https://i2.wp.com/static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/4/1/5/9782841569342FS.gifLes déferlantes / Claudie Gallay. Editions du Rouergue, 2008(La Brune). 525 pages. 5*

La Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d’hommes. C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l’automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d’un certain Michel. D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

 

Dès les premières pages, j’ai été happée par ce roman qui m’a entraîné vers les côtes de mon enfance, m’a rappelé les jours de grandes marées, les taiseux devant les étrangers narrés par ma mère, la vie rude de ces lieux isolés où ne semblent plus survivre que les anciens et quelques personnages issus de romans eux-mêmes. C’est réellement un immense coup de coeur pour ces solitudes et ces souffrances des vivants qui grâce à ce minuscule îlot se raccrochent à leur existence même si, le rythme de leurs chagrins et de leurs bonheurs sont à l’image de ce ressac, des embruns, des pierres qui roulent sous les pieds où de cette mer parfois démontée qui, garde les corps au détriment des âmes de ceux qui restent.

Bien entendu, au vu des billets lus ici et là, on peut comprendre que le style, les personnages puissent déplaire parfois, mais, à mes yeux, tout cela forme un tout que l’on ressent, que l’on vit au même rythme de tous ces êtres auxquels on s’attache plus ou moins. Si l’histoire principale domine, bon nombre de personnages secondaires restent intrigants et fascinants ; typiquement, Raphaël et la vie qu’il sait donner à ses sculptures, son envie, ses peurs de rendre les êtres croisés, de pouvoir un jour couler ses plâatres en bronze afin de leur donner une pérennité que leur état présent ne permet pas. A cette image de lutte permanente pour la création, mais également pour la conservation vient en écho le quotidien de tous.

L’entrelacs des histoires est flagrant, même si celle de Lambert et de la narratrice prédomine. Oui la chute ne m’a guère surprise car cela m’a semblé évident, rapidement, que ces enfants perdus pouvaient un jour voir leurs destins se croisaient.

Quelle tristesse, quelle joie que ces vies, cette amertume qui a pourri la vie de certains d’entre eux et quelle joie de vivre de la part de Max porté par sa volonté de naviguer.

Claudie Gallay fait vivre la pointe de La Hague, évoque le quotidien et le présent confronté à l’usine de retraitement, mais rend avant tout un formidable hommage à la beauté de la nature de cette région.

Si vous ne connaissez pas le Nez de Jobourg, vous ne pourrez que tomber sous le charme par les différentes randonnées qui sont proposées ou par de simples balades – l’usine est là, mais les embruns, la mer et la nature vous laisseront davantage de souvenirs que cette verrue.

 

Le Blog des livres n’a pas aimé, mais Les facéties de Lucie n’est pas du tout du même avis :0).L’ouvrage existe en poche et doit se trouver très facilement en bibliothèque si vous souhaitez vous faire votre propre avis. 

Pour ma part, je ne peux que remercier le couple d’amis, tous deux fort heureux de leur lecture qui ont glissé cet ouvrage dans ma valise.



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