La maison des Turner / Angela Flournoy

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Angela Flournoy - La maison des Turner.La maison des Turner / Angela Flournoy. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut. Les Escales éditions,2017. 346 pages.

Partez à la rencontre de la famille Turner : treize frères et soeurs qui se chamaillent et qui s’aiment passionnément. Unanimement salué par la critique, La Maison des Turner inaugure le renouveau du grand roman américain. Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père. Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là. Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent.

Je suis tombée totalement sous le charme de l’écriture d’Angela Flournoy. Elle nous fait vivre à travers cette famille de noirs américains l’ascension et la chute de Détroit en parallèle de l’existence des parents Turner. Nous plongeant dans cet univers familial alors que Viola vit ses derniers moments entourée comme depuis toujours par ses proches mais sans pathos excessif. Bien entendu tous ses enfants s’interrogent sur le devenir de La Maison, plombée par les subprimes et dans un quartier qui ne fait que chuter. Mais comment enrayer cela ? Plusieurs membres de la famille cherchent des solutions plus ou moins légales parfois, ce qui nous permet de nous immiscer dans leurs souvenirs liés à cette bâtisse.

Si l’on suit cette histoire avant tout au travers des yeux des 2 membres extrêmes de la fratrie, Cha-Cha, l’ainé et Lelah, la cadette, l’auteur nous narre sans jamais nous perdre le fil de l’existence de leurs parents : quand leur père est arrivé à Détroit, laissant Viola seule avec Cha-Cha. Cette insertion du passé dans les quelques semaines de narration va nous permettre d’en apprendre à la fois davantage sur eux, sur leur passé et sur une certaine forme de réussite liée à l’achat de cette maison. Viola et Francis, son mari n’étaient pas des saints, ni l’un ni l’autre, la vie n’a pas toujours été rose mais leur attachement à leur famille était réel. Ils ont su créer ces liens que l’on retrouve aujourd’hui dans l’existence des Turner. Depuis la disparition de leur père, et par son statut d’aîné, Cha-Cha est perçu comme le chef de cette famille très élargie. Si jusque-là il ne regardait pas cela comme un fardeau, l’âge, et la prochaine disparition des piliers que sont sa mère et cette maison l’entraîne vers autre chose. Cha-Cha se cherche. Mais il n’est pas le seul car sa plus jeune soeur continue de se perdre. Le jeu est sa passion. C’est avec son expulsion que débute cet ouvrage.

Alors que tous deux tentent une introspection, ou essaient de comprendre des traces de leur passé, les secrets familiaux éclairent d’un nouveau jour certains actes ou propos : une histoire de fantôme prédomine (qui peut faire tiquer les plus sceptiques, même si pour moi il s’agit davantage d’une allégorie). La famille, les rivalités entre frères et soeurs, la vieillesse sont quelques-uns des thèmes majeurs de ce 1er roman, bien écrit et qui se lit plus facilement encore grâce à l’arbre généalogique disponible en début d’ouvrage. Bien entendu vu le nombre d’enfants et le choix de l’auteur de s’attacher à certains plus qu’à d’autres alors que leurs personnalités semblent toutes intéressantes on pourrait se sentir un peu léser, mais le choix s’avère assez judicieux et permet de fermer la boucle de ce roman.

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Autour d’elle / Sophie Bienvenu

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Sophie Bienvenu - Autour d'elle.Autour d’elle / Sophie Bienvenu. Le cheval d’août, 2016. 207 pages.

En 1996, une adolescente de seize ans accouche d’un garçon dans l’anonymat d’un hôpital de Montréal. Autour d’elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d’une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire. Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban : de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d’humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé. Roman choral fabuleusement incarné, Autour d’elle explore les liens qui nous unissent et l’amour dans toutes ses manifestations, que ce soit celui qu’on perd, celui qui fait vivre, celui qui détruit ou celui qu’on retrouve.

