Les derniers jours de Rabbit Hayes / Anna McPartlin

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Anna McPartlin - Les derniers jours de Rabbit Hayes.Les derniers jours de Rabbit Hayes / Anna McPartlin Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec. Pocket, 2017. 474 pages

Neuf jours. C’est ce qu’il reste à vivre à Mia Hayes, surnommée affectueusement « Rabbit ». Neuf jours, après plusieurs mois de combat – parce que Rabbit est une battante, une Irlandaise bien trempée. À son chevet, famille et proches se relaient en un joyeux ballet de souvenirs. Entre silences, gaffes et fous rires, toute la vie de Rabbit ressurgit alors : l’enfance, l’adolescence, Johnny son grand amour, et Juliet, sa fille de 12 ans – une certaine idée du bonheur… Au fil des jours, tous s’interrogent sur leur vie et accompagnent Rabbit dans un voyage émotionnel d’une grande intensité. Quel meilleur bagage pour partir vers la lumière ?

Ce roman est à l’image de cette couverture : une toile de fonds un peu sombre, agrémentée de capsules d’étincelles, de lumières et d’éclats de rires. La chute nous la connaissons, le titre nous la donne et le mystère n’en est pas un dès les premières pages. Toute la sensibilité de l’auteur est de parler des derniers jours de son personnage principal en nous racontant son combat contre la maladie, phases de rémission jusqu’à ces ultimes jours qui voient se réunir autour d’elle ses proches et amis. Chacun sait que la fin est inéluctable mais tous cherchent à se battre contre cette mort avec leurs moyens : espoir, cris de rage, pleurs, mais surtout de grands éclats de rire comme il y en a toujours eu dans cette famille qui n’a pas été exclue des travers du quotidien avec ses hauts et ses bas.

Mia Hayes dite Rabbit, la petite dernière n’était pas la dernière à pimenter la vie de son entourage et elle entend bien jusqu’à cette dernière minute faire preuve de courage et de dérision même si les forces lui manquent plus que de raisons. Alors que son entourage s’affole, elle revit une partie de son passé et plus particulièrement son adolescence, sa découverte de la musique via le groupe de son frère et son grand amour qui fut le chanteur du groupe. Mais Rabbit se pose des questions beaucoup plus terre à terre car elle sait que dans les quelques heures qu’il lui reste elle doit dire adieu à ses proches et surtout à sa fille Juliet et trouver pour cette pré adolescente une solution pour son avenir, avec l’accord de chacun des membres de la tribu.

Humour noir parfois pour cette famille un peu secouée -dans tous les sens du terme- mais on le serait pour beaucoup moins que cela. En moins de 500 pages Anna McPartlin nous fait partager leur univers, leurs doutes ainsi que des éclats de rire.

Pas le pays des bisounours, mais sensible et facile à lire en dépit d’un sujet auquel nous appréhendons tous à être confronté : la perte d’un être cher.

L’émouvant billet de Jules,

L’homme inquiet / Henning Mankell

Henning Mankell - L'homme inquiet.L’homme inquiet / Henning Mankell. Roman traduit du suédois par Anna Gibson. Points, 2012.592 pages

Le beau-père de sa fille a disparu. Sa belle-mère a été assassinée. Et tout semble lié à des sous-marins russes passés dans les eaux territoriales suédoises des années plus tôt, en pleine guerre froide. Au seuil de la retraite, alors que sa mémoire le trahit, Wallander mène sa dernière enquête et amorce sa propre plongée en profondeur.

