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Whisky et Paraboles / Roxanne Bouchard. Typo, 2008. 282 pages

Une jeune femme quitte tout pour aller s’installer au fond des bois. Elle veut refaire sa vie, recommencer à zéro. Mais les voisins sont là… Entre un gros gras grand musicien irresponsable qui accumule les lettres d’amour sans les ouvrir, un Amérindien qui lit Gaston Miron et un violoniste relayeur de folklore, elle a du mal à se franchir et le bar se transforme en refuge. Jusqu’à ce qu’arrive Agnès, une enfant battue de huit ans, qui s’attache à elle et s’acharne à entrer dans son histoire. Whisky et Paraboles est le journal d’Élie, une jeune trentenaire, qui tente de se pardonner tout ce qu’elle ne peut pas être. En triturant les mots, en bousculant les phrases, elle cherche à exorciser les vieux démons de l’immobilisme, du prêt-à-penser et de la parole toute faite.

Les mots et surtout les silences se bousculent dans la bouche d’Elie, que nous découvrons alors qu’elle fuit, une quête sans relâche vers qui, vers quoi… la solitude et le mutisme. Elle pense avoir déniché un lieu de quiétude dans ce chalet au bord du lac, mais même si les voisins semblent bien calmes à leur manière, ils sont là et, comme eux, bribes par bribes nous nous attachons aux non-dits d’Elie, à ses habitudes.

Roxanne Bouchard,  à petites touches nous fait entrer dans la bulle de cette jeune femme dont on ignore tout sauf sa fuite et qu’elle attend… un musicien, un joueur de mandoline… Mais mensonge ou vérité a-t-on envie de s’écrier ! Car ses histoires à Agnès, qu’elle a tôt fait de rebaptiser afin de l’aider à s’enfuir de son quotidien fait de coups et de manque d’amour, ne sont-elles pas uniquement là pour cacher ou nier tout ce qu’elle ne veut pas dire ? En attendant une histoire commence à naître entre ses deux vies qui ont du mal à s’exprimer. S’ajoute l’existence étrange de Richard, leur voisin musicien (le gros, grand, gras) qui sans trop en dire lui non plus, affiche sa présence et son isolement. Bravade ?

Tous les acteurs de ce roman laissent progressivement apparaître leur faiblesse et leurs souffrances intimes, chacun cherche à les évacuer à sa manière, à se replier sur lui-même : un instrument de musique, un lieu, une personne. Avec ses phrases, parfois sans compléments, sans points de suspension, Roxanne Bouchard fait résonner les mots bien plus forts que s’ils étaient écrits. Le lecteur les cherche, comme il essaie de lire à travers les lignes, de comprendre la vie des uns et des autres et plus particulièrement d’Elie que l’on devine meurtrie, qui cherche un échappatoire via ses soirées du lundi au café, tout en se refusant cette facilité de l’alcool comme monde de l’oubli. Comme pour beaucoup de choses, Elie ne veut pas se faire démasquer et cherche avant tout à garder le contrôle de son existence, mais son entourage va par mille petits riens, paroles ou faits l’aider à surmonter son plus gros silence.

En refermant cet ouvrage, ne vous attendez pas à avoir toutes les clés de la vie d’Elie, mais vous aurez rencontré une autre forme d’écriture via la plume de l’auteur, des moments de féérie et de réalisme. Tout est écrit, brodé, 2-3 passages surchargés à mon goût, mais vous allez découvrir une formidable histoire d’amour entre une femme et une petite fille et de très belles personnes.

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