Tout commence par un éveil. Lorsqu’un adolescent de son âge rencontre Florence Gaudreault, il lui fait prendre conscience de sa féminité. Les choses s’accélèrent entre eux et Florence va se découvrir enceinte. Alors que son univers familial explose, que cette relation est sans suite, elle va faire des choix. Le 1er sera d’abandonner son enfant. Mais ces primes éléments évoqués, nous allons les découvrir au détour de portraits croisés, comme la suite de cette histoire.

Hommes et femmes qui croisent indistinctement Florence et son fils qui a été adopté. Chaque chapitre nous renvoie à l’un ou l’autre, mais nous ne savons jamais à l’avance de quoi il sera fait car il narre également des instantanés de l’existence d’autres personnes, bien souvent des êtres tout aussi sensibles que nos deux protagonistes, qui, eux-aussi, se trouvent confrontés à des choix qui bien souvent résonnent comme un écho proche ou lointain de ces deux êtres.

Toute la magie de ce roman est là. Sous quels traits, quel âge ou quel va être le lien ? Les mots sont sensibles et parlent de destins, de choix de vie. Tour à tour sont abordés la solitude, la violence conjugale, l’abandon du domicile conjugale, la jalousie, la fraternité, la peur du nourrisson…. Oui cela peut sembler incroyable au vu de ses 200 pages, mais c’est bien là que réside la force et le plus incroyable dans les choix faits par Sophie Bienvenu, c’est que tout se tient. Et le lecteur attend avec impatience de comprendre le lien si ténu soit-il. Bien entendu il attend également la chute : réunion de la mère et de son fils ? Rejet, retrouvaille ? Avec beaucoup de sensibilité, l’auteur change la donne et crée une fin bien différente que celle à laquelle on s’attendait. Et, elle va clore la boucle d’une manière inattendue : quand l’amitié s’en mêle…

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Etincelle / Michèle Plomer

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Michèle Plomer - Etincelle.Etincelle / Michèle Plomer. Editions Marchands de feuilles, 2016. 306 pages

A Shenzhen, par un soir tranquille, une jeune Chinoise déballe les ingrédients requis pour la préparation d’un mapo dofu. Délicatement, elle tranche les légumes en rondelles égales, l’esprit à demi tourné vers la voix de Leonard Cohen, en trame de fond dans son logement de fonction. Quand s’évanouissent les dernières notes de Suzanne, la jeune femme tourne le bouton de la cuisinière pour allumer le gaz.
Et tout saute. Etincelle raconte une tragédie. Le combat de la belle Song, une brûlée vive, littéralement suspendue entre la vie et la mort. Douleur trop grande pour tenir dans un corps. Pourtant, le courant qui porte cette histoire n’est pas la noirceur, mais l’amour. L’amour de son amie québécoise hantée par un sentiment de culpabilité, qui achemine à Song des mots doux par les ondes d’un walkie-talkie.
L’amour d’un père éploré qui cuisine des soupes de nids d’hirondelles pour sa fille sur deux ronds électriques dans une antichambre de l’Hôpital du Peuple. Celui d’une mère à Magog qui, l’oreille vissée à son téléphone, réclame des nouvelles. Ce récit nous transporte d’un restaurant russe de Hong Kong à un temple sculpté à même le roc de la Chine profonde, en passant par les Cantons-de-l’Est du Québec.

C’est grâce à Karine:) que j’ai eu la chance de lire ce magnifique ouvrage de Michèle Plomer. Une très belle histoire d’amitié, de femmes, qui se déroule en Chine ; ce roman avait vraiment tout pour me plaire et, ce fut, en dépit de la dureté du propos, un délice.

J’ai réellement tout aimé dans ces pages : aussi bien la narration de Michèle sur l’enseignement, sa vie, son quotidien, ses relations professionnelles comme personnelles. Son engagement amoureux et ses « drôles » de relations avec sa belle-mère et son beau-fils totalement à l’opposé de celles qu’elle va tisser par sa présence sans faille auprès de son amie Song, dans ce que l’on pourrait percevoir au début de cette histoire, comme l’antichambre de la mort, avec les proches de son amie.