Ce n’est pas une nouveauté, le bandeau l’annonce en toutes lettres :ceci est la dernière enquête de Wallander. Elle est à la fois très personnelle puisqu’elle touche les beaux-parents de sa fille, et historique car il replonge nos personnages dans les temps de la guerre froide, tout en gardant les pieds dans l’actualité. Henning Mankell l’a également sans doute voulu plus humaine avec les différents questionnements de son personnage concernant son passé et son avenir, tout du moins sa descendance et ses relations passées (son père, ses amours, ses erreurs…) et futures  (avec sa fille et sa petite fille). Bref comme son titre l’indique Wallander (est inquiet) s’interroge beaucoup tant pour son enquête que par une introspection personnelle. Si de prime abord j’ai trouvé cela bien mené, au fil du temps, les redites et les problèmes de santé du héros sont tellement évidents que j’ai commencé un tantinet à me lasser des répétitions, d’un style un peu larmoyant à mes yeux. Bien entendu la mémoire est essentielle et on peut comprendre cette figure de style mais au bout d’un moment le (non) comique de répétition fut de trop. En dépit de faits historiques intéressants, d’évidences quant à *spoiler* un réseau d’espionnage, je n’ai pas toujours été totalement plongée dans ma lecture.

Et je me rends compte que je ne peux pas vous indiquer le titre que j’ai préféré dans cette série les lisant en dilettante (j’en vois encore deux qui patientent dans ma PAL) et n’ayant pas rédigé de petit billet memo pour ceux déjà lus. Et, même s’il est facile de les lire dans le désordre, je ne conseillerai pas de commencer par ce dernier opus qui ne vous permettra sans doute pas d’appréhender toutes les facettes du personnage si vous débarquez (de la planète Mars sans doute 🙂 ). Cette série, en dépit de mes réticences ici, reste de très bonne facture et, j’ai réellement aimé suivre la vie et les difficultés du personnage tout en l’accompagnant dans ses enquêtes.

L’avis de Titine avec qui j’en ai discuté de vive voix et qui n’est absolument pas d’accord avec moi.

La meurtrière / P.D. James

La meurtrière / P.D. James. Traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum. Le Livre de Poche, 1988. 447 pages.

Que feriez-vous si vous appreniez que votre mère s’est rendue coupable d’un crime atroce ? Et qu’après avoir purgé sa peine, elle s’apprête à sortir de prison ? Philippa Palfrey, elle, n’hésite pas une seconde. Cette jeune fille aux goûts raffinés, éduquée dans la meilleure tradition britannique par ses parents adoptifs, ne craint pas d’affronter les préjugés de classe et les horreurs du passé : avec tendresse, elle vole au secours de sa mère, Mary Ducton – la meurtrière -, pour la protéger d’un monde que dix années de prison lui ont fait oublier. Mais quelqu’un d’autre est au rendez-vous : c’est le père de la victime assassinée par Mary Ducton. Depuis dix ans, lui aussi attend son heure, guettant le moment où la meurtrière sera relâchée pour procéder lui-même à l’exécution que la justice s’est refusée à accomplir. La traque commence. Sur les bords de la Tamise, sous les arbres en fleurs de St James’s Park et dans les rues de Londres, un petit homme vêtu de gris suit sa proie à la trace. Il a tout son temps. Et il est certain de ne pas échouer…

C’est un policier un peu différent de ceux que j’ai eu l’occasion de lire qui est proposé sous la plume de P.D. James. Il est à la fois plus psychologique et certainement plus dérangeant que bon nombre des classiques policiers écrits par cette plume. Dans ce roman l’auteur ose aborder bien des sujets moralement tabous de la société (l’histoire se déroulant dans les années 70) ; des thèmes parfois justes abordés en passant mais néanmoins présents et d’autres qui touchent davantage le lecteur. Ainsi on retrouve pêle-mêle : l’homosexualité, le viol d’un enfant, le non instinct maternel, la maltraitance, l’adultère, l’inceste et bien entendu le meurtre.

Loin de moi l’idée que ces sujets soient abordés uniquement pour attirer / choquer (?) certains lecteurs, ils font pour moi, parti de ce roman en intégralité et explique (ou pas) la succession des événements. L’héroïne, Philippa Palfrey est diablement moderne et féministe et certainement beaucoup trop réfléchi pour son époque. Elle manipule avec habilité son univers, tout du moins le croit-elle et, est prête à bon nombre de transgressions. Une force qu’elle pense avoir développé au contact de sa famille adoptive, se voyant le fruit d’une expérience.

