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AmericaDavid Grand - Mount Terminus.

Mount Terminus / David Grand. Traduit de l’anglais (Etats-Unis ) par Bernard Hoepffner. Editions du Seuil, 2016. 414 pages

Mount Terminus : un promontoire rocheux à la frange du désert Mojave en Californie. A son sommet, une villa bâtie aux temps des conquêtes espagnoles, dont les dédales regorgent de secrets. Délimitant la vaste propriété, d’extraordinaires jardins à la végétation luxuriante. Au-delà : rien. Un désert balayé par les vents qui se jette dans l’Océan Pacifique, dont nulle tempête ne trouble l’horizon infini.
C’est là, au tout début du 20ème siècle, que viennent s’installer Jacob Rosenbloom et son fils de neuf ans, Joseph. Jacob, inventeur de génie, a conçu pour Thomas Edison le mécanisme du premier projecteur d’images en mouvement – et le cinéma est né. Mais la fortune ne suffit pas à effacer le passé trouble de Jacob. Forcés de tout quitter, père et fils traversent le pays pour se réfugier à Mount Terminus.
Joseph, qu’on appelle Bloom, y grandira dans le retranchement et la contemplation, jusqu’à ce que la modernité balbutiante fasse irruption dans ce paradis isolé, et que se révèlent de lourds secrets de famille. Mount Terminus est une extraordinaire épopée qui mêle le gothique au merveilleux et nous livre une fresque digne des plus grands chefs-d’oeuvres d’Hollywood. Il y est question des liens du sang, de duplicité, de la valeur de l’art, de la folie conquérante et de la grande Histoire, car c’est bien Los Angeles qu’avec Bloom, depuis le sommet de Mount Terminus, nous voyons apparaître au fil des pages – une ville créée de toutes pièces, née d’un désert et de l’ambition démesurée d’un seul homme.

Il est des livres dans lesquels on se demande où se situe l’histoire et où commence l’imagination. Mount Terminus est de ceux là tant le contenu est à la fois fertile et parallèlement plausible, dans les quêtes des terres, dans la construction d’une ville telle Hollywood comme on peut se la représenter, tout du moins en ce qui me concerne, petite lectrice francophile connaissant bien peu l’histoire américaine ou celle du cinéma de cette nation.

C’est un roman à la fois magique et complexe. Les histoires se multiplient et l’on a parfois l’impression de suivre plusieurs scénarios de films. Une réelle mise en abîme quant un des sujet de ce roman est l’image, le cinéma et, que les faits semblent bien souvent se répéter. Ainsi et sans vouloir spoiler (je garde pour moi les autres images qui me viennent) cette terre de Mount Terminus fut un lieu d’expropriation (et plus) et les grands projets de Simon vont entraîner à nouveau cet état de fait.

La densité de l’ouvrage, comme je l’ai déjà mentionné, est fort riche et l’on s’interroge parfois sur ce à quoi on doit s’attendre. Afin de rassurer les lecteurs un peu réticent, je vais dire que vous allez suivre la vie d’un homme : Joseph dit Bloom, de son enfance à sa vie adulte. Mais pour le comprendre, sa sensibilité comme son état d’esprit, vous devrez rencontrer ses parents et plus particulièrement son père Jacob. Alors oui, comme je l’ai lu ici ou là, le cinéma étant à l’honneur dans ce roman et la clé de la fortune de cette figure paternelle, il vous faudra parfois lire quelques passages liés au mécanisme, aux lentilles etc…. et quelques menus digressions de différentes sortes. Parfois le contenu peut sembler bavard, mais il est également plein de poésie grâce à la plume de David Grand (oui c’est bien moi qui parle de poésie). Ces envolées lyriques liées aux paysages, à l’architecture, au découpage de films, dessins etc, ne gâchent rien et nous entraînent dans l’esprit fantaisiste de Bloom bien accompagné par Roya ou tant d’autres personnages secondaires mais qui lui permettent de s’ouvrir au Monde et à un univers autre que celui de son père.

Certes ce roman n’est pas toujours des plus évident, et même si je suis heureuse de l’avoir lu, je reste partagée par cette lecture ;  mais, il parle d’amour et d’art. Pas seulement de cinéma, mais de tous ses métiers qui le composent et, cette fresque est tellement magique, elle démontre tant d’imagination que je ne peux que vous inviter à y jeter un coup d’oeil. Sans doute, tout ne vous ravira pas, mais certaines pages restent étonnantes.

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