La jeune femme blanche expatriée, avide d’échanges, de partages du quotidien de cette Chine qu’elle aime en dépit de ses incompréhensions ou ignorances va se trouver bousculer dans son savoir face à une situation dont elle n’est quasi que simple spectatrice alors qu’au fonds d’elle-même la culpabilité la ronge : ce repas préparé par son amie était celui de sa fête et elle imagine fort bien que ce corps de souffrance pourrait /devrait être le sien. Et le combat de son amie devient encore plus le sien quand il s’agit de prendre à bras le corps l’inertie de l’université, le rejet de la faute sur l’être humain, en l’occurrence sur son amie Song, le régime étant au-dessus de tout un chacun et le parti communiste n’acceptant pas que l’erreur puisse être sien.

Michèle apprend pendant que Song lutte, aider par sa famille, ses amis, dans un hôpital où la misère et la souffrance sont le lot quotidien de tous ses ouvriers qu’elle croise en se rendant à son chevet. L’université l’avait préservée de cette facette, de cette misère et archaïsme qu’elle prend en plein coeur.

Elle qui croyait avoir appris à connaître la Chine va découvrir un autre univers, le milieu rural d’où est issue son amie, des traditions ancestrales, des combats inégaux avec le pouvoir comme avec ce traitement des grands brulés. Pas à pas, elle nous raconte ses dilemmes, son quotidien, celui de Song et son acharnement à revivre, à faire renaître son corps, sa féminité et son désir. Elle se remémore les moments privilégiés qu’elles ont passé ensemble comme ses journées insouciantes. Chapitre après chapitre, les instantanés s’affichent, sa belle histoire prend d’autres couleurs, une autre version/vision se dévoile.

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Nikolski / Nicolas Dickner

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Couverturehttps://i0.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpg

 

 

 

 

Nikolski / Nicolas Dickner. Alto, 2005. 322 pages

À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et un narrateur non identifié quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences. Nicolas Dickner aime enchevêtrer les récits et les images avec une minutie qui frôle parfois celle d’un zoologue fêlé. Dans Nikolski, il prend un malin plaisir à rassembler des archéologues vidangeurs, des flibustiers de tous poils, des serpents de mer, plusieurs grands thons rouges, des victimes du mal de terre, un scaphandrier analphabète, un Commodore 64, d’innombrables bureaux de poste et un mystérieux livre sans couverture. Un récit pluvieux, où l’on boit beaucoup de thé et de rhum bon marché.

3 destins, 3 jeunes gens en quête de leur histoire, de leur famille et de leur destin. On pourrait croire qu’ils ne font que se croiser au détour d’une adresse commune, de connaissances ou d’une librairie d’occasions mais ces liens sont beaucoup plus fins que cela. Mais tout cela ils l’ignorent et seul le lecteur va détenir tous les fils de leur existence, si ténus soient-ils parfois, quasi invisibles à l’oeil nu. Quelle chance nous avons et quel bonheur de découvrir tout cela.

Proches et lointains mais des personnalités originales et sensibles que Nicolas Dickner sait rendre à merveille. Au fil des pages l’intérêt pour ces 3 personnages invitent le  lecteur à s’interroger toujours plus sur leurs liens, leur devenir et leur quotidien.

Un soupçon de fantaisie grâce à des histoires à la fois quasi féérique et beaucoup de réalisme. Nicolas Dickner sait à merveille susciter l’intérêt et nous entraîner à sa suite et nous plonger dans la vie de ses personnages et de son imaginaire, tout en gardant les pieds sur terre lorsqu’il nous parle de notre société de consommation, des déchets de notre quotidien ou de tout ce qui est perçu comme tel.

Une très belle lecture, une découverte et une furieuse envie de poursuivre mes lectures des écrits de Nicolas Dickner.

Hôzuki / Aki Shimazaki

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https://i0.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpgAki Shimazaki - Hozuki.Hôzuki / Aki Shimazaki. Léméac – Actes Sud, 2015. 138 pages.

Mitsuko tient une librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d’assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l’établissement. Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l’un par l’autre.
Sur l’insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu’elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l’équilibre de sa famille. Aki Shimazaki sonde ici la nature de l’amour maternel. Tout en finesse, elle en interroge la fibre et la force des liens.

