distendent. Un matin, Alice fait une terrible découverte : les corps sans vie de Dennis et de leur ami Craig. Comment a-t-on pu en arriver là ? Avec un diabolique sens du suspens, Jane Smiley nous offre un roman attachant, disséquant les secrets et les blessures au coeur de toute relation.

Dans L’exploitation, Jane Smiley nous racontait l’explosion familiale. Dans un milieu tout à fait différent : urbain, elle va nous montrer comment un groupe d’amis pour qui les notions d’amitié, de solidarité semblaient inébranlables à l’image du couple formé par Susan et Dennis va peu à peu s’effriter.

La narration se déroule à New York et commence à la manière d’un polar : 2 cadavres, 2 musiciens toujours en quête de gloire bien des années après des espoirs déçus. Autour d’eux des amis du même milieu ou liés à leur existence car rencontrés au moment de leur lancement (échoué) sur orbite. Alice est une amie de leurs années d’étudiants et est liée à Susan. Détachée de cet univers, elle est bibliothécaire ; elle a suivi le mouvement de la venue à New York avec son mari de l’époque, poète, cherchant lui-aussi, la renommée.

Autour de ces cadavres, de ses amis et de cette enquête où toutes les pistes sont possibles (les clés de l’appartement ayant été largement copiées et diffusées), ces assassinats jouent quasi un rôle de catalyseur et entraînent ces amis, ex-amis ou faux amis à se dévoiler. Les non-dits deviennent des reproches, des amertumes. Vaille que vaille Alice tente de garder des liens si distendus soient-ils avec chacun et surtout à aider son amie Susan qui vient de perdre son compagnon et qui fut toujours présente pour elle, rocher au milieu de l’océan. Progressivement Alice va s’interroger sur les réactions des uns et des autres, voient les liens qu’elle croyait amicaux s’effilocher, apparaître sous un nouvel éclairage. Est-ce ce nouvel homme dans sa vie, la découverte des deux morts ou le comportement inexpliqué de ces relations ? Bref des changements se déroulent sous ses yeux alors que la police cherche à retrouver le meurtrier : figure amicale, proche ou règlement de compte ? D’apparence banale, le contenu est loin de cette image d’enquête policière.

Portrait de l’artiste en hors-la-loi / Fiona Capp

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Fiona Capp - Portrait de l'artiste en hors-la-loi.Portrait de l’artiste en hors-la-loi / Fiona Capp. Roman traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Roy. Actes Sud, 2009. 363 pages

1871. Jemma Musk, jeune femme dont les parents sont décédés, s’installe comme préceptrice à Wombat Hill, petite ville de l’arrière-pays australien où les chercheurs d’or ont fait place à la bourgeoisie. Douée pour le dessin et la peinture, ayant eu le meilleur des maîtres, elle est cependant l’Artiste, mal vue par la bonne société et harcelée par le chef de la police locale, O’Brien, homme violent dont elle a repoussé les avances. Mariée à un émigrant italien, devenue mère, Emma n’en garde pas moins ses rêves de liberté, de beauté, et c’est en toute innocence qu’en compagnie d’un géologue établi dans la région, rêveur lui aussi à sa manière, elle arpente le bush. Et si les rocailles peuvent former les puissants arrière-plans de portraits, un sol percé de galeries de mines reste une hase instable, fragile, dangereuse. Fiona Capp signe ici un très beau récit, où l’image est fine, les sentiments doucement amenés, la couleur locale parfaite, les personnages attachants. C’est de l’impressionnisme dans l’écriture, un tableau peint devant nos yeux, cadre dans lequel évolue la femme, l’artiste sensible, celle qui perçoit plus qu’elle ne détermine.

Le roman est intéressant par la liberté d’esprit et l’indépendance de l’héroïne : Jemma. Son père lui a laissé les portes grandes ouvertes pour s’ouvrir à sa passion : la peinture mais, a également échangé avec elle, lui abandonnant un libre arbitre correspondant mal à l’époque. N’étant pas riche à millions et cette histoire commençant après son décès, j’ai du mal à imaginer l’existence qu’il envisageait pour sa fille. Mais sans cela l’histoire ne serait pas la même et l’auteur n’aurait pu l’affranchir de sa spontanéité et de ses talents artistiques.

Car ce roman est également une ode à la peinture, aux bouleversements dans la composition. Jemma découvre dans les quotidiens « Le Salon des refusés » et les impressionnistes. Elle s’en inspire pour ses oeuvres et ne fait qu’engendrer un peu plus l’incompréhension ; rien dans cette jeune femme ne correspond aux attentes sociales. Cette histoire parle également de cette communauté suisse-italienne, de la ruée vers l’or, de ces villes qui se créent et, un peu, des fabuleux paysages australiens. Portrait de femme, d’une nation en création, d’un quotidien. Tous les éléments sont habilement mélangés pour en faire un beau roman d’une femme en quête de ses sentiments et de son intégration.

