https://i0.wp.com/www.decitre.fr/gi/99/9782757816899FS.gifHiver arctique / Arnaldur Indridason. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Points, 2010. 405 pages. 4,5*

Comment peut-on poignarder un enfant ? Au coeur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné.
Il avait douze ans. Crime raciste ? Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. l’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

 

Un fait divers ordinaire semble-t-il, mais lorsqu’il s’agit d’un enfant dont la mère est originaire d’un autre pays, peut-on croire que ce crime n’est pas d’origine raciste ?

La violence ordinaire, la bêtise humaine, l’incompréhension et la peur de l’étranger tels sont quelques uns des thèmes que l’on retrouve dans cette nouvelle aventure d’Erlendur et de son équipe. 

Une équipe toujours aussi humaine dont la vie personnelle continue à nous être distillée au compte goutte, manière de nous en apprendre davantage sur chacun Si Sigurdur Oli est en première ligne dans ce roman, car on découvre bien vite qu’il fut lui-même élève de cette école et que proviseur et professeurs se souviennent de lui, les liens d’Erlendur avec ses enfants  poursuivent leur chemin. De la même manière, nous apprenons enfin quelques unes des hypothèses qui expliqueraient que le corps de son frère n’ait jamais été retrouvé.

Le corps de cet enfant mort seul, dans le froid, sensiblement du même âge que son frère n’est pas étranger aux sentiments du commissaire, dont la culpabilité demeure quelques 40 ans plus tard. La solitude, la mort isolée de tous est là comme un leitmotiv et, la fin de Marion, son ancienne patronne n’est pas là pour lui remonter le moral mais, idéale pour poursuivre son introspection intérieure.

Mais ce qui domine cette histoire c’est le racisme ambiant, latent. La place de l’étranger, l’intégration, la place de la langue. La peur de l’autre reste le maître mot de l’histoire, mais également la différence physique et le manque de compréhension par rapport à des héritages distincts fort bien décrits par la traductrice présente tout au long de ce roman.

Une histoire amère, sombre comme l’est notre inspecteur, mais sans le tire-larmes faciles dont use certains auteurs. Oui la tragédie est là mais c’est réellement la place de l’autre qui est vraiment mise en avant, la solitude, la peur du regard d’autrui et la quête de l’intégration qui, que ce soit à cause de votre couleur peau, votre langue ou votre situation familiale, vos choix de vie engendrent le regard et l’intolérance.

C’est aussi un regard sur une société finlandaise qu’Anarldur Indridason juge parfois égoïste, ramasser sur soi afin de se protéger du froid mais très certainement également, comme je le disais, du regard d’autrui. Le climat conserve réellement une place de premier ordre et en fait un personnage à part entière.

Et lorsque sonne la chute dans les derniers chapitres, l’amertume vous guette. Alors que vous aviez élaboré toutes les hypothèses possibles à l’image de l’équipe policière, vous vous rendez compte que non, rien de ce que vous aviez imaginé n’est à la hauteur de ce crime. Une envie de hurler vous prend.

Un excellent cru, dur, amer mais superbe.