Une couverture magnifique tout en finesse qui renferme un texte tout en délicatesse teinté parfois d’une certaine crudité à peine esquissée. C’est donc un ouvrage ciselé au sens le plus noble du terme que nous propose Aki Shimazaki. 138 pages où chaque mot est pesé, réfléchi à l’image de cette femme Mitusko et de l’enseigne de sa librairie dont les idéogrammes peuvent se lire de différentes manières. L’auteur confronte différents univers, qu’il s’agisse de la différence de classes de ses deux femmes, des deux mondes dans lequel évoluent Mitsuko. Le vendredi elle devient entraîneuse mais tout en côtoyant une élite qui lui permet de retrouver les échanges intellectuels et une vie totalement différente de son quotidien.

Cette femme est à l’image de sa mère dont la finesse du travail est soulignée ou de son fils dont les handicaps ne l’empêchent d’aucune manière de développer des relations humaines et intellectuelles. Une famille qui présente une facette mais qui peut proposer une tout autre version pour un peu que la réflexion, la discussion s’engage.

En quelques brefs traits, Aki Shimazaki nous dresse des univers disparates au sein même d’une même famille. Elle va nous montrer tout au long de cet opus la nature de l’amour maternel à travers deux portraits de femme, deux mères que tout semble opposer, réunies par la tendre relation de deux enfants. Mais au fil des pages les liens vont se tendre et se croiser d’une manière bien inattendue, avec grâce et un style prenant.

A découvrir puis, à relire pour le plaisir. Une pure merveille à mes yeux.

Il ne faut pas parler dans l’ascenseur / Martin Michaud

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Martin Michaud - Il ne faut pas parler dans l'ascenseur.https://i0.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpg

Il ne faut pas parler dans l’ascenseur. 1. Une enquête de Victor Lessard / Martin Michaud. Kennes, 2015. 399 pages.

Une jeune femme s’éveille après vingt-quatre heures passées dans le coma et se lance à la recherche d’un homme qui semble ne pas exister. Un meurtrier sans merci décide que chacun doit payer pour ses fautes et applique sa propre justice. Des meurtres commis à une journée d’inter­valle dans des circonstances identiques tourmentent le responsable de l’enquête, le sergent-détective Victor Lessard, de la police de la Ville de Montréal.

J’ai découvert cette série dont j’ignorais tout grâce à une collègue. Comme quoi, il est toujours utile de discuter et jamais trop tard pour remédier à ces lacunes. Une nouvelle fois, j’étais passé totalement à côté de cette série et, comme vous me connaissez bien à présent, je suis quasi prête à dévorer tous les volumes dont les éditions Kennes se sont fait le chantre.

Diablement efficace, les enquêtes qui s’emmêlent (difficile de vous résumer les actions sans trop vous en dire et sans copier les propos de la 4ème de couverture) se laissent lire avec plaisir et nous immergent dans Montréal. Je suis heureuse d’avoir participé au mois québécois ces dernières années et d’avoir été intriguée par certains quartiers. D’où de nouvelles promenades au cours de mon dernier séjour. Quoi de plus agréable de pouvoir suivre, un peu (n’exagérons rien) les pas des personnages de ce roman grâce à ses déambulations.

Et le livre, me direz-vous ? Un plaisir de lecture avec quelques expressions québécoises que je suis certes loin de maîtriser mais qui se marient aisément dans ce roman et nous plongent dans cette ville et chez nos amis québécois. Martin Michaud a su créer un quasi anti héros, humain, dont les faiblesses ne le rendent pas toujours des plus sympathiques, mais nous démontrent que les démons intérieurs peuvent se retrouver même chez ceux qui sont censés faire respecter les lois.

L’auteur tire habilement sur les fils de ces histoires et si le lecteur imagine sans peine qu’ils sont liés la question demeure de savoir comment et les pourquoi s’accumulent. A petits pas, ils nous donnent quelques éléments de réponse, nous lancent sur de quasi fausses pistes par l’expérience de Simone, suite à son accident.

