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Michèle Plomer - Etincelle.Etincelle / Michèle Plomer. Editions Marchands de feuilles, 2016. 306 pages

A Shenzhen, par un soir tranquille, une jeune Chinoise déballe les ingrédients requis pour la préparation d’un mapo dofu. Délicatement, elle tranche les légumes en rondelles égales, l’esprit à demi tourné vers la voix de Leonard Cohen, en trame de fond dans son logement de fonction. Quand s’évanouissent les dernières notes de Suzanne, la jeune femme tourne le bouton de la cuisinière pour allumer le gaz.
Et tout saute. Etincelle raconte une tragédie. Le combat de la belle Song, une brûlée vive, littéralement suspendue entre la vie et la mort. Douleur trop grande pour tenir dans un corps. Pourtant, le courant qui porte cette histoire n’est pas la noirceur, mais l’amour. L’amour de son amie québécoise hantée par un sentiment de culpabilité, qui achemine à Song des mots doux par les ondes d’un walkie-talkie.
L’amour d’un père éploré qui cuisine des soupes de nids d’hirondelles pour sa fille sur deux ronds électriques dans une antichambre de l’Hôpital du Peuple. Celui d’une mère à Magog qui, l’oreille vissée à son téléphone, réclame des nouvelles. Ce récit nous transporte d’un restaurant russe de Hong Kong à un temple sculpté à même le roc de la Chine profonde, en passant par les Cantons-de-l’Est du Québec.

C’est grâce à Karine:) que j’ai eu la chance de lire ce magnifique ouvrage de Michèle Plomer. Une très belle histoire d’amitié, de femmes, qui se déroule en Chine ; ce roman avait vraiment tout pour me plaire et, ce fut, en dépit de la dureté du propos, un délice.

J’ai réellement tout aimé dans ces pages : aussi bien la narration de Michèle sur l’enseignement, sa vie, son quotidien, ses relations professionnelles comme personnelles. Son engagement amoureux et ses « drôles » de relations avec sa belle-mère et son beau-fils totalement à l’opposé de celles qu’elle va tisser par sa présence sans faille auprès de son amie Song, dans ce que l’on pourrait percevoir au début de cette histoire, comme l’antichambre de la mort, avec les proches de son amie.

La jeune femme blanche expatriée, avide d’échanges, de partages du quotidien de cette Chine qu’elle aime en dépit de ses incompréhensions ou ignorances va se trouver bousculer dans son savoir face à une situation dont elle n’est quasi que simple spectatrice alors qu’au fonds d’elle-même la culpabilité la ronge : ce repas préparé par son amie était celui de sa fête et elle imagine fort bien que ce corps de souffrance pourrait /devrait être le sien. Et le combat de son amie devient encore plus le sien quand il s’agit de prendre à bras le corps l’inertie de l’université, le rejet de la faute sur l’être humain, en l’occurrence sur son amie Song, le régime étant au-dessus de tout un chacun et le parti communiste n’acceptant pas que l’erreur puisse être sien.

Michèle apprend pendant que Song lutte, aider par sa famille, ses amis, dans un hôpital où la misère et la souffrance sont le lot quotidien de tous ses ouvriers qu’elle croise en se rendant à son chevet. L’université l’avait préservée de cette facette, de cette misère et archaïsme qu’elle prend en plein coeur.

Elle qui croyait avoir appris à connaître la Chine va découvrir un autre univers, le milieu rural d’où est issue son amie, des traditions ancestrales, des combats inégaux avec le pouvoir comme avec ce traitement des grands brulés. Pas à pas, elle nous raconte ses dilemmes, son quotidien, celui de Song et son acharnement à revivre, à faire renaître son corps, sa féminité et son désir. Elle se remémore les moments privilégiés qu’elles ont passé ensemble comme ses journées insouciantes. Chapitre après chapitre, les instantanés s’affichent, sa belle histoire prend d’autres couleurs, une autre version/vision se dévoile.

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