Les fragiles / Cécile Roumiguière

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Cécile Roumiguière - Les Fragiles.Les fragiles / Cécile Roumiguière. Editins Sarbacane, 2016. 197 pages.

Drew a dix-sept ans, on est grand à dix-sept ans. On a eu le temps d’apprendre à savoir qui on est. Pourtant, dans sa tête, Drew est encore cet enfant de neuf ans qui a pris le racisme de son père en plein plexus. A la sortie d’un match de hand, au volant de sa camionnette, son père a renversé Ernest, le gardien du stade, et s’est enfui sans le secourir. Il n’allait pas s’arrêter pour un sale nègre…
Ce jour-là, Drew a grandi trop vite. Qui croire ? Sa mère et l’école, qui lui apprennent qu’on est tous pareils, ou ce père raciste, borné, qui rêve d’un fils tout en muscles et nul en maths ? Drew déteste son père tout en cherchant à lui plaire. A l’école, il se saborde en ratant exprès ses devoirs … … jusqu’au jour où il rencontre Sky, une fille aussi fêlée que lui. En fusionnant leurs fêlures, les Fragiles arriveront-ils, enfin, à faire passer la lumière.

Fragilité de l’enfant, de l’homme en devenir, des souvenirs conscients ou non. Avec beaucoup de sensibilité, Cécile Roumiguière mêle des sujets forts liés à la famille et au développement de cet être en devenir. Comment se construire lorsque les modèles s’opposent aux valeurs qui sont enseignées ou transmises uniquement par un des parents ? Drew se cherche, et en dépit de ses sentiments mêlés, il souhaiterait plaire à son père. Un père sans doute pas exemplaire, exécrable, haïssable par ses attitudes envers les autres mais également envers sa famille. Même s’il n’est pas le héros, ce père nous allons le découvrir via cette plume lui-aussi, bien fragile.

Quant à Drew, en moins de 200 pages nous allons le découvrir dans ses hésitations, ses  souffrances, ses enfermements, sa solitude et ses envols vers autre chose : à travers les jeux vidéos, l’automutilation, la musique, l’amour, le sport…. Il cherche un échappatoire, une lutte sans fin et inexorable pour essayer de trouver sa place dans sa famille, mais également dans la société.

Un petit pan de l’adolescence nous est entrouvert par ce portrait tout en nuances et délicatesse. Le tableau est parfois noir à l’image du style adopté par Sky que Drew rencontre par hasard qui, comme lui, cherche à obtenir ce qu’elle attend de ses parents : un peu d’attention, beaucoup d’amour avec les difficultés de communication que tout un chacun connaît mais qui semblent si inextricables en vieillissant, en contradiction avec cette petite enfance idéalisée.

La fragilité, même si elle est particulièrement accès sur ces adolescents, est traitée à tous les niveaux dans cet ouvrage. Suivant l’âge et l’expérience du lecteur, l’écho sera sans doute différent. Ce roman s’adresse plus particulièrement aux adolescents, mais il mérite d’être lu par tout public.

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Le chagrin des vivants / Anna Hope

Anna Hope - Le chagrin des vivants.Le chagrin des vivants / Anna Hope. Traduit de l’anglais par Elodie Leplat. Gallimard, 2016.384 pages.

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammer-smith Palais pour six pence la danse.
Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cours s’apaisent.

5 journées. C’est tout ce qui sera nécessaire à Anna Hope pour nous faire vivre l’univers de 3 femmes, différentes en âge et en situation mais qui, comme toutes ou presque sont marquées par cette 1ère Guerre Mondiale. Nous sommes en 1920, mais les stigmates restent présents, omniprésents dans ce quotidien londonien.

Les hommes bien entendus en ont payés un lourd tribu et l’affichent encore dans leur vie de tous les jours, deux ans après l’armistice. Mais les femmes… Dans leurs chairs, dans leurs sentiments et leurs quotidiens, la guerre vit également avec elles au quotidien même si les blessures semblent moins visibles. Confrontées tous les jours à la souffrance des hommes, elles doivent s’armer de patience, d’abnégation pour oublier leurs propres maux, pour aller de l’avant, dans un pays où la place de la femme reste encore bien mal définie.