Faisant contraste à cette famille bourgeoise, le père de l’enfant assassiné va nous permettre de nous plonger dans un univers différent, niveau relations humaines comme en manière de communication. Même s’il ne correspond pas à la vision idyllique et mièvre que certains auraient pu écrire, c’est un joli tour de la part de l’auteur de ne pas avoir enjolivé cette autre réalité. A travers ces mondes distincts, l’interrogation des valeurs familiales, du pardon, de l’éducation et sous couverts de vengeance, P.D. James met à mal bon nombre de conventions et d’images d’Epinal.

Certains trouveront sans doute ce roman trop long, pas assez policier (nous connaissons la meurtrière depuis le début et les faits nous sont dévoilés progressivement), mais il s’agit davantage d’énigmes, ou de non-dits, dévoilés un à un et, avant tout, d’une interrogation sur les valeurs familiales qui est mise en avant dans ce roman bien mené à mon avis.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’oeuvre de P.D. James : Rupture du contrat social, les meurtrières dans l’œuvre de P.D. James / Delphine Cingal in Cycnos | Volume 23 n°2 Figures de femmes assassines – Représentations et idéologies – | R. ROMAN

Dear George Clooney : Tu veux pas épouser ma mère ? / Susin Nielsen

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Dear George Clooney : Tu veux pas épouser ma mère ? / Susin Nielsen. Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec. Editions Frances Loisirs, 2013. 226 pages

La mère de Violette ne sort qu’avec des losers depuis son divorce. Violette n’en peut plus, mais sa mère a désespérément envie de refaire sa vie et continue à accepter de nouveaux rendez-vous. Ce soir-là, le rendez-vous s’appelle Dudley Wiener, illico surnommé la saucisse. Il adore les vide-greniers et les blagues nulles, et ne plaît pas DU TOUT à Violette qui décide de prendre les choses en main. Elle va donc écrire à George Clooney pour lui demander un petit service et filer Dudley : si la saucisse a un cadavre dans son placard, elle le trouvera !

Un petit roman badin et souvent drôle qui raconte la séparation des parents vécue par une pré-adolescente. Le tout est distillé avec légèreté mais n’empêche pas de montrer ce que vivent Violette et sa petit soeur dont les souvenirs certes sont moins vivaces de leur vie d’avant, mais qui comme sa soeur est confrontée aux incertitudes de leur mère en matière amoureuse, aux bouleversements de leur quotidien de manière générale. Ainsi, même si cela pourrait paraître anecdotique, Violette nous dit que Rosie s’est remis à faire pipi au lit, suce son pouce ou à tendance à mordre ses camarades de la crèche.

De son côté Violette n’est pas en reste, ayant décrété une certaine hostilité envers la gente masculine, et la promesse de ne jamais tomber amoureuse. S’agissant d’un roman adolescent, vous pouvez être certain que ses sentiments vont se trouver bousculer. Mais nous n’en sommes pas encore là et le sujet principal reste bien le coeur à prendre de leur mère. Cette dernière enchaîne les échecs amoureux et a bien du mal à se reprendre en mains tout simplement. Bien entendu l’image de recomposition familiale renvoyée par l’ex et papa de ses filles n’aident pas particulièrement cette tribu abandonnée.

Malgré ces turpitudes et les mauvais moments de l’existence, le roman affiche ce ton léger et drôle affiché par le titre, laissant la part belle aux douces espérances. Un peu d’imagination, quelques situations cocasses et le tout est troussé avec une bonne humeur sans faille grâce à des personnages secondaires : amies de la mère comme de la fille. Pas un roman mémorable mais qui met un peu de baume au coeur, même si la vie est loin d’être parfaite.

Secret absolu / W. Wilkie Collins

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Secret absolu / W. Wilkie Collins. Traduit de l’anglais par Marie-Thérèse Carton-Piéron. Phébus, 2002 (Libretto). 440 pages

La nuit du 23 août 1829, sur la Côte de Cornouailles, Mrs Treverton est sur le point de rendre l’âme dans son manoir. Avant de mourir, elle dicte à sa dame de compagnie, Sarah Leeson, une mystérieuse confession en lui faisant promettre de ne jamais la détruire. Des années plus tard, Sarah disparaît et le manoir est mis en vente.