Pas forcément un livre inoubliable mais un bon moment de lecture.

Who Was Julia Child ? / Geoff Edgers and Carlene Hempel

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Who Was Julia Child? by Geoff Edgers and Carlene HempelWho Was Julia Child ? / Geoff Edgers and Carlene Hempel. Illustrated by Dede Putra. Grosset & Dunlap, 2015. 100 pages

Born in California in 1912, Julia Child enlisted in the Army and met her future husband, Paul, during World War II. She discovered her love of French food while stationed in Paris and enrolled in Le Cordon Bleu cooking school after her service. Child knew that Americans would love French food as much as she did, so she wrote Mastering the Art of French Cooking in 1961. The book was a success and the public wanted more. America fell in love with Julia Child. Her TV show, The French Chef, premiered in 1963 and brought the bubbling and lovable chef into millions of homes. Find out more about this beloved chef, author, and TV personality in Who Was Julia Child?

J’ai découvert Julia Child interprétée par Meryl Streep dans « Julie and Julia ». J’avais gardé de ce film une image assez déplaisante de cette femme cuisinière. Et en le revisionnant, j’ai pris conscience que j’avais fait abstraction de l’histoire de Julia, ne gardant en mémoire que le blog de Julie, son quotidien. Comme quoi, un petit ouvrage peut parfois vous permettre d’apprendre beaucoup et redécouvrir par un autre biais d’autres oeuvres (au sens littéral du terme : film, peinture, ouvrage etc…). Mais passons outre…

J’ai donc repris le chemin de cette collection dont je vous avais déjà parlé et ai appris à mieux connaître qui était Julia Child. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une biographie au sens large, mais cela permet d’apprendre quelques éléments des personnages désormais passés à la postérité. Si, sans doute, avec la multiplication des émissions culinaires + le film déjà évoqué, son nom est déjà plus connu en France, il est aux Etats-Unis bien plus que cela.

C’est une personnalité entière et forte qui est décrite dans cet opuscule. Il retrace les grandes lignes de son éducation et décrit sa découverte de la nourriture, elle qui initialement ne savait pas cuire un oeuf. C’est en France et grâce à la position de son mari autant qu’à son caractère bien trempé qu’elle va s’initier à la cuisine. Circonstances, volonté etc… la projetteront sur les écrans de télévision à son retour en Amérique et lui permettront de devenir la star de la cuisine du petit écran. Une omelette, une 10aine de minutes et sa personnalité, voilà comment elle fut lancée.

Des pages en anglais pour découvrir la joie de vivre autour des fourneaux et de la cuisine française tout en vous replongeant dans un passé proche et déjà lointain.

Compartiment pour dames / Anita Nair

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Anita Nair - Compartiment pour dames.

Compartiment pour dames / Anita Nair. Traduit de l’anglais (Inde) Par Marielle Morin. Albin Michel, 2016. 333 pages

Akhila est employée aux impôts. Eternelle célibataire, cette quadragénaire n’a jamais été libre de mener sa vie comme elle l’entendait : toujours la fille, la soeur, la tante de quelqu’un, celle qui fait vivre la famille. Sur un coup de tête, elle prend un aller simple pour Kanyakumari, une petite ville balnéaire du sud de l’Inde. Dans l’intimité du sleeping – le fameux « Compartiment pour dames »- qu’elle partage avec cinq autres compagnes, Akhila ose leur poser la question qui la hante depuis longtemps : une femme a-t-elle vraiment besoin d’un homme pour être heureuse et épanouie ? Compartiment pour dames est le best-seller qui a révélé Anita Nair.
Un roman délicieux, chaleureux, tendre, qui nous ouvre le coeur de ces femmes indiennes dont nous sommes finalement si proches. Un beau voyage à la découverte de soi qui éveillera des résonances en chacun de nous.

Une réédition d’Albin Michel qui m’a permis d’enfin saisir le temps de lire ce roman qui m’avait fait de l’oeil plusieurs fois. Il me semble que les critiques étaient bonnes et je ne peux que confirmer tout le bien que je pense de ce roman et de sa thématique. Me croyant bien loin de la vie ordinaire de ces femmes indiennes, j’ai, néanmoins, retrouvé des vies de proches, de notre quotidien. Bien entendu notre culture européenne laisse officiellement et socialement une place plus large aux femmes célibataires, cela n’empêche pas le poids de la société et la vision des autres.

Ce célibat n’est pas le seul maître mot de l’ouvrage, il pose la question de la vie des femmes au quotidien, de leurs relations avec les hommes : leur mari bien entendu, mais également tous les proches et le regard du voisinage des relations. J’ai la chance de vivre à Paris mais je connais bien les petits villages de Province et la vision de certains habitants : famille ou voisins.