Fragilité et détermination pourraient être les maîtres mots de ces hommes et femmes qu’il met en scène. Une fragilité propre à tous ces êtres humains et bon nombre ne s’en sortiront pas. Vous n’êtes pas chez George R.R. Martin, mais ne vous attachez pas trop aux personnages, ne commencer pas à tirer des plans sur la comète, car vous risquez de voir votre monde imaginaire se disloquer sous vos yeux. Bienvenue dans le quotidien de Victor Lessard. Je vous sers un verre ?

 

La petite patrie / Claude Jasmin. Julie Rocheleau, Normand Grégoire

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Normand Grégoire et Julie Rocheleau - La petite patrie.La petite patriehttps://i0.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpg

La petite patrie : d’après l’oeuvre de Claude Jasmin / Scénario de Normand Grégoire et Dessin et couleur de Julie Rocheleau. La Pastèque, 2015. 86 pages.

Publié en 1972, La petite patrie de Claude Jasmin est un roman autobiographique québécois qui a connu un vif succès. Chronique d’un quartier populaire de Montréal, il nous offre le regard d’un enfant de huit ans sur le monde qui l’entoure à l’aube des années 40 : la guerre, la religion, les jeux de ruelles, l’amour et la mort… Julie Rocheleau et Normand Grégoire nous offre une adaption du populaire roman de Claude Jasmin, un livre qui nous rappelle notre enfance et l’insouciance qui s’y rattache.

La petite patrie /Claude Jasmin. Typo, 1999. 134 pages.

Dans le style vif et familier qui lui est propre, Claude Jasmin évoque les souvenirs de son enfance montréalaise: la vie d’un quartier populaire, ses ruelles, son école primaire et son brouhaha quotidien. L’auteur y révèle son extraordinaire capacité à revisiter les souvenirs de toute une époque pour les fondre à son histoire intime. Désormais célèbre, ce roman autobiographique a connu un franc succès populaire, en partie grâce à son adaptation télévisée.

J’ai tout d’abord découvert cette bande dessinée au travers d’un article de presse. L’encensement était total et je n’ai donc pas su résister à la tentation lorsque je l’ai vu. Malheureusement mes souvenirs des éloges envers ce roman graphique étaient tels qu’en dépit d’un agréable moment de lecture, d’un graphisme sensible et rendant bien le quotidien de ces familles à l’aube de la seconde Guerre Mondiale, je ne comprenais pas vraiment les propos dithyrambiques (peut-être est-ce juste ma mémoire qui me joue des tours) qui m’avaient fait noter cette référence.

Bref j’ai décidé de dénicher le roman à l’origine de cette adaptation graphique, persuadée qu’ils me manquaient des éléments. Et, je ne le regrette absolument pas. En effet, les souvenirs de Claude Jasmin sont merveilleusement bien rendus dans son roman et au fil des pages, les choix d’adaptation et illustrations de Julie Rocheleau et Normand Grégoire s’éclairent réellement. Sans être une inconditionnelle du dessin de Julie Rocheleau, ses personnages à la physionomie ronde et simple me renvoient à des personnages enfantins et propres à certains illustrés de cette période. Le choix des couleurs parfois proches du sépia, ou jamais agressives complètent la palette graphique pour rendre l’image de cette année 1939.

L’ouvrage de Claude Jasmin (paru l’année de ma naissance) retrace avec un amour inconditionnel cette petite patrie, les ruelles de son enfance. Les petites joies, les drames imaginaires ou réels. Le quotidien de ces familles si proches et particulièrement de ces enfants heureux des moments partagés et des saisons. L’auteur raconte merveilleusement l’amour de ces enfants pour l’hiver et l’été. Deux saisons aux antipodes mais où la vie à l’extérieur rendait le quotidien toujours plus brillant pour ces têtes blondes. Il n’omet pas pour autant le temps scolaire, et ses enseignants plus ou moins heureux de leur métier. La part belle est également faite à ces petits métiers aujourd’hui disparus : le livreur de glace, le marchand des 4 saisons, le rémouleur et tant d’autres.

