La petite boulangerie du bout du monde / Jenny Colgan

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Jenny Colgan - La petite boulangerie du bout du monde.La petite boulangerie du bout du monde / Jenny Colgan. Traduit de l’anglais par Francine Sirven, Eve Vila, Etienne Menanteau. Pocket, 2016. 494 pages

Quand son mariage et sa petite entreprise font naufrage, Polly quitte Plymouth et trouve refuge dans un petit port tranquille d’une île des Cornouailles. Quoi de mieux qu’un village de quelques âmes battu par les vents pour réfléchir et repartir à zéro ? Seule dans une boutique laissée à l’abandon, Polly se consacre à son plaisir favori : préparer du pain. Petit à petit, de rencontres farfelues – avec un bébé macareux blessé, un apiculteur dilettante, des marins gourmands – en petits bonheurs partagés, ce qui n’était qu’un break semble annoncer le début d’une nouvelle vie…

Les chapitres se dévorent non sans déplaisir. Bien entendu quand vous avez lu dans les 30 premières pages, par trois fois combien pétrir la pâte à pain est un bonheur sans nom pour Polly + le titre du roman, pas besoin d’être devin pour savoir de quoi son futur sera fait. Qui plus est lorsque nous découvrons en sa compagnie que la boulangerie de l’île où elle s’est installée n’est pas digne de ce nom. Vous l’aurez compris il n’y a guère de surprise dans ce roman où tout semble évident : notre jeune héroïne en reconstruction, si jolie, est susceptible de faire battre bien des coeurs et notamment celui de deux hommes qui ne semblent pas insensibles à son naturel comme à ses fournées.

L’ensemble du roman est assez bien réussi même si les derniers chapitres se perdent un peu dans le mélo et un peu de tout (pour mieux faire sourire le lecteur ?). Jenny Colgan fait la part belle à la nature qu’il s’agisse de la terre ou de la mer. Elle rappelle avec force que l’homme n’est rien face aux éléments naturels et semble vouloir parler avec sincérité de la vie de ses petits pêcheurs. Elle sait glisser de l’humour ici ou là par le personnage du macareux qui prend une place particulière dans la vie de sa jeune héroïne, notamment. Bref elle sait construire ses histoires qui si elles ne sont pas inoubliables, se lisent avec plaisir et vous permettent de trouver l’espoir après les échecs.

Sympathique, davantage un roman d’été, mais pourquoi pas bien au chaud avec les frimas et le vent qui nous bousculent un peu ces derniers temps.

L’avis de Myprettybook, Mots de Marion,

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Le jour où j’ai appris à vivre / Laurent Gounelle.

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Laurent Gounelle - Le jour où j'ai appris à vivre.Le jour où j’ai appris à vivre / Laurent Gounelle. Pocket, 2016.285 pages.

Imaginez : vous vous baladez sur les quais de San Francisco un dimanche, quand soudain une bohémienne vous saisit la main pour y lire votre avenir. Amusé, vous vous laissez faire, mais son regard se fige, elle devient livide. Ce qu’elle va finalement vous dire, vous auriez préféré ne pas l’entendre. A partir de là, rien ne sera plus comme avant, et il vous sera impossible de rester sur les rails de la routine habituelle.
C’est ce qui va arriver à Jonathan. A la suite de cette rencontre troublante, il va se retrouver embarqué dans une aventure de découverte de soi ponctuée d’expériences qui vont changer radicalement sa vision de sa vie, de la vie…

Il est certain que l’esprit du livre est positif. C’est là son objectif premier : nous montrer les vraies valeurs, prendre en compte la nature de chacun et trouver la force de s’épanouir en dépit de notre société de consommation à outrance. Mais avant de délivrer ce message, je dois avouer que certains passages m’ont paru abscons notamment les discussions sans fin de Jonathan avec sa tante. J’ai trouvé cela bien poussif et je me demande s’il ne s’agit pas en quelque sorte d’une caution intellectuelle au but premier de ce roman. En effet, nul besoin de grandes démonstrations métaphysiques puisque le personnage de Laurent Gounelle va nous démontrer que l’on peut vivre autrement en étant plus heureux.

Bon tout cela reste néanmoins tributaire de l’étendue de votre portefeuille et son héros va en prendre conscience. Mais, un peu à l’image de nos politiciens en ce moment le message est clair : une baisse de revenus d’abord avec en compensation un état moral bien meilleur pour un résultat final optimal à tous les niveaux.