L’excellente idée d’Anita Nair est de faire parler des femmes de milieux et d’âges différents au cours d’un voyage de nuit. Chacune confie à Akhila qui a décidé de profiter de cette promiscuité et des ces inconnues pour s’ouvrir, de parler et d’interroger. A 45 ans, indépendante financièrement, elle s’interroge sur sa façon de gérer la 2nde partie de son existence : solo, accompagnée,…

Chaque chapitre voit la vie d’une de ces femmes se déroulaient en accéléré sous nos yeux et plus particulièrement sur leur place, leurs relations familiales, le regard qu’elles-mêmes jettent sur leur vie. Ces témoignages entourent la vie d’Akhila : son histoire et ses réflexions.

Aucun moment d’ennui et comme je le disais, même si nous ne vivons pas dans le même pays, il est très facile de se retrouver dans ces existences.

Le mandala de Sherlock Holmes / Jamyang Norbu

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Le mandala de Sherlock Holmes : les aventures du grand détective au Tibet / Jamyang Norbu. Traduit de l’anglais (Inde) par Marielle Morin. Editions Philippe Picquier, 2001. 299 pages

Le Mandala de Sherlock Holmes ressuscite pour nous le grand détective et lève le voile sur un pan de sa vie auquel Conan Doyle, laissant sur leur faim tous les passionnés, n’a consacré que quelques lignes laconiques : l’intervalle séparant sa disparition présumée dans les chutes de Reichenbach de sa réapparition dans L’Aventure de la maison vide. Jamyang Norbu, holmésien distingué d’origine tibétaine, comble ce manque. Il a en effet découvert le journal du compagnon de voyage de Sherlock Holmes, confirmant la thèse selon laquelle ce dernier a effectivement voyagé en Inde et au Tibet où il a vécu moult péripéties, est venu en aide au dalaï-lama, et a trouvé un nouveau Watson en Hurree Chunder Mookerjee, espion et savant bengali, personnage créé à l’origine par Kipling et auteur présumé de ce récit. Entraînant le lecteur dans un tourbillon de rebondissements et d’épreuves, le récit jongle avec brio entre références littéraires, histoire coloniale dans l’atmosphère de l’Inde du Raj et Tibet mystique, mélangeant fiction et réalité jusqu’à un dénouement évidemment inattendu.

Et oui un petit Sherlock Holmes même s’il n’est pas écrit par Conan Doyle est toujours diablement tentant. Et quand il vous propose de vous emmener dans des sentiers de traverses, dans la période silencieuse, j’ai toujours un peu de mal à résister. Bien entendu les expériences passées m’ont parfois laissé un peu sur ma faim ou réellement surprise.

Pour cet opus, si j’ai trouvé les idées intéressantes et assez bien menées, à part la chute réellement tirée par les cheveux (mais après tout Sherlock est bien revenu d’entre les morts deux ans après cette terrible chute), c’est davantage le style qui ne m’a pas convaincu. Je l’ai trouvé lourd, parfois pompeux et pour tout dire, il ne me donnait pas réellement envie de retourner à ma lecture. En donnant de multiples détails concernant la vie, les équipements utilisés etc, etc, cette sensation de pesanteur s’est accentuée.

Si les actes manqués concernant les tentatives d’homicides à l’encontre de Sherlock ont de prime abord donné un petit entrain à l’ouvrage, l’histoire du mandala et l’aide au Dalaï-lama tarde à arriver. D’un autre côté, cet aspect de l’histoire est intéressant puisqu’il rappelle que les tentatives de prise de pouvoir du Tibet par les chinois ne datent pas de la période communiste.

A découvrir si le coeur vous en dit. Certains billets sont plus positifs que les miens : ici,

Un paquebot dans les arbres / Valentine Goby

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Valentine Goby - Un paquebot dans les arbres.

Un paquebot dans les arbres / Valentine Goby. Actes Sud, 2016. 267 pages

À la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d’Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l’aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps.
Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu’elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s’aiment ceux que l’enfance ne peut tolérer autrement qu’invincibles.

