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Les sangs / Audrée Wilhelmy. Grasset, 2015. 192 pages

Un manoir obscur et fascinant, dans une cité hors du temps. Celui qu’on appelle l’Ogre attire à lui des proies presque consentantes pour les aimer puis les tuer. Mais d’où viennent ces femmes ? Pourquoi se donnent-elles à lui ? Elles le racontent dans les carnets qu’elles laissent derrière elles et que Féléor assemble en un curieux livre – ses Sangs. Mercredi, Constance, Abigaëlle, Frida, Phélie, Lottä, Marie : sept femmes, et autant d’expériences du désir et de la mort, sept écritures qui disent la féminité, le narcissisme, la soumission tantôt feinte, tantôt amusée.  Polyphonique et amorale, poétique et sulfureuse, cette réinterprétation virtuose du conte de Barbe bleue, par Audrée Wilhelmy, n’est pas pour les enfants.

Alors Karine:) avait écrit que c’était particulier, la couverture parlait de Barbe Bleue, mais voilà… je suis entrée dans la narration de Mercredi avec une bribe d’hésitation puis me suis laissée gagner par ma lecture, en quête de ce fameux ogre que je devinais mais qui ne faisait guère peur, cette jeune femme semblant beaucoup plus au fait des jeux de la séduction et amoureux que lui. Et puis, Féléor (l’ogre, le nouveau Barbe Bleue) s’est fait l’écho du journal de cette femme, et une facette du personnage à commencer à se construire.

7 histoires basées sur le même processus : courte présentation de la femme, ses écrits qui nous parlent d’elle, de cet homme, de leurs relations tantôt amoureuse, tantôt expérimentale et, en guise de conclusion, un certain point de vue, la vision de Féléor.

Oui ces narratrices n’ont pas le même style, l’une d’entre elle refuse de coucher sur le papier cette attente de l’intime, de la mort. Tantôt incroyable, limite de l’insolence, du sadisme, ces narrations conduisent toutes à la disparition, volontaire ou non, de ces femmes. Mais ces femmes ont aimé Fédéor ou le statut qu’il leur apportait et, elles nous permettent de le suivre de sa vie d’adolescent jusqu’à l’aube de sa vieillesse. Un homme – des femmes et le début d’une légende, de craintes ou de tentations. C’est tout cela qui se dégage de ce court roman qui choquera peut-être certains lecteurs mais qui m’a entraîné dans une lecture rapide et quasi ininterrompue, me demandant à chaque fois (non par voyeurisme, rassurez-vous), quels seraient les désirs (sensuel, douleur) de la prochaine, mais également comment elle concevrait sa mort. Car très vite l’une après l’autre elles savent quel sera leur destin et, Fédéor laisse leur imagination lui souffler leur destin.

Irrévocablement pour adultes. A découvrir avec quelques messages d’avertissements, mais indéniablement bien troussé à mes yeux.

Le billet d’Enna,

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