J’imagine bien que ce roman a été écrit avant tout pour donner de l’énergie à tout un chacun et que cet écrit entre bien dans la catégorie « feel-good ». On comprend le succès qu’il a rencontré en dépit des remarques que j’ai souligné. La force réside également que les personnages annexes (et certains le sont moins qu’il n’y parait), qui confirment bien que la bonté du geste peut suffire à nous rendre plus heureux. Cela reste un roman mais qui nous rappelle qu’un peu de gentillesse ne nuit pas et que voir les aspects négatifs est plus aisé que d’essayer de voir le bon côté des choses. Alors autant que possible, il ne faut pas attendre  pour exprimer ses sentiments à ses proches et essayer de prendre la vie plus positivement.

Suisen / Aki Shimazaki

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Aki Shimazaki - Suisen.Suisen / Aki Shimazaki. Leméac/Actes Sud, 2016. 159 pages
Chef d’entreprise prospère, marié et père de famille censément comblé, Gorô se voit contraint de reconsidérer l’équilibre de son existence et de se regarder en face le jour où toutes ses convictions sont ébranlées.

Si beau soit les textes de Aki Shimazaki à l’image des couvertures choisies, ces pépites sont courtes, bien difficiles à résumer et à donner envie sans déflorer l’histoire, tout en trouvant les mots justes qu’elle-même cisèle si parfaitement. Du coup, j’avais déjà hésité à vous parler de Hôzuki , craignant de ne pas exprimer correctement le ressenti, de sembler faire du remplissage. Mais tout était tellement une réussite que je m’en serais voulu de ne pas vous faire partager mes lectures de cette auteur. Une nouvelle fois, je me lance, même si ce billet va sans doute être bien court.

C’est à un mini séisme que nous invite l’auteur, non pas de nature géologique mais personnelle car Gorô, son personnage principal, présenté comme un homme ayant tout réussi et fier de lui-même comme de ses relations va voir son étoile, ses affaires et sa vie familiale s’étioler sous nos yeux. Tout s’enchaîne, et, il a beau essayer de se rattacher à tout ce qu’il peut, rien ne va comme il le souhaiterait, comme il le vivait dans ses pensées. Aki Shimazaki a l’intelligence de ne pas seulement nous faire assister seulement à cette débâcle, mais elle nous permet d’en savoir davantage sur cet homme, son enfance et sa construction. Tout cela, elle le relie avec une cravate : élément essentiel pour cet homme. Mais celle-ci est abandonnée depuis longtemps, car trop…. jaune, d’une qualité trop mauvaise à son goût, mais son motif de narcisses le renvoie aux choix de vie qu’il a fait et l’incite à partir à la recherche de celle qui lui a offerte. Etait-il plus heureux à cette époque ? Qu’attendait-il de la vie ? Bons ou mauvais choix de vie ?

Si cet homme n’est pas attachant, en nous le racontant de manière plus intime, plus juvénile, en le plongeant dans l’abandon, Aki Shimazaki nous fait nous intéresser à lui.

Si je n’ai pas su trouver les mots, ceux de Marine Landrot y parviendront peut-être

Merci à Karine et Yueyin pour ce nouveau fabuleux Mois de « Québec en Novembre »

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L’année la plus longue / Daniel Grenier

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L’année la plus longue / Daniel Grenier. Le Quartanier, 2015. 431 pages.

Thomas Langlois, né comme son aïeul Aimé Bolduc un 29 février, ne fête son anniversaire qu’une fois tous les quatre ans. A la grande joie de son père, cette particularité fait de lui un « leaper », être original dont l’organisme vieillit quatre fois plus lentement que le commun dés mortels. A l’instar d’Aimé, Thomas traversera-t-il les âges et les époques aussi aisément que les paysages ? En suivant les vies de ces deux personnages d’exception, de Chattanooga à Montréal, L’année la plus longue traverse près de trois siècles de l’histoire de l’Amérique.

J’ai, de prime abord, été déstabilisée par le style utilisé par Daniel Grenier. Je me demandais s’il allait réussir à choisir son type de narration, à savoir : une narration directe ou pas car tantôt ses personnages s’exprimaient tantôt c’est par un « Il » qu’il les présentait. Ajoutons à cela un discours concernant le 29 février et la vision d’une date magique, mêlant les astres etc, quand au début de son récit il laisse Albert parlait avec son fils Thomas. Bref je m’interrogeais si la lassitude allait poindre ou pas ?