Au travers de ces 3 destins distincts mais que les liens de la guerre vont rapprocher, ce sont 3 magnifiques et terribles portraits de femmes qu’Anna Hope nous dresse. Le temps s’écoule, inlassablement comme leur quotidien. 5 jours où nous les découvrons, toujours plus proches et sensibles alors que le pays tout entier se prépare à enterrer le Soldat inconnu dans un moment d’union nationale. Un lien imperceptible à travers tout le pays et des fils qui vont les rapprocher au fur et à mesure que leurs histoires nous seront narrées.

Un livre magnifique en dépit de la brutalité des mots et des images liés à cette 1ère Guerre Mondiale, dans un pays faisant pourtant partie de ceux qui officiellement ont remporté la victoire.

A découvrir si ce n’est pas encore fait.

Un entretien avec l’auteur, ici à propos de ce roman.

Le tour du monde du roi Zibeline / Jean-Christophe Rufin

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Le tour du monde du roi Zibeline / Jean-Christophe Rufin. Gallimard, 2017. 367 pages.

Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar… Sous la plume de Jean-Christophe Rufin, cette histoire authentique prend l’ampleur et le charme d’un conte oriental, comme le XVIIIe siècle les aimait tant.

Biographie romancée d’un comte hongrois, Maurice Auguste Beniowski, dont, je l’avoue, je n’avais jamais entendu parler, en dépit de ses récits de voyage, de roman le concernant et même d’un opéra français. Ce fut donc une complète découverte et, à la lecture de cet ouvrage on comprend mieux pourquoi cet homme a déjà inspiré différents auteurs. Excès, affabulations ou non, sa vie est en elle-même un roman propre à développer l’imaginaire et à vous faire rêver au travers de ses multiples aventures et voyages ; tout cela se déroulant au XVIIIème siècle, avec en toile de fonds, les philosophes, quelques guerres et désirs des souverains de créer des établissements dans de nouvelles colonies.

Alors, certainement Jean-Christophe Ruffin a opté pour un point de vue positif et  croit à ses écrits. Il fait de cet homme un héros de son temps, le magnifie par bien des aspects, mais cela n’empêche en rien le plaisir de la lecture et la véracité de bon nombre de faits.

Ce récit se fait à travers les voix et la sensibilité distincte du roi Zibeline et de sa compagne : Aphanasie. Non pas sous forme épistolaire dont ce ce siècle fut friand mais via la narration à une tierce personne ; ici,  Benjamin Franklin, vieillissant mais trop heureux de voir sa solitude ou les nombreux solliciteurs écartés au profit de ce conte qui se poursuit au fil des jours.

Jean-Christophe Rufin a su se détacher de la réalité en magnifiant la figure féminine qu’est Aphanasie. Femme enfant qui, rapidement, va montrer une personnalité hors du commun, un charisme non pas aussi fascinant que celui de son conjoint, mais l’auteur fait d’elle une femme décisionnaire de son destin. Un très beau portrait féminin, bien loin des stéréotypes de l’époque.

Imagination débridée, récits améliorés, ce texte nous permet avant tout de découvrir ce roi si particulier, cet homme qui a choisi sa vie à travers différents pays qui revendiquent aujourd’hui leur attachement à sa personne. Un texte original même s’il est construit sur des faits réels.

Et si tu n’existais pas / Claire Gallois

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Claire Gallois - Et si tu n'existais pas.Et si tu n’existais pas / Claire Gallois. Stock, 2017. 142 pages

Ce livre, c’est un peu comme un secret que je vais dire à tout le monde. L’histoire d’un engagement que j’ai pris enfant et que je n’ai jamais oublié. Nous sommes dans les années quarante. J’ai six ans et je n’ai jamais vu ma mère. Un dimanche de juillet, elle arrive dans une belle Citroën noire et m’emporte en dix minutes. Ma nourrice court dans la poussière blanche soulevée par la voiture et jette son tablier noir sur sa tête.
Je grimpe contre la lunette arrière et je lui dis en moi-même : « Je te retrouverai, je te le jure ».

Emouvant, prenant et attachant. En 142 pages Claire Gallois décrit la force des sentiments maternels d’une femme envers l’enfant qu’elle élève. Tout en ne lui cachant pas qu’elle n’est pas sa mère, qu’elle ne peut l’appeler et encore moins la considérer ainsi, elle lui transmet tout l’amour et les valeurs qu’elle connaît. Cette affection sans borne se traduit par des gestes simples, des attentions et de petits cadeaux tels qu’un habit brodé. Si jeune soit-elle, Claire comprend et va garder en mémoire tout cela le jour où sa mère vient l’arracher au foyer qui l’a vu grandir.

