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Samantha Bailly - Les stagiaires.

Les stagiaires / Samantha Bailly. Milady, 2014. 350 pages

Leur seul point commun : ils rêvent de travailler chez Pyxis, entreprise spécialisée dans l’édition de mangas et de jeux vidéo, pilier dans le secteur de l’industrie créative. Une réalité s’impose rapidement : beaucoup de candidats, peu d’élus. Désormais, le stage est devenu une étape obligatoire pour ces jeunes qui sont à la croisée des chemins dans leurs vies professionnelles et affectives. Provinciale tout juste débarquée, Ophélie a laissé derrière elle petit ami et logement, et doit faire face aux difficultés de la vie parisienne.
Etudiant en école de commerce, Arthur est tiraillé entre les grands projets qu’on a pour lui et son envie de mettre la finance entre parenthèses. A leurs côtés, Alix, passionnée de mangas, ne jure que par ses sagas favorites, et Hugues, graphiste, teste ses limites dans les soirées électro… Dans une atmosphère conviviale, travail et vie privée s’entremêlent. Pourtant, une question demeure en fond sonore : qui restera ?

Scoop : la vie d’un stagiaire est un enfer !¨Pardon pour cette note d’ironie. Car si Samantha Bailey décrit parfaitement les comportements parfois abusifs de certains responsables, collaborateurs envers une main d’oeuvre exploitable à merci et pour peu cher, je voudrais rappeler que la vie en CDD ou en CDI n’est pas forcément rose. Oui je comprends bien le but (de l’ouvrage également) et le dilemme de ces jeunes arrivant sur le marché du travail, souhaitant finaliser leurs études via un stage intéressant et propre à montrer leur efficacité et à démontrer ensuite à un futur employeur qu’ils ont de l’expérience. Oui il est difficile de vivre à Paris avec une rémunération dérisoire, ne représentant même pas le prix d’un loyer. Tout cela je l’ai vécu et je le vois au quotidien dans mon travail (même si les stagiaires y sont mieux payés). Anecdote récente : dire à un stagiaire de rentrer chez lui en taxi, sans lui donner le moindre fifrelin, sans se soucier qu’il n’y ait plus personne à l’accueil pour lui commander un taxi (nous avons des partenariats) et ne pas s’inquiéter de la manière dont il va pouvoir se faire rembourser ensuite (ajoutons une petite charge administrative de travail à cette personne).

Juste pour rappeler que s’il ne s’agit que d’une histoire inspirée d’expériences, le quotidien pour un employé est parfois assez similaire, la considération est du même ordre d’idée. Des exemples j’en ai à foison et bien que j’ai occupé des postes à différents niveaux de fonction, la gestion reste assez similaire si vous ne faîtes pas partie de la grande équipe dirigeante.

Alors oui ce roman a le mérite d’exister, de ne pas totalement se prendre au sérieux, de montrer les mondes très différents des stagiaires en s’appuyant davantage sur le quotidien de la petite provinciale, non aidée par ses parents et ce jeune homme issu d’un milieu aisé, qui peut faire tous les stages  du monde et venir et rentrer en taxi tous les jours s’il le souhaite. J’ai particulièrement aimé les passages dans l’open space qui me parlent déjà et vont encore plus me parler : notre direction souhaitant pour une meilleure synergie entre les équipes administratives nous réunir dans un grand espace conviviale. A nous les casques, les conversations via messageries et portables… (tout est dans ce livre, notamment pp. 149-150 et l’Epilogue).

Que peuvent dire ces stagiaires à leurs employeurs : rien. Rare sont les stagiaires ou les employés d’une manière générale, qui osent réfuter, refuser des tâches, des horaires de dingue ou des pauses déjeuners annulées. En effet, tous les jours les media vous rappellent le nombre de chômeurs qui attendent votre poste. Fort heureusement ce livre n’est pas aussi plombant que mes propos (oui je vous rassure j’aime mon boulot et m’y rend avec plaisir en dépit de), et reste une lecture facile et contemporaine. Ce n’est pas un coup de coeur mais il pourra sans aucun doute vous parler du monde du travail comme des professionnels qui nous entourent.

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