J’ai finalement passé de beaux moments de lecture et découvert la facette du Montréal des années 40 grâce à ces auteurs. Pour boucler le tout, il me reste à découvrir l’adaptation télévisée qui, aux dires d’une blogueuse québécoise, risque d’avoir pas mal vieillie. Je vais tester et, peut être vous raconter tout cela….

Bakhita / Véronique Olmi

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Véronique Olmi - Bakhita.Bakhita / Véronique Olmi. Albin Michel, 2017. 456 pages

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.
Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Rarement les 100 premières pages d’un ouvrage ne m’ont paru aussi difficiles. Non pas au niveau de l’écriture, mais par la crudité du rendu que fait Véronique Olmi de l’enlèvement de Bakhita, de ses souffrances intimes, physiques et psychologiques. Bien des romans et films ont parlé de l’esclavage, de ces arrachements familiaux, mais le fait de se placer à la hauteur de cette enfant, de la faire essayer de se remémorer ses souvenirs d’enfance, elle qui n’a que 7 ans… Et malgré cela, elle a déjà compris que sans eux, rien ne sera possible, le simple fait de mettre un pied devant l’autre, de se battre à chaque instant (puis toute sa vie) pour revendiquer une petite partie de son identité. Car Bakhita n’est que son nom d’esclave, donné dès les premiers instants de sa vente et de son long chemin vers l’asservissement. Cette enfant a tout perdu de son enfance, moins quelques rares souvenirs et odeurs, et ce traumatisme lui a fait oublier son prénom.

Chaque instant de sa longue existence, de son périple ne sera qu’obstacles et difficultés mais Bakhita a la rage et l’espoir de la vie, de se raccrocher au plus petit moment de l’existence, à plus démunis qu’elle, qu’il s’agisse d’adultes comme d’enfants, même si elle montre sans doute une attention toujours plus grande pour les tout-petits. Comme elle, ils connaissent la faim, la douleur et si un adulte peut leur redonner l’espoir dans ces ainés qui sont sensés les protéger et les aider, elle sera celle-là. Mais Bakhita ne le revendique pas, elle agit et c’est tout.

Une vie d’abnégation et d’espoirs. La joie est rare mais Bakhita  la prend là où elle se trouve et cherche avant tout à répondre présente. Elle communique mal, s’exprime mal mais son parcours parle pour elle et les rares personnes qui l’écouteront vont s’enrichir de sa présence, pleurer bien plus qu’elle de ses souffrances.

A lire cet ouvrage, l’envie surgit de venir l’aider. Elle est simplement le reflet de l’éternelle exploitation de l’homme par l’homme. Bakhita l’a combattu, à sa manière. Avec les faibles moyens d’une femme, née à la fin du XIXème siècle, noire chez les blancs. Des blancs parfois plein de bons sentiments comme nous le sommes encore tous aujourd’hui, mais qui nous recroquevillons sur nous encore et toujours, protégeant notre petit cocon. Bakhita est différente. Elle ne sait pas dire non mais garde un oeil ouvert sur le monde qui l’entoure et plus particulièrement sur les plus pauvres.

Lisez-le !

Le grand marin / Catherine Poulain

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Catherine Poulain - Le grand marin.Le grand marin / Catherine Poulain. Editions de l’Olivier, 2016. 368 pages

Une femme rêvait de partir. De prendre le large. Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures… C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang.
Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade. Traîne dans les bars. En attendant de rembarquer. C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Un tantinet déçue par ce roman qui a reçu moult prix (même si ce n’est pas cela qui a attiré mon attention). Je lui ai parfois trouvé une force magnifique, à l’image de cette frêle héroïne qui s’embarque sans rien connaître à la pêche, dans l’inconnu, sans la carrure et les muscles, dans les descriptions de cette quête de fortune en haute mer. Confrontés aux éléments, hommes et femme se retrouvent quasi égaux et le style narratif de Catherine Poulain est simplement époustouflant.