D’un petit hameau en compagnie de Yaya, sa nourrice, elle se retrouve dans un hôtel particulier peuplé de ses parents, ascendantes encombrante ou dominatrice, de frère et soeurs ainsi que de personnels de maison. Dès son premier contact avec sa mère le lien est inexistant, la tendresse est absente comme le sera des relations humaines de cette famille bourgeoise et pétainiste. Mot à mot, geste à geste elle découvre cet univers et ne peut s’empêcher de le comparer avec ce qu’elle a connu, de poursuivre sa quête, des bribes d’informations sur sa Yaya. Pour cela et bien d’autres choses c’est vers l’indépendance qu’elle va se diriger.

Aucun pathos, aucun reproche, juste des successions de faits, de situations. Claire ne cherche pas vraiment à comprendre mais ne souhaite qu’une chose : la retrouver. Une fois les retrouvailles rapides réalisées, elle n’aura de cesse d’accompagner à son tour sa nourrice bien aimée.

Banquises / Valentine Goby

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Banquises / Valentine Goby. Albin Michel, 2011. 247 pages

« Vingt-sept ans d’absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n’ont plus compté l’âge écoulé de Sarah mais mesuré l’attente. » En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. Elle est montée dans un avion qui l’emportait vers la calotte glaciaire. Sa famille ne l’a jamais revue. Elle a disparu, corps et âme. Elle avait vingt-deux ans.
Lisa, vingt-sept ans plus tard, part sur les traces de sa soeur. Elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace.

Une très grosse déception, je vous l’avoue. Mes précédentes lectures des romans de Valentine Goby ne me laissaient pas présager de la tournure de ce roman, du style utilisé. Si, une fois, l’ouvrage terminé, et, quand même quelques chapitres avant la fin, j’ai fini par appréhender la tournure de son propos, ce lent mouvement m’avait laissé sur le bord de la route et je ne tournais les pages que dans l’espoir d’une chute différente, d’une lueur d’espoir. Malheureusement ce moment ne peut pas venir et les seules pages un peu plus lumineuses (si j’ose dire) furent celles de mieux connaître Sarah mais, sans la comprendre pour autant, trop de temps et d’absence ne permettant pas de retrouver le fil.

Alors oui Valentine Goby parle admirablement de cette perte, de ces disparitions inexpliquées. Des parents qui se cherchent et veulent comprendre, renverser tout sur leurs passages, leurs espoirs et désespoirs. Leur oubli de leur autre enfant. Un changement troublant et fort.

Parallèlement Valentine Goby nous raconte le Groenland et le réchauffement climatique. Beaucoup d’éléments disparates à mes yeux qui même s’ils s’expliquent ne m’ont jamais complètement retenus dans ma lecture.

Famille nombreuse / Chadia Chaibi Loueslati

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Chadia Chaïbi Loueslati - Famille nombreuse.Famille nombreuse / Chadia Chaibi Loueslati. Marabout, 2017 (Marabulles). 192 pages

Chadia Chaibi Loueslati signe ici son premier roman graphique. Elle raconte l’histoire de sa famille et de ses parents, le Daron et Omi, qui ayant quitté la Tunisie, sont venus s’installer en France dans les années 1960. C’est une saga familiale, la découverte d’un pays et de toutes ses bizarreries culturelles et administratives au travers de l’épopée d’une famille immigrée. La ténacité et le courage, l’humour et la chaleur de cette famille nombreuse, le talent de l’auteure font de ce livre une œuvre originale et passionnante.

Tout. J’ai tout aimé dans ce beau roman graphique et autobiographique de Chadia Chaibi Loueslati. Moi qui n’était pas une fervente du noir et blanc (même si je l’appréhende beaucoup moins aujourd’hui), j’ai totalement adhéré à son trait, à ce choix de couleurs agrémentés de jaune flashy qui met en exergue des détails ou simplement souligne les planches.

