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Le cahier noir / Michel Tremblay. Léméac / Actes Sud, 2004. 258 pages.

Au cœur du quartier latin de Montréal, Céline Poulin sert de nuit des hamburger platters et des spaghettis à la faune des étudiants paumés, des travestis, des putes et des folles de la Main, ce boulevard Saint-Laurent mal famé. En aidant une étudiante à passer une audition, elle met en marche une bombe à retardement. A fréquenter les aventuriers du théâtre des Saltimbanques, où un jeune metteur en scène prometteur monte Les Troyennes d’Euripide, Céline Moulin voit s’ouvrir devant elle un monde de faux-semblants et d’espoirs déçus, proche de l’incurie de sa mère alcoolique et tyrannique. Lorsque le metteur en scène veut lui confier le rôle de la suivante d’Hécube, le sort en est jeté. Entre le théâtre d’Euripide et celui de la Main de Montréal qui se prépare pour l’Exposition universelle de 1967, le souffle balzacien de Michel Tremblay donne la parole à des personnages plus grands que nature, pour qui la vie est une comédie qui cache une tragédie cruelle et impitoyable.

Spontanément je ne suis pas certaine que j’aurai ouvert ou acheté ce livre, en dépit d’une couverture particulièrement soignée. Je connaissais Michel Tremblay à travers son oeuvre théâtrale et j’avoue que j’ai toujours un peu de mal à l’aborder tant je trouve qu’il dresse parfois des portraits à gros traits de ces personnages. Sans doute suis-je trop sensible car il ne donne après tout qu’une image d’une société bien réelle. Une fois encore, à travers ce roman, on pourrait dire qu’il utilise cet artifice mais cela semble à mes yeux, une fois l’ouvrage achevé, totalement sensé. Et comment ne pas dire mon admiration pour cette homme écrivant pour le théâtre qui imbrique dans ce roman une épopée théâtrale, non pas pour le plaisir de montrer sa connaissance du milieu, les travers de comédiens amateurs (même si cet aspect farfelu est assez comique), mais pour aider son héroïne à aller de l’avant, à surmonter ses faiblesses (?), sa gentillesse. Tous les acteurs de son roman pourraient paraître grotesques, vu individuellement, mais en les plongeant dans le monde de la nuit, d’étudiants paumés et d’une famille perdue elle-aussi, Michel Tremblay nous les rend attachants et vivants.

Une nouvelle fois je ne peux guère parler de Céline, car cela gâcherait la découverte du personnage. Une première surprise vous attend autour de la 65ème page, puis vous découvrirez la famille de Céline et, enfin, comment elle va résoudre son problème n°1, sa relation avec sa mère. Car c’est là le contenu, le thème essentiel de ce roman, à travers la comédie humaine qui va se jouer sous vos yeux. On s’attache à Céline et à ses amis de la nuit tout au long des pages qu’elle rédige pour nous raconter son histoire.

A découvrir.

Blue Grey, Le cri du Lézard en parle ici,