Un petit moment que j’avais mis de côté les victoriens – les rencontres et suggestions de lecture du groupe s’étant espacées-, je n’ai pas pris la peine de revenir à mes classiques. Un livre sur une de mes jolies PAL et voici un oubli et lacune dans la lecture des classiques résolu.

J’essaie de lire de plus en plus souvent les préfaces espérant toujours en apprendre un peu plus pour ma lecture à venir. Rien de bien novateur dans cette dernière, mais elle m’a remis quelques idées à jour (mon cerveau ayant sans doute connu quelques bugs ces derniers temps) concernant le style de W. Wilkie Collins. Ainsi ce roman fut écrit avant « La dame en blanc » (toujours dans ma bibliothèque) et est propre au roman à sensations, précurseur de nos policiers actuels. Bien entendu pour nous autres, l’énigme est tellement évidente que quelques pages suffiront à la résoudre, mais j’étais curieuse de connaître comment il allait parvenir à faire découvrir ce secret à ces différents protagonistes et comment il allait ménager son suspense ; les romans étant publiés en premier sous forme de feuilletons.

Bien entendu tout cela à un petit charme suranné, mais je n’ai pas trouvé les tournures si vieillottes par rapport à d’autres romans. Sans doute à l’heure actuelle, des paragraphes, descriptions et longueurs seraient certainement coupés. Mais, ces épanchement sont surtout vrai, à mes yeux, dans le dernier tiers du livre, partie pour laquelle j’ai réellement eu la sensation que Wilkie Collins se devait de faire durer le plus longtemps possible ces pages.

Les femmes, qu’elles soient fortes, au franc parler ou totalement dominées par les éléments de la vie ou par d’autres jouent un rôle important dans ce roman. Bien entendu elles n’y trouvent qu’une place relative, restant sous l’emprise masculine et surtout les codes moraux et juridiques. Le coeur des lectrices a dû être totalement conquis par l’histoire d’amour qui ouvre et conclut ces pages.

Collins ajoute une part de fantasque, fantaisie même en la personne de l’oncle et de son valet insolant et miroir grotesque. L’oncle Joseph n’est pas non plus exempt d’un côté croquignolesque qui peut faire sourire ou copieusement agacé le lecteur comme ses interlocuteurs. Bref un ouvrage complet et assez agréable pour tous ceux qui ne sont pas totalement insensibles au style.

Le baron perché / Italo Calvino

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Le baron perché / Italo Calvino. Traduit de l’Italien par Juliette Bertrand. Points, 1980. 283 pages

Pour bien voir la terre, il faut la regarder d’un peu loin. En 1767, suite à une dispute avec ses parents au sujet d’un plat d’escargots, le jeune Côme Laverse du Rondeau monte dans l’yeuse du jardin. Il ne descendra plus des arbres jusqu’à sa mort, s’y éveillant au savoir et à l’amour, à la solitude comme à la fraternité. Conte philosophique en hommage au siècle des Lumières, autoportrait d’un excentrique épris de liberté, Le baron perché enchante par son humour généreux, ses constantes inventions, son humanisme intemporel.

Je ne vais pas me faire des amis avec ce billet, car bon nombre de fois j’ai entendu parler de ce livre comme une oeuvre indispensable. Même si j’ai apprécié cette lecture, elle ne restera pas inoubliable pour moi. Le tour de force à mes yeux est d’avoir su écrire un roman de style philosophique à la manière de ceux du siècle concerné. L’intrigue est charmante, étonnante même, mais je ne suis pas pour autant restée ébahie au fil des pages.

Oui tout est formidablement bien construit, cette vision en hauteur de l’existence qui permet de donner un autre point de vue aussi bien à l’existence qu’au quotidien (les cultures, les besoins de tout un chacun), ce chant d’amour à la nature et cette incroyable débrouillardise / adaptation à un univers a priori peu propice à un être humain. Tout cela dénote d’un important sens de l’observation, d’une imagination fertile, dans un style agréable à lire et aux rebondissements présents, néanmoins cette liberté insensé- choix de vivre où on veut et de lire tout ce que l’on souhaite- n’a pas trouvé en moi l’écho que j’espérais en en entendant parler. Bref une micro déception.