Histoire d’une famille d’origine tunisienne dont le père est initialement venu pour un travail (balayeur pour la RATP), qui fait la navette pour retrouver sa famille pendant ses congés et voit sa famille s’agrandir ; Omi (la maman) gérant au quotidien tout. Année 72 : le regroupement familial permet à la famille de se retrouver en France dans un taudis. La vie idéale, meilleure, n’est pas tout à fait là, mais les espoirs demeurent et, opiniâtre et économe la famille souhaite acheter un appartement. Les déconvenues continuent. Mais c’est sans compter sans la force d’Omi qui saura récupérer son bien et va continuer avec force à trouver le bien idéal pour accueillir la famille qui croit toujours.

Du rire aux presque larmes, l’auteur nous raconte le quotidien de cette famille et rend un vibrant hommage à ses parents, courageux et travailleur. Une famille ballottée entre les traditions et la vision française. Le regard des voisins, de l’administration sur cette famille trop(?) nombreuse. Débrouillarde, volontaire Omi fait tourner tout son petit monde du mieux qu’elle peut, parfois un peu militaire mais comment faire avec un salaire, un 5 pièces  et des enfants toujours plus nombreux. Chacun des membres de la famille sont présentés avec affection, défauts et qualités ne sont pas oubliés, au grand déplaisir des frères et soeurs qui veulent s’immiscer dans la narration de leur soeur. Tout cela rend cette BD toujours plus vivante et drôle.

Hâte de découvrir la suite.

L’excellent billet de Stéphie.

Culottées : Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent / Pénélope Bagieu

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Pénélope Bagieu - Culottées Tome 1 : Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent.Culottées : Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent. 1 / Pénélope Bagieu. Gallimard, 2016.143 pages

Margaret, actrice « terrifiante », spécialisée à Hollywood dans les rôles de méchante ; Agnodice, gynécologue de l’Antiquité grecque qui dut se déguiser en homme pour exercer ; Lozen, femme apache, guerrière et chamane ; Annette, sirène australienne qui inventa le maillot de bain féminin… Pénélope Bagieu brosse avec humour et finesse quinze portraits de femmes, combattantes hors normes, qui ont bravé la pression sociale de leur époque pour mener la vie de leur choix.

De temps en temps je picorais une ou plusieurs histoires proposées par Pénélope Bagieu sur le blog proposé par Le Monde. Je n’étais pas vraiment régulière et me promettais pourtant d’y retourner, découvrant bien souvent des personnalités quasi inconnues. Bref, je n’ai pas résisté à cette version papier. Oui je reste accroc à ce vieil outil (en dépit des heures passées sur mes outils électroniques tant au niveau perso que professionnel), et ai redécouvert, dans un format que je juge plus aéré les 15 portraits présentés dans ce 1er volume avec des doubles pages concluants chacun, agrémentant le tout.

Alors oui certains me diront qu’ils n’aiment pas le graphisme de Pénélope Bagieu, qu’elle ne traite que des éléments positifs de ces personnalités. Mais pour ma part, je trouve que tout son art est justement de savoir aller à l’essentiel. Elle ne se présente pas en tant qu’historienne, mais reprend à travers le temps et le monde, des histoires de femmes qui prennent leur vie en mains, cherchent une issue que ce soit pour elle, leur pays ou la condition féminine. Toutes n’ont certainement pas la même valeur aux yeux des féministes, mais ces portraits sont attachants et nous permettent en moins d’une 10aine de pages de nous intéresser à ces femmes et si nous le souhaitons, de nous attacher à leurs pas, leur histoire via d’autres publications.

Un trait vif, de l’humour, de la véracité-crudité nécessaire, le tout sous une couverture pastelle. Non je n’ai pas retenu le nom de toutes ses femmes, mais je sais déjà que je reprendrais ma lecture et vais la poursuivre avec les 15 autres portraits proposés.

Les variations Sebastian / Emily St. John Mandel

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Emily St John Mandel - Les Variations Sebastian.Les variations Sebastian / Emily St. John Mandel. Traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé. Rivages, 2016 (Rivages / Noir). 361 pages.

Lorsque Gavin, journaliste new-yorkais, retourne à Sebastian, dans sa Floride natale, il ne se doute pas que sa vie va basculer. C’est une photo qui déclenche tout. Celle que sa soeur a prise devant une maison dont les occupants sont sur le point d’être expulsés. Gavin y voit le visage d’une fillette qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. D’un coup, c’est toute sa jeunesse qui remonte à la surface : le lycée de Sebastian, la fondation du Lola Quartet avec Daniel, Jack et Sasha.
Et surtout, son amour pour la fantasque Anna, qui avait mystérieusement disparu à la fin de l’année scolaire. Est-il possible que cette petite fille soit la leur ? Où est-elle maintenant ? Qu’est devenue Anna ? La réponse à ces questions va conduire Gavin au coeur des ténèbres.