Et bien je me suis laissée prendre au jeu. Bien que l’auteur ait opté pour un style de narration non linéaire concernant son personnage d’Aimé, nous plongeant dans une période contemporaine, pour revenir à la guerre de Sécession, en passant par les plaines d’Abraham (et j’en passe), je l’ai laissé découdre ses fils et ai suivi la vie sans fin d’Aimé. Est-ce dans cette partie centrale ? Oui sans doute vu la thématique majeure, une filiation avec Allan Poe m’est venue. Le rapport me diront les esprits critiques ou connaisseurs ? Et bien l’aspect fantastique, les explications de son descendant, Albert, son idée que son propre fils peut, à son tour, connaître un chemin de vie similaire. Bref j’ai adhéré à ce roman sans totalement adorer. Mais j’ai particulièrement apprécié, pour son originalité, cette pirouette finale concernant Thomas et son existence, toujours lié à Aimé.

Alors oui, comme je l’ai mentionné certains choix de l’auteur ne m’ont pas totalement convaincu et c’est vrai qu’il parle de l’histoire du Québec de manière bien succincte (qui a frustré certains lecteurs parfois), mais s’il ne fait qu’évoquer c’est pour mieux nous montrer la richesse de la vie d’Aimé, les péripéties de son existence, et ses choix et traces qu’il laisse au cours du temps.

Une curiosité dans laquelle je ne me serais sans doute pas plongé sans l’intervention de Karine:), une nouvelle fois. Merci !

Pourquoi pars-tu, Alice ? Nathalie Roy

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Pourquoi pars-tu, Alice ?https://i0.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpg

Pourquoi pars-tu, Alice ? Nathalie Roy. Libre Expression, 2017. 300 pages

Alice Dansereau, quarante-trois ans, en fait trop pour tout le monde : épouse attentionnée, mère exemplaire, bénévole impliquée, enseignante dévouée, gestionnaire de la maisonnée, coursière, chauffeuse de taxi, etc. Lorsque son conjoint annule à la dernière minute leur voyage d’amoureux, elle prend une décision qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir assumer : tout laisser derrière pour s’offrir un moment à elle. Avec pour seul bagage sa carte de crédit, ses lunettes de soleil et son cellulaire, elle s’enfuit sur le scooter de sa fille. Combien de temps sera-t-elle absente? Jusqu’où ira-t-elle? Elle l’ignore pour l’instant, mais en traversant le pont Pierre-Laporte en direction de la route 132 Est, elle sait qu’elle devra faire le point sur sa vie et sur son avenir. Des centaines de kilomètres plus loin, et au fil de rencontres inattendues, Alice réalise qu’elle s’est longtemps oubliée. Elle se découvre passionnée, un peu rebelle, et aura envie d’exploser. Cet été sur la route changera sa vie à jamais.

Ce roman commençait assez bien pour moi mais je n’ai finalement pas trouvé ce que j’y cherchais / souhaitais lire. Et oui, souvent on se fait des idées et l’auteur parvient à répondre à nos attentes ou à nous entraîner là où on ne l’attendait pas mais l’originalité fait que l’on adhère à ses idées, son style etc. Mais cette fois cela n’a absolument pas fonctionné pour moi.

Qu’est-ce-je t’attendais ? Je l’ignore moi-même mais l’instant de rébellion passée, le folie douce de partir en scooter m’avait fait espérer davantage qu’un pâle remake d’histoires somme toute banales, même si Nathalie Roy y ajoute un conflit familial avec la soeur de l’héroïne, un groupe de jeunes qui l’invitent à se produire sur scène au cours d’une festival, et tente d’épicer le tout ici ou là de quelques anecdotes croustillantes. Sur une excellente idée : la remise en question de la ménagère, mère trop à la disposition de ses proches et de son travail, qui décide de se lancer seule dans une escapade improvisée et de remettre à plat sa vie, l’auteur refait quasi une banale crise de la quarantaine.

Le point le plus positif pour moi fut de refaire avec son héroïne une partie de la route que j’ai suivi lors de ma première visite québécoise et de mon rapide tour de la Gaspésie. J’y ai retrouvé des instantanés, des visuels, même si la saison n’était pas la même.

Comme je le dis parfois : à lire à la plage, sans rien en attendre.

La maison des Turner / Angela Flournoy

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Angela Flournoy - La maison des Turner.La maison des Turner / Angela Flournoy. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut. Les Escales éditions,2017. 346 pages.

Partez à la rencontre de la famille Turner : treize frères et soeurs qui se chamaillent et qui s’aiment passionnément. Unanimement salué par la critique, La Maison des Turner inaugure le renouveau du grand roman américain. Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père. Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là. Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent.