Son roman Kinderzimmer m’avait enchanté et, cet opus me faisait de l’oeil. Une nouvelle fois je me suis laissée emporter par ma lecture même si le contexte et l’histoire sont différentes. J’ai découvert à la fin de ce roman que Valentine Goby était partie d’un témoignage – honnêtement je ne m’en étais pas rendu compte, tant elle exprime avec force et personnalité l’univers et la vie de Mathilde qui va se saigner dans tous les sens du terme afin de retrouver l’unité familiale, de faire connaître à son petit frère cet univers, ces joies partagées. Bien entendu il y a aussi l’espoir d’attirer encore et toujours le regard du père, Paulot, comme elle le faisait avant… par ses extravagances, par sa disponibilité déjà…

Mathilde qui chercher à porter sur ses épaules son univers. Une charge bien trop lourde mais que ses parents occupés à ses soigner et à se retrouver et surtout à ne pas l’entendre se plaindre, ne voit pas. Que sa soeur ainée ignore car plongée dans sa propre existence. Quant au petit frère, il ne connaît rien d’autre. Mais ce roman nous parle avant tout de la maladie, des trente Glorieuses et de la vision de la population à l’égard de la tuberculose. De ces lieux dédiés aux malades, d’une certaine forme d’abandon non pas des malades eux-mêmes mais à l’égard de leurs familles. Parallèlement c’est la Sécurité Sociale, les nouveaux médicaments qui sont notamment évoqués dans cette narration. Et j’ai particulièrement apprécié les informations sur la Guerre d’Algérie et les conséquences en France. Ces données nous sont distillées via la lecture des journaux par Mathilde qui s’ouvre au Monde grâce à eux, mais j’ai, grâce à ces faits d’époque appris des éléments que j’ignorais.

Si de rares passages m’ont semblé un peu long, si j’ai parfois trouvé difficile cet abandon de Mathilde, si débrouillarde soit-elle, j’ai beaucoup apprécié ce roman et son riche contenu.

Le billet de Karine:)

Au bout de l’exil / Micheline Duff

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https://www.quebec-amerique.com/images/livres/1090/1090-240x.jpgAu bout de l’exil. 1. La grande illusion. 2. Les méandres du destin. 3. L’insoutenable vérité / Micheline Duff. Nomades, 2009-2010. 354 + 356 + 360 pages.

2 septembre 1880. Joseph Laurin se recueille une dernière fois devant la dépouille de sa femme exposée dans le salon de leur maison. Quelques heures plus tard, après avoir mis le feu à la demeure, il disparaît dans la nuit, avec ses trois fillettes endormies dans la charrette, pour ne plus jamais revenir au Saguenay. Cette fuite vers les Etats-Unis lui apportera-t-elle le bonheur espéré ?

Je ne suis jamais fermée aux romans de terroir et l’occasion de découvrir une série québécoise me fut donnée après une rencontre avec Jules. Ce sont les couvertures qui avaient attirées mon attention et elle s’est fait une joie de répondre à ma curiosité. 3 volumes dont le contenu est assez inégale : certaines longueurs, une fin sans aucune surprise (même ma maman qui les a lu avant moi lorsqu’elle a joué les gardes malades avait deviné la chute attendue).

L’intérêt, pour les français que nous sommes, fut de découvrir l’exode des québécois à la fin du XIXème siècle en quête d’un eldorado : la promesse d’un travail dans des conditions climatiques plus faciles, en usine et donc de l’argent rapide avant de revenir au pays. Tout cet environnement est fort bien décrit : les espoirs confrontés à des conditions de travail dignes de celles décrites par Dickens, l’exploitation des plus jeunes, le manque de sécurité etc, le tout pour un salaire de misère, les québécois étant les moins considérés du fait de leur langue. A l’image de toutes les populations venues chercher du travail à l’étranger, leur vie fut bien souvent misérable mais c’est surtout les insultes et la vision des américains et irlandais unis par une même langue (à défaut de leur religion) qui m’a le plus interpellé. Non contents d’être considéré à la fange de la société, les prêtres québécois ont dû se battre pour obtenir que l’on utilise la langue française dans la gestion de la communauté. C’est bien entendu via les 3 filles Laurin que nous pouvons découvrir tout cela.

Micheline Duff mène une vie bien difficile à ces 3 enfants dont nous découvrirons dans le dernier volume la folie du père – et non je ne dévoile rien car le lecteur aura eu le temps rapidement de se faire à cette idée à travers les mésaventures de cette famille-, les racontars de certains membres de la famille.

L’auteur nous fait vivre dans cette trilogie 30 ans d’existence de ces fillettes devenues adultes, leur faisant traverser l’univers des québécois installés aux Etats-unis, le choix d’abandonner sa langue, de la conserver mais également le poids de la religion. Chacune au fil de sa plume émettra la volonté plus ou moins forte de rentrer au pays, mais les rebondissements de leurs existences engendreront des décisions diverses.

Ainsi que mentionné, bon nombre d’épisodes sont marquants et historiquement intéressants. Néanmoins, le dernier volume et la chute choisie si elle s’explique m’a laissée de marbre tant elle me semblait évidente depuis un long moment. De plus  à force d’obstacles, de force morale de la part de ses jouvencelles, la broderie effectuée par l’auteur m’a laissée indifférente dans cette conclusion.