J’ai découvert cette auteur au cours du Festival America 2016 où elle parlait de son dernier opus « Station Eleven ». Fort tentée par ce dernier ouvrage encensé par tous, mais venant de prendre une douche froide avec un autre auteur, j’ai décidé au détour d’une librairie de commencer par un de ses précédents ouvrages disponibles en poche, afin d’aller à la rencontre de son style et de savoir si vraiment son écriture était susceptible de me plaire. En dépit du temps que j’ai mis à prendre ce livre dans mon abondante pile et encore plus à me décider à rédiger ce billet, je ne peux que vous encourager, si vous ne l’avez pas encore fait à lire cette auteur.

Emily St John Mandel a une très belle plume et elle sait à la fois s’attacher à des événements économiques qui me parlent (crise économique, licenciements massifs, perte de leurs maisons cf les subprimes…), point sur l’existence de ses personnages par rapport à un instant T, à leurs espoirs passés et à ce qu’ils attendent aujourd’hui. Le titre est admirablement choisi (The Lola quartet en version originale) car il renvoie comme pour le titre en anglais à la musique et plus particulièrement aux différentes visions de cet ancien quatuor  : chacun, munit des éléments qu’il sait ou croit savoir nous raconte le moment clé de leur existence que fut ce dernier concert, avant que chacun ne prenne le chemin de l’université (ou ailleurs). L’auteur sait glisser sur des événements très personnels pour ses personnages principaux ou gravitant autour de celui qu’elle a choisi, en l’occurrence, le journaliste Gavin, afin de mieux nous surprendre.

De journaliste, Gavin devient l’image du privé ou l’image des anciens reporters qu’il a en tête, mais dans la chaleur de la Floride il semble parfois se perdre ou se laisser aller à un chorus tout à fait personnel, n’en déplaise au style original de son groupe. Mais il semble que chacun des ex-membres ait une partition à jouer bien différente et de musiciens, ils ne pourraient plus qu’être simple spectateurs.

Une quête de l’enfant qui se transforme en roman noir sur fonds de spéculation, crise, drogue et meurtre.

Un roman étonnant et dense que j’ai trouvé fort original dans sa construction comme dans le style.

Emily St John Mandel parle de son roman.

Hypothermie / Arnaldur Indridason

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Arnaldur Indridason - Hypothermie.Hypothermie / Arnaldur Indridason. Traduit de l’Islandais par Eric Boury. Métaillié, 2010. 296 pages.

C’est l’automne. Maria, une femme d’une cinquantaine d’années, est retrouvée pendue dans son chalet d’été sur les bords du lac du Thingvellir par Karen, sa meilleure amie. Après autopsie, la police conclut à un suicide. Quelques jours plus tard, Erlendur reçoit la visite de Karen qui lui affirme que ce n’était pas le genre de Maria de se suicider. Elle lui remet une cassette contenant l’enregistrement d’une séance chez un médium que Maria est allée consulter afin d’entrer en contact avec sa mère décédée deux ans plus tôt, qui lui avait promis de lui envoyer un signe de l’au-delà.
Aussi dubitatif que réticent, Erlendur lui promet d’écouter l’enregistrement tout en lui répétant que ni l’enquête ni l’autopsie n’ont décelé le moindre élément suspect. L’audition de la cassette le convainc cependant de reprendre l’investigation à l’insu de tous. Il découvre que l’époux de Maria a eu un passé agité, qu’il a une liaison avec l’une de ses anciennes amours, qu’il est endetté et que Maria possédait une vraie fortune.

Un banal suicide, voilà pour les apparences. Mais c’est sans compter sur une relative période d’accalmie au commissariat, la curiosité et un sens aigüe de ressentir que quelque chose ne va pas. Voici donc Erlendur en marge d’une enquête qui officiellement n’en est pas une (cf le suicide clairement établi) qui, sur les interrogations de la meilleure amie de la jeune femme prend les choses en mains. Etrange, pas de cold case me direz-vous ? Et pourtant tous les éléments des enquêtes – car c’est bien sur 3 enquêtes que se lancent notre inspecteur et, toutes sont glaciales, même celle de cette jeune suicidée. En effet, son père est décédé « par accident » dans un lac gelé, sous ses yeux voici  un certain nombre d’années et tout semble le rappeler à elle et à sa mère partie récemment de maladie.