Je suis tombée totalement sous le charme de l’écriture d’Angela Flournoy. Elle nous fait vivre à travers cette famille de noirs américains l’ascension et la chute de Détroit en parallèle de l’existence des parents Turner. Nous plongeant dans cet univers familial alors que Viola vit ses derniers moments entourée comme depuis toujours par ses proches mais sans pathos excessif. Bien entendu tous ses enfants s’interrogent sur le devenir de La Maison, plombée par les subprimes et dans un quartier qui ne fait que chuter. Mais comment enrayer cela ? Plusieurs membres de la famille cherchent des solutions plus ou moins légales parfois, ce qui nous permet de nous immiscer dans leurs souvenirs liés à cette bâtisse.

Si l’on suit cette histoire avant tout au travers des yeux des 2 membres extrêmes de la fratrie, Cha-Cha, l’ainé et Lelah, la cadette, l’auteur nous narre sans jamais nous perdre le fil de l’existence de leurs parents : quand leur père est arrivé à Détroit, laissant Viola seule avec Cha-Cha. Cette insertion du passé dans les quelques semaines de narration va nous permettre d’en apprendre à la fois davantage sur eux, sur leur passé et sur une certaine forme de réussite liée à l’achat de cette maison. Viola et Francis, son mari n’étaient pas des saints, ni l’un ni l’autre, la vie n’a pas toujours été rose mais leur attachement à leur famille était réel. Ils ont su créer ces liens que l’on retrouve aujourd’hui dans l’existence des Turner. Depuis la disparition de leur père, et par son statut d’aîné, Cha-Cha est perçu comme le chef de cette famille très élargie. Si jusque-là il ne regardait pas cela comme un fardeau, l’âge, et la prochaine disparition des piliers que sont sa mère et cette maison l’entraîne vers autre chose. Cha-Cha se cherche. Mais il n’est pas le seul car sa plus jeune soeur continue de se perdre. Le jeu est sa passion. C’est avec son expulsion que débute cet ouvrage.

Alors que tous deux tentent une introspection, ou essaient de comprendre des traces de leur passé, les secrets familiaux éclairent d’un nouveau jour certains actes ou propos : une histoire de fantôme prédomine (qui peut faire tiquer les plus sceptiques, même si pour moi il s’agit davantage d’une allégorie). La famille, les rivalités entre frères et soeurs, la vieillesse sont quelques-uns des thèmes majeurs de ce 1er roman, bien écrit et qui se lit plus facilement encore grâce à l’arbre généalogique disponible en début d’ouvrage. Bien entendu vu le nombre d’enfants et le choix de l’auteur de s’attacher à certains plus qu’à d’autres alors que leurs personnalités semblent toutes intéressantes on pourrait se sentir un peu léser, mais le choix s’avère assez judicieux et permet de fermer la boucle de ce roman.

Autour d’elle / Sophie Bienvenu

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Sophie Bienvenu - Autour d'elle.Autour d’elle / Sophie Bienvenu. Le cheval d’août, 2016. 207 pages.

En 1996, une adolescente de seize ans accouche d’un garçon dans l’anonymat d’un hôpital de Montréal. Autour d’elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d’une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire. Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban : de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d’humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé. Roman choral fabuleusement incarné, Autour d’elle explore les liens qui nous unissent et l’amour dans toutes ses manifestations, que ce soit celui qu’on perd, celui qui fait vivre, celui qui détruit ou celui qu’on retrouve.

Tout commence par un éveil. Lorsqu’un adolescent de son âge rencontre Florence Gaudreault, il lui fait prendre conscience de sa féminité. Les choses s’accélèrent entre eux et Florence va se découvrir enceinte. Alors que son univers familial explose, que cette relation est sans suite, elle va faire des choix. Le 1er sera d’abandonner son enfant. Mais ces primes éléments évoqués, nous allons les découvrir au détour de portraits croisés, comme la suite de cette histoire.

Hommes et femmes qui croisent indistinctement Florence et son fils qui a été adopté. Chaque chapitre nous renvoie à l’un ou l’autre, mais nous ne savons jamais à l’avance de quoi il sera fait car il narre également des instantanés de l’existence d’autres personnes, bien souvent des êtres tout aussi sensibles que nos deux protagonistes, qui, eux-aussi, se trouvent confrontés à des choix qui bien souvent résonnent comme un écho proche ou lointain de ces deux êtres.