Un avis bien opposé au mien, celui de Titine.

Le dernier coyote / Michael Connelly

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Michael Connelly - Le dernier coyote.Le dernier coyote / Michael Connelly.Traduit de l’américain par Jean Esch. Editions du Seuil, 1999. 378 pages

Suite à une grave altercation avec son supérieur, le lieutenant Harvey Pounds, l’inspecteur Harry Bosch est mis en congé d’office et sommé de consulter une psychologue afin de maîtriser son agressivité : sa réintégration au sein de la police de Los Angeles en dépend. Harry Bosch commence par refuser le traitement, puis, poussé à bout par ses questions, révèle au Dr Hinojos le secret qui le hante : sa mère, Marjorie Lowe, une prostituée, a été tuée alors qu’elle allait enfin l’extraire du centre où, tout petit enfant, on l’avait placé après l’avoir séparé d’elle.
Et, noud du problème, l’enquête de police qui aurait pu l’aider à accepter le réalité de ce meurtre n’a pas abouti. Libéré par cet aveu, Harry Bosch comprend alors que malgré l’interdiction d’enquêter qui le frappe, il doit retrouver celui qui lui a ravi l’amour de sa mère, et rouvre le dossier. Auteur, entre autres ouvrages, de Les Égouts de Los Angeles (prix calibre 38), La Blonde en béton, Le poète (prix Mystère), Créance de sang (grand prix de littérature policière 1999), etc., Connelly signe ici le livre le plus terriblement émouvant de sa série Harry Bosch.

Une part d’ombre, une agressivité mais un sens moral dans ses enquêtes, voici ce qui caractérise Harry Bosch. Electron libre qui se manifeste une nouvelle fois ; en dépit de ce repos forcé et de soins imposés, il voit là l’occasion d’enfin se plonger dans un dossier bien ancien resté au point mort des années plus tôt. Il va sans dire que les protagonistes, témoins etc ne sont plus tout à fait au rendez-vous, et il lui faut démêler bien des fils, des imprécisions, et personnages retors, mais Marjorie Lowe n’est autre que sa mère. Séparés par les services sociaux, elle lui avait certifié que très vite elle allait parvenir à le récupérer.

Quand les fils du destin font des noeuds, il faut de la patience – ce qui n’est pas toujours le point fort de notre héros- et surtout beaucoup de temps afin de parvenir à tout remettre d’aplomb. Du temps, il n’en m’en manque guère mais les entrelacements semblent toujours plus complexes au fur et à mesure qu’il parvient à en défaire un et comme mentionné, les années qui ont passé ne sont pas les meilleures alliées. Et pourtant, grâce à son expérience, d’un peu de chance aussi sans doute (si on peut l’appeler ainsi), à son culot et ses contacts, Harry Bosch  finira par résoudre ce meurtre. Bien entendu cette enquête nous fait penser à d’autres romans, mais le savoir-faire de Michael Connelly nous plonge dans un inédit et une fin que les plus perspicaces devraient avoir néanmoins du mal à trouver. Pour ma part, je me suis laissée prendre aux apparences. Eléments du quotidien de ce quasi anti-héros ou volonté de ne voir que des évidences, je ne sais pas vraiment mais le tout est bien mené, sans temps mort.

Dojoji et autres nouvelles / Yukio Mishima

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Yukio Mishima - .Dojoji et autres nouvelles / Yukio Mishima. Traduit de l’anglais par Dominique Aury (du japonais en anglais par Donald Keene,et Geoffrey W. Sargent). Folio, 2002.127 pages

De l’univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d’un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d’un Japon mythique, entre légende et tradition. D’une nouvelle à l’autre, les situations tendrement ironiques côtoient les drames les plus tragiques : que ce soit la jolie danseuse qui remet du rouge à lèvres après avoir renoncé à se défigurer avec de l’acide en souvenir de son amant, Masako, désespérée, qui voit son rêve le plus cher lui échapper, ou l’épouse qui se saisit du poignard avec lequel son mari vient de se transpercer la gorge… Quelques textes étonnants pour découvrir toute la diversité et l’originalité du grand écrivain japonais.