Quant aux cold cases, ils sont au nombre de deux et font partis d’enquêtes non résolues durant les premiers temps d’investigations d’Erlendur. Le seul parent survivant du jeune homme vient lui faire ses adieux et notre enquêteur, fidèle à sa mémoire et à celle de sa mère notamment, souhaiterait lui dire qu’il l’a retrouvé, d’une manière ou d’une autre. Une nouvelle fois, le passé et les souvenirs d’Erlendur sont au rendez-vous, ses sentiments de culpabilité, ses non-dits à son ex-femme comme à ses enfants. Maladroitement, il essaie de changer ses relations, notamment avec ses enfants, mais il reste malhabile et peu disert sur ses souffrances et sa jeunesse.

Comment faire son deuil en l’absence de corps, d’explications plausibles lorsqu’un être cher disparaît ? C’est cette thématique récurrente depuis que l’on connait l’histoire du frère de notre commissaire qui revient une nouvelle fois dans cette histoire qui fait également la part belle aux histoires de fantômes dont les islandais semblent friands, même si tous n’ont pas la même approche les concernant. Maniant tout cela avec une habilité certaine, Arnaldur Indridason trousse un roman assez court, glacial mais toujours d’une très grande habilité.

Une douce vengeance / Elizabeth George

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Elizabeth George - Une douce vengeance.

Une douce vengeance / Elizabeth George. Traduit de l’anglais par Dominique Wattwiller. Pocket, 2010. 432 pages.

Une nouvelle affaire du train postal n’agiterait pas d’avantage ScotlandYard. Thomas Lynley, huitième comte d’Asherton, le plus élégant des inspecteurs de la maison, annonce son mariage avec la photographe en vogue Deborah Cotter. Un week-end de fiançailles se prépare en Cornouailles, dans la propriété familiale de l’aristocratique policier. Mais la présence d’un futur beau-père hostile, d’un ami et rival dangereux et d’un frère drogué empoisonne la fête. Et la garden-party tourne au cauchemar lorsqu’on découvre, consciencieusement mutilé et châtré, le cadavre d’un journaliste local. Pour Lynley, la comédie mondaine risque de s’achever en noire tragédie. Surtout si les fantômes du passé s’en mêlent.

Si j’en crois les commentaires lu ici et là, pour une fois ce fut une riche idée de ma part de prendre un volume au hasard et de ne pas vouloir absolument commencer dans l’ordre (après avoir pris conscience qu’il s’agissait d’une série) ; en effet si cet ouvrage fut publié en 4ème position il narre des faits qui le font se placer en première concernant les aventures de Thomas Lynley. Dans cette affaire Thomas Lynley est mis très en avant au niveau des événements car quasi toute cette enquête et événements tragiques vont se dérouler dans la propriété familiale avec des incidences en nombre sur l’équilibre de sa famille, amis et voisins. Pas de rock’ n’roll (nonobstant une poste diffusant de la musique à plein régime), mais drogues et sexes sont bien au rendez-vous, entre autre, des enquêtes qui vont se succéder.

Il faut ajouter à cela beaucoup de sentiments personnels de la part des différents protagonistes, des conflits anciens et un manque d’alibi pour tous. Bref les événements s’enchaînent et bien malin qui pourra trouver le fin mot de tout cet incroyable mélange des genres. Accident, meurtre, suicide, overdose, maladie, il y en a pour tous et nul n’est épargné. Les fils s’emmêlent et fort heureusement le quatuor : Linley, Saint James, Cotter, Clyde est là opportunément, bien loin de Londres mais habiles chacun dans leurs observations et conclusions.

J’ai réellement passé un bon moment dans cette lecture qui pourra déplaire à ceux pour qui la vie personnelle et surtout les états d’âmes des personnages principaux indifférent ou lassent, n’ayant d’yeux que pour l’enquête. Ici cela s’explique en grande partie mais j’ai l’impression que l’usage est présent dans toute la série. A moi de vérifier.