Toute la magie de ce roman est là. Sous quels traits, quel âge ou quel va être le lien ? Les mots sont sensibles et parlent de destins, de choix de vie. Tour à tour sont abordés la solitude, la violence conjugale, l’abandon du domicile conjugale, la jalousie, la fraternité, la peur du nourrisson…. Oui cela peut sembler incroyable au vu de ses 200 pages, mais c’est bien là que réside la force et le plus incroyable dans les choix faits par Sophie Bienvenu, c’est que tout se tient. Et le lecteur attend avec impatience de comprendre le lien si ténu soit-il. Bien entendu il attend également la chute : réunion de la mère et de son fils ? Rejet, retrouvaille ? Avec beaucoup de sensibilité, l’auteur change la donne et crée une fin bien différente que celle à laquelle on s’attendait. Et, elle va clore la boucle d’une manière inattendue : quand l’amitié s’en mêle…

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Etincelle / Michèle Plomer

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Michèle Plomer - Etincelle.Etincelle / Michèle Plomer. Editions Marchands de feuilles, 2016. 306 pages

A Shenzhen, par un soir tranquille, une jeune Chinoise déballe les ingrédients requis pour la préparation d’un mapo dofu. Délicatement, elle tranche les légumes en rondelles égales, l’esprit à demi tourné vers la voix de Leonard Cohen, en trame de fond dans son logement de fonction. Quand s’évanouissent les dernières notes de Suzanne, la jeune femme tourne le bouton de la cuisinière pour allumer le gaz.
Et tout saute. Etincelle raconte une tragédie. Le combat de la belle Song, une brûlée vive, littéralement suspendue entre la vie et la mort. Douleur trop grande pour tenir dans un corps. Pourtant, le courant qui porte cette histoire n’est pas la noirceur, mais l’amour. L’amour de son amie québécoise hantée par un sentiment de culpabilité, qui achemine à Song des mots doux par les ondes d’un walkie-talkie.
L’amour d’un père éploré qui cuisine des soupes de nids d’hirondelles pour sa fille sur deux ronds électriques dans une antichambre de l’Hôpital du Peuple. Celui d’une mère à Magog qui, l’oreille vissée à son téléphone, réclame des nouvelles. Ce récit nous transporte d’un restaurant russe de Hong Kong à un temple sculpté à même le roc de la Chine profonde, en passant par les Cantons-de-l’Est du Québec.

C’est grâce à Karine:) que j’ai eu la chance de lire ce magnifique ouvrage de Michèle Plomer. Une très belle histoire d’amitié, de femmes, qui se déroule en Chine ; ce roman avait vraiment tout pour me plaire et, ce fut, en dépit de la dureté du propos, un délice.

J’ai réellement tout aimé dans ces pages : aussi bien la narration de Michèle sur l’enseignement, sa vie, son quotidien, ses relations professionnelles comme personnelles. Son engagement amoureux et ses « drôles » de relations avec sa belle-mère et son beau-fils totalement à l’opposé de celles qu’elle va tisser par sa présence sans faille auprès de son amie Song, dans ce que l’on pourrait percevoir au début de cette histoire, comme l’antichambre de la mort, avec les proches de son amie.

La jeune femme blanche expatriée, avide d’échanges, de partages du quotidien de cette Chine qu’elle aime en dépit de ses incompréhensions ou ignorances va se trouver bousculer dans son savoir face à une situation dont elle n’est quasi que simple spectatrice alors qu’au fonds d’elle-même la culpabilité la ronge : ce repas préparé par son amie était celui de sa fête et elle imagine fort bien que ce corps de souffrance pourrait /devrait être le sien. Et le combat de son amie devient encore plus le sien quand il s’agit de prendre à bras le corps l’inertie de l’université, le rejet de la faute sur l’être humain, en l’occurrence sur son amie Song, le régime étant au-dessus de tout un chacun et le parti communiste n’acceptant pas que l’erreur puisse être sien.

Michèle apprend pendant que Song lutte, aider par sa famille, ses amis, dans un hôpital où la misère et la souffrance sont le lot quotidien de tous ses ouvriers qu’elle croise en se rendant à son chevet. L’université l’avait préservée de cette facette, de cette misère et archaïsme qu’elle prend en plein coeur.

