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Le fils / Philipp Meyer. Traduit de l’américain par Sarah Gurcel. Albin Michel, 2014 (Terres d’Amérique). 671 pages.

Vaste fresque de l’Amérique de 1850 à nos jours, Le Fils est porté par trois personnages, trois générations d’une famille texane, les McCullough, dont les voix successives tissent la trame de ce roman exceptionnel. Eli, enlevé par les Comanches à l’âge de onze ans, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens. Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouvera à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’oeuvre de son arrière-grand-père.

J’avoue que depuis l’enfance le monde des indiens m’a toujours fasciné. La perspective de les côtoyer l’espace de quelques instants n’était pas fait pour me déplaire. Une saga familiale encore moins. Sur ces 2 points, et plus encore, j’ai été ravie par ma lecture. Si j’imagine certains, faire la moue à l’évocation d’une saga, je n’ai qu’à leur dire « Détrompez-vous » !

Cette fresque, cette histoire à 3 voix fut pour moi une réelle découverte de la conquête du Texas, de l’ambition d’une famille, d’une existence s’étirant sur plus d’un siècle. Car c’est là la force de l’entremêlement de ces voix, contemporaine de leur temps, elle nous vont vivre le quotidien et les turpitudes des uns comme des autres. En leur donnant la parole, Philipp Meyer n’estompe rien : leur souffrance, leur intimité, leur manque de jugement parfois… C’est ce qui vous donne envie de continuer à les suivre, à découvrir ce qui a pu leur arriver. Bien entendu, le fait que cela ne soit pas purement chronologiquement aide réellement à ne pas baisser l’attention du lecteur. Il sait également garder une petite part d’ombre, de secrets qui ne nous seront dévoilés que dans les 50 dernières pages de l’ouvrage.

Alors non ce livre n’est pas tendre et même si les passages sont relativement rapides, vous allez découvrir les sévices endurés par Eli et sa famille au cours de son enlèvement ainsi que la violence que lui-même fera endurer à ses ennemis/opposants comme à sa famille d’un point de vue psychologique. Mais Eli, sorte de force de la nature reste un homme et un visionnaire qui permettre à sa famille de devenir l’une des plus riches du Texas. Cette force, cette passion il la recherche dans ses héritiers et la trouvera en son arrière-petite fille, Jeanne-Anne, féministe avant l’heure qui devra se battre toute sa vie pour obtenir les mêmes droits que ces frères, que les autres magnats du pétrole. Mais si son ambition est à la mesure d’Eli, son héritage moral, son statut de femme ne seront pas exempts d’un échec que l’on découvre propre à quasi tous les personnages de cette famille. Et l’on découvre que Peter, si différent, dans ses manières et ses pensées, porte en lui tout cela. Mais pour le découvrir, il vous fera aller jusqu’à la dernière page.

Un beau pavé certes, mais qui ne m’a quasi pas lassé. J’ai eu une petite baisse d’intérêt le temps de 2 chapitres qui rapidement s’est transformé en la volonté de poursuivre ce livre et de ne surtout pas le lâcher.

Alors oui je me joins à de nombreux articles élogieux et ne peux que vous encourager si le sujet vous intéresse à vous plonger dans la fresque d’une famille texane de 1850 à nos jours.

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