La maison des chagrins / Victor del Arbol. Roman traduit de l’espagnol par Claude Bleton. Actes Sud, 2013 (Actes Noirs). 476 pages.

Une violoniste virtuose commande à un peintre brisé le portrait du magnat des finances qui a tué son fils. Elle veut déchiffrer sur son visage la marque de l’assassin. Pour cautériser ses propres blessures, elle ouvre grand la porte de la maison des chagrins dont personne ne sort indemne. Un thriller viscéral qui conduit chaque être vers ses confins les plus obscurs.

C’est un puzzle que nous propose Victor del Arbol. Même si je ne m’en suis pas rendue compte au cours des premiers chapitres, trop absorbée à essayer de comprendre les liens entre les personnages, apparaissant un chapitre après l’autre, décrit avec force détails tant physique que psychologique (de l’instant devrais-je préciser), mais sans réellement donner au lecteur tous les éléments pour saisir qui ils sont vraiment.

Très vite, on comprend que tous ses personnages sont des êtres brisés d’une manière ou d’une autre mais il nous manque les détails de ces vies brisées, la recherche de la relation entre eux. On se dit que ce n’est pas possible, qu’ils ont forcément un point commun sinon qu’elle serait le but pour les retrouver dans cette histoire ? Mais leur passé, les vicissitudes de l’existence semble leur être leur point d’achoppement.

La lassitude me gagnait. Mais, voilà que l’auteur abat ses cartes et les évidences m’ont sauté aux yeux bien plus vite qu’à ceux des personnages suivis jusque là, avec leur accablement et leurs désespoirs liés aux absents. Le jeu de cartes s’écroulent et laissent apparaître les travers et les erreurs des uns et des autres. Les personnages vivants ou morts n’ont pas forcément l’apparence que l’auteur ou leurs proches nous avaient donné. La vérité s’écrit sous nos yeux et entraîne avec elle la chute et le chagrin des uns et des autres.

Tous les personnages ont un point commun : leur tristesse, le malheur qui les domine. La vengeance reste le souffle qui permet à tous de survivre. La violence est présente à chaque page, dans chaque existence et les relie comme les liens qui peu à peu vont voir le jour sous cette plume brillante et néanmoins terrible.

N’en déplaise aux âmes sensibles cet ouvrage peut être lu par un grand nombre de lecteurs. Victor del Arbol saura également vous charmer par son savoir descriptif, sa poésie des mots et des souvenirs qui permettent à ses personnages d’affronter le quotidien comme la réalité de l’existence. Un beau roman qui éclate dans toute sa force brute à la moitié de l’ouvrage et dont vous ne pouvez alors plus vous détacher pour connaître les liens et le devenir de tous ses destins croisés.