D’autres passages, chapitres m’ont laissé sur ma faim. En particulier la quête amoureuse (ce n’en est pas vraiment une, mais puisque le terme s’est glissé sous mes doigts, je le laisse), que j’ai trouvé moins gratifiante pour le lecteur. Est-ce le retour à la terre, ce manque de confrontations aux éléments marins, une certaine apathie à l’image de ces marins qui replongent dans l’alcool et autres dès leur retour sur terre et qu’ils ne perçoivent plus l’utilité ou le besoin de combattre la nature ? Je ne sais pas. Mais il est certain que si cet ouvrage reste à découvrir si vous ne l’avez pas encore fait, pour la narration sans égale de cette éducation en accélérée et des conditions de vie sur ces bateaux : l’avant, pendant, après la pêche, je préfère nuancer mon propos.

Catherine Poulain parle fort à propos de la liberté, de la nature et de la violence des hommes. Sans fard, elle exprime la souffrance, les blessures et la mort que côtoient à chaque instant ces personnages entiers, forts en gueule et sensibles. Des pages superbes sont à retenir.

Chiisakobé / Minetarô Mochizuki

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Minetaro Mochizuki - Chiisakobé Tome 1 : .Chiisakobé. 4 volumes / Minetarô Mochizuki. Traduit du japonais par Miyako Slocombe. D’après le roman de Shûgorô Yamamoto.Le Lézard Noir, 2015-2016. 204+222+236+232 pages.

Shigeji, jeune charpentier, perd ses parents et l’entreprise familiale, « Daitomé », dans un incendie. Se rappelant les paroles de son père,  » quelle que soit l’époque dans laquelle on vit, ce qui est important, c’est l’humanité et la volonté « , il fait le serment de reconstruire Daitomé. Mais son retour à la maison natale s’accompagne de l’arrivée de Ritsu, amie d’enfance devenue orpheline et qu’il embauche comme assistante, et de cinq garnements au caractère bien trempé échappés d’un orphelinat.
La cohabitation va faire des étincelles. Adaptation du célèbre roman de Shûgorô Yamamoto situé dans la période Edo et que Minetarô Mochizuki transpose dans le Japon d’aujourd’hui, Chiisakobé attire d’abord le regard par son dessin pop.

Un manga. Voici un petit moment que je ne m’étais pas replongée dans le genre qui propose de très bons crus. Celui-ci est fort différent de ceux que j’ai pu lire par le passé. Son style est tellement distinct qu’il est difficile de le classer. Humaniste est certainement celui qui lui convient le mieux. C’est un ouvrage étrange et, il ne faut pas vous attendre à des rebondissements à chaque fin de chapitre : le style est lent et il le revendique. Il permet au lecteur de découvrir en douceur des personnages qui masquent leurs sentiments, états d’âmes, mais qui, en dépit des obstacles, poursuivent leur chemin ou du moins essaient. En effet, et sans vouloir spoiler, on se demande bien si le sort va cesser de s’acharner sur Shigeji qui, après avoir perdu ses parents et l’entreprise familiale doit reconstruire et surtout prouver à tous qu’en dépit de son style, de son côté taiseux, il connait son travail et prend des décisions raisonnables pour le futur même si elles sont bien loin de faire l’unanimité.

Et cela ne se limite pas à son travail mais également au foyer familial qui accueille des orphelins désaxés dont Ritsu, amie d’enfance et désormais gouvernante, a bien du mal à canaliser les énergies et l’obéissance.

C’est par touches infimes, par un dessin simple et clair que Minetarô Mochizuki nous attire dans ses filets ; à l’image de son personnage principal, Shigeji, il sait vers quoi il aspire. En prenant des chemins de traverses, via des dessins distincts des schémas classiques : des pieds, des mains, une position du corps qui en disent parfois beaucoup plus longs que les expressions du visage.

Bref, posez-vous, prenez une tasse de thé ou autre et dégustez lentement et sans modération afin de ne pas gâcher votre plaisir.

Une belle critique du Tome 3 (mais de l’ensemble de cette série également) dans Télérama.