Elle qui croyait avoir appris à connaître la Chine va découvrir un autre univers, le milieu rural d’où est issue son amie, des traditions ancestrales, des combats inégaux avec le pouvoir comme avec ce traitement des grands brulés. Pas à pas, elle nous raconte ses dilemmes, son quotidien, celui de Song et son acharnement à revivre, à faire renaître son corps, sa féminité et son désir. Elle se remémore les moments privilégiés qu’elles ont passé ensemble comme ses journées insouciantes. Chapitre après chapitre, les instantanés s’affichent, sa belle histoire prend d’autres couleurs, une autre version/vision se dévoile.

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Nikolski / Nicolas Dickner

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Nikolski / Nicolas Dickner. Alto, 2005. 322 pages

À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et un narrateur non identifié quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences. Nicolas Dickner aime enchevêtrer les récits et les images avec une minutie qui frôle parfois celle d’un zoologue fêlé. Dans Nikolski, il prend un malin plaisir à rassembler des archéologues vidangeurs, des flibustiers de tous poils, des serpents de mer, plusieurs grands thons rouges, des victimes du mal de terre, un scaphandrier analphabète, un Commodore 64, d’innombrables bureaux de poste et un mystérieux livre sans couverture. Un récit pluvieux, où l’on boit beaucoup de thé et de rhum bon marché.

3 destins, 3 jeunes gens en quête de leur histoire, de leur famille et de leur destin. On pourrait croire qu’ils ne font que se croiser au détour d’une adresse commune, de connaissances ou d’une librairie d’occasions mais ces liens sont beaucoup plus fins que cela. Mais tout cela ils l’ignorent et seul le lecteur va détenir tous les fils de leur existence, si ténus soient-ils parfois, quasi invisibles à l’oeil nu. Quelle chance nous avons et quel bonheur de découvrir tout cela.

Proches et lointains mais des personnalités originales et sensibles que Nicolas Dickner sait rendre à merveille. Au fil des pages l’intérêt pour ces 3 personnages invitent le  lecteur à s’interroger toujours plus sur leurs liens, leur devenir et leur quotidien.

Un soupçon de fantaisie grâce à des histoires à la fois quasi féérique et beaucoup de réalisme. Nicolas Dickner sait à merveille susciter l’intérêt et nous entraîner à sa suite et nous plonger dans la vie de ses personnages et de son imaginaire, tout en gardant les pieds sur terre lorsqu’il nous parle de notre société de consommation, des déchets de notre quotidien ou de tout ce qui est perçu comme tel.

Une très belle lecture, une découverte et une furieuse envie de poursuivre mes lectures des écrits de Nicolas Dickner.

Hôzuki / Aki Shimazaki

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https://i1.wp.com/moncoinlecture.com/wp-content/uploads/2017/10/Qu%C3%A9bec-en-novembre-2017.jpgAki Shimazaki - Hozuki.Hôzuki / Aki Shimazaki. Léméac – Actes Sud, 2015. 138 pages.

Mitsuko tient une librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d’assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l’établissement. Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l’un par l’autre.
Sur l’insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu’elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l’équilibre de sa famille. Aki Shimazaki sonde ici la nature de l’amour maternel. Tout en finesse, elle en interroge la fibre et la force des liens.

Une couverture magnifique tout en finesse qui renferme un texte tout en délicatesse teinté parfois d’une certaine crudité à peine esquissée. C’est donc un ouvrage ciselé au sens le plus noble du terme que nous propose Aki Shimazaki. 138 pages où chaque mot est pesé, réfléchi à l’image de cette femme Mitusko et de l’enseigne de sa librairie dont les idéogrammes peuvent se lire de différentes manières. L’auteur confronte différents univers, qu’il s’agisse de la différence de classes de ses deux femmes, des deux mondes dans lequel évoluent Mitsuko. Le vendredi elle devient entraîneuse mais tout en côtoyant une élite qui lui permet de retrouver les échanges intellectuels et une vie totalement différente de son quotidien.

Cette femme est à l’image de sa mère dont la finesse du travail est soulignée ou de son fils dont les handicaps ne l’empêchent d’aucune manière de développer des relations humaines et intellectuelles. Une famille qui présente une facette mais qui peut proposer une tout autre version pour un peu que la réflexion, la discussion s’engage.

En quelques brefs traits, Aki Shimazaki nous dresse des univers disparates au sein même d’une même famille. Elle va nous montrer tout au long de cet opus la nature de l’amour maternel à travers deux portraits de femme, deux mères que tout semble opposer, réunies par la tendre relation de deux enfants. Mais au fil des pages les liens vont se tendre et se croiser d’une manière bien inattendue, avec grâce et un style prenant.

A découvrir puis, à relire pour le plaisir. Une pure merveille à mes yeux.