Oui je reprends mon bâton de pèlerin pour parler de nouvelles. Avantages et inconvénients de la forme pour la millième fois même si je comprends les détracteurs. Il est vrai que la forme courte permet à peine de s’immiscer dans une histoire, mais le talent de certains auteurs est tel qu’ils réussissent à créer une réelle unité, sans déception de la part du lecteur, une fois la 30aine de pages achevées. Et c’est bien le cas dans ces 4 histoires. J’ai choisi cette forme pour découvrir Yukio Mishima (pseudonyme de Kimitake Hiraoka) dont j’ignorais tout, alors que sa bibliographie présente une grande diversité, et je n’ai absolument pas été déçue.

J’ignore si cela est un trait commun à l’oeuvre mais au travers de ses 4 nouvelles on retrouve dans 3 des figures mythiques du Japon et notamment la geisha (présente dans 2 des oeuvres ici) mais également la force des traditions dans Patriotisme qui n’est pas sans m’avoir rappelé la fresque Shogun (livre et adaptation télévisuelle de mon adolescence) où on pouvait voir le suicide rituel japonais (seppuku) où La force des humbles d’Hiroshi Hirata.

J’ai aimé la justesse des termes, la précision des détails en dépit des courtes pages qui nous entraînent dans un univers traditionnel et parfois à la limite du fantastique pour les deux premières oeuvres ; en effet, tout semble pouvoir s’expliquer et pourtant les hasards dans Les sept ponts semblent assez incroyables. Yukio Mishima fait basculer toutes les situations d’un extrême à l’autre dans chacune de ses histoires. Ainsi la jeune danseuse prête à se défigurer, d’un simple coup de « baguette magique » décide de reprendre coup à la vie et un trait de rouge à lèvres lui suffit à se relancer dans l’existence. Des amitiés inébranlables ou des quasi inimitiés peuvent se trouver changer par un une petite perle.

Alors il est bien difficile de vous donner des arguments sur des nouvelles sans trop en dire, tout en souhaitant que vous puissiez ouvrir ce type de recueil. Alors je ne peux que vous écrire, pastichant une émission : Laissez-vous tenter 🙂

Virgin suicides / Jeffrey Eugenides

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Virgin suicides : Affiche

Virgin suicides / Jeffrey Eugenides. Traduit de l’américain par Marc Cholodenko. J’ai Lu, 2004. 223 pages.

Jeunes, belles et fragiles, les cinq filles Lisbon se suicident en l’espace d’une année. Difficile de comprendre ce qui se passe derrière les murs de la villa familiale: un quotidien étouffant, une mère plus sévère que les autres, une folie contagieuse… Des garçons du quartier, effrayés et fascinés, observent les filles s’effondrer une à une. Devenus adultes, ils s’interrogent encore.

Sans l’adaptation au cinéma par Sofia Coppola, j’ignore si ce roman serait arrivé jusqu’à nous (et aurait suscité ma curiosité). Elle lui a donné un second souffle et a permis la réédition de l’ouvrage et notamment en format poche qui se trouve entre mes mains aujourd’hui. Oui j’étais allée le voir à sa sortie et si j’avais été fascinée par sa lumière, la beauté de l’image d’une manière générale, je pense que j’étais restée assez insensible au thème x par 5. Pourtant le thème ne m’était pas inconnu, mais il n’avait pas encore le même écho en moi à cette époque. Le temps a passé et des proches se sont suicidés ce qui me fait appréhender le sujet d’une autre manière.

Comme ces jeunes garçons qui ont accumulé les indices cherchant à comprendre le pourquoi, comment les choses évoluent, sans comprendre… Bien entendu ce roman est poussé à un autre point puisque ce n’est pas le suicide d’une seule adolescente mais de toute une fratrie. Si, si… si leur jeune soeur n’était pas passée à l’acte, si le sujet n’avait pas été ressassé par les journalistes, si ce n’était pas les années 70, si leurs parents n’avaient pas été trop refermés sur eux-mêmes. En un court volume, Jeffrey Eugenides parle à la fois d’une époque révolue et pourtant vivace dans « sa mémoire », à l’image de ces garçons devenus hommes. Il cherche à comprendre comment le passage à l’acte est possible tout en nous présentant le monde des adolescents de ces années. Etions-nous si différents ? Le temps passe mais le mal être de cet âge reste présent.

Comme nous tous il n’a pas de réponses ; des pistes isolées et, nous narre avant tout l’éveil de ces jeunes gens, leurs espérances dans les gestes tendres et l’amour, le pouvoir de séduction. Les questionnements au seuil du monde adulte. Une fragilité immense au moment de ces changements aussi bien physiques, sensuels et cette remise en question de nos anciens modèles que sont nos parents. Pas de solution miracle, pas de réponses exactes , ni de vérité(s) concernant ces suicides, juste des pages sur des voisines, des jeunes filles éprises de la vie qui, pourtant, un jour, ont décidé de s’arrêter là.

Les ailes d’émeraude / Alexiane de Lys

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Alexiane de Lys - Les ailes d'émeraude.Alexiane de Lys - Les ailes d'émeraude Tome 2 : L'exil.

Les ailes d’émeraude. 2. L’exil. 3. L’île des secrets / Alexiane de Lys. Nouvelles plumes, 2014-2017. 698 + 492 + 496 pages

À 18 ans, Cassiopée est contrainte de quitter l’orphelinat dans lequel elle vit depuis ses 6 ans.  Seule au monde, l’adolescente est lâchée dans la ville. Alors qu’elle vient de se faire violemment agressée par deux inconnus, elle fait la connaissance du mystérieux et séduisant Gabriel. Grâce à lui, Cassiopée découvre sa véritable nature : elle fait partie des Myrnes, un peuple ailé doté d’incroyables pouvoirs sensoriels. En pleine métamorphose, la jeune fille se lance dans cet univers totalement nouveau avec l’espoir de percer, enfin, les mystères de son passé.

Le 1er volume de cette série composée de 3 tomes est sans doute le plus fouillé des 3, sans doute parce qu’il nous pose à la fois les personnages et nous fait entrer dans cet univers fantastiques créé par Alexiane de Lys. A l’image de sa jeune héroïne, Cassiopée, l’auteur a été bercée par les différentes sagas que nous connaissons tous et que l’on retrouve sous sa plume (sans plagiat, n’ayez crainte). Il s’agit avant tout d’une série destinée au public adulescent, et on retrouve quelques travers bien propres à ce style au travers la découverte des sentiments de son héroïne comme de ses amis. Ces laïus m’ont parfois paru un peu longuet dans le 1er volume mais ainsi que je l’indiquais, sa force réside dans la mise en place de l’intrigue et dans la succession des événements nouveaux qui empêchent le lecteur de se détourner de sa lecture, avide de connaître comment Alexiane de Lys va nous amener là où elle veut, les enchaînements de situations qui ne cessent de bousculer Cassiopée comme ses lecteurs.

L’auteur a su laisser libre cours à une fantaisie et à son imaginaire de manière assez plaisante dans l’ensemble que composent ces livres. Les personnages sont attachants et les thèmes de l’amitié, de la famille, de la solidarité et de la découverte de soi (sentiments, forces et faiblesses…) sont largement mis en avant. De personnages qui se sentaient ordinaires, elle fait des personnages extraordinaires mais qui présentent toujours une part de faiblesse qui peuvent se transformer en atout (le caractère de son héroïne par exemple, mais elle n’est pas la seule). En y ajoutant quelques animaux presque fabuleux et des pouvoirs sortant de l’ordinaire dans un univers glacé et inconnu, elle propose une saga qui se laisse lire et peut rivaliser sans honte avec des celles d’auteurs anglo-saxons.

PS : L’héroïne étant américaine, je ne ne pense pas que les frères Bogdanoff soient connus aux USA (mais je peux me tromper), par contre il est certain que cette référence est facile à comprendre pour tout lecteur français.