Luca Di Fulvio - Le Gang des rêves.Le gang des rêves / Luca di Fulvio. Traduit de l’Italien par Elsa Damien. Editions France Loisirs, 2017. 718 pages.

New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de  » rêve américain « . C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut.
L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

Apre, parfois cru mais aux intonations véridiques, et se posant à un tournant des Etats-Unis. Voilà comment je pourrais vous résumer ce roman en une phrase. Cela ne vous direz rien sur le contenu mais peut-être que la curiosité n’en serait elle que plus forte. Pas certaine, alors je vous en dis un peu plus que ce que la 4ème de couverture évoque.

Nous allons suivre une 20aine d’années de la vie de Cetta, jeune italienne, mère de Christmas, né d’un viol. Femme-enfant courage elle prend l’existence à bras le corps et décide de partir pour les Etats-Unis. En quelques chapitres introductifs, la force et la volonté de cette jeune fille explose, mais cela n’est rien par rapport à ce qui va suivre. A travers elle puis son fils, Luca di Fulvio nous narre les années 20, la prostitution, les émigrés, les ghettos italiens, juifs, noirs… mais surtout la mainmise des gangsters. En abîme de prime abord, bien qu’ils fassent partie intégrale du quotidien de Cetta pour des raisons que je vous laisse découvrir, ils vont bercer son fils qui, bien qu’averti de la perversion du milieu, de l’argent facile et de la mort qui l’attend va parfois frayer avec eux.

Christmas se rêvait différent, américain comme sa mère lui a toujours dit, mais la société, les différences de religion, économique lui sautent au visage. Sa « rencontre  » avec Ruth va le faire basculer dans l’horreur, dans l’amour, dans un monde qui lui est étranger. Fort de ses rêves, porté par la foi de sa mère et par sa diatribe, il va néanmoins poursuivre son chemin, ses rêves/

Ce sont ses différents personnages, milieux qui font la richesse du roman qui nous entraîne dans ces années 20, une époque de tournant au niveau des divertissements : le cinéma et Los Angeles explose ; le passage au parlant va tout renverser. La radio, la quête de nouveaux programmes également. Les deux villes : New York et Los Angeles se répondent par leurs bas fonds : gangs d’un côté, usine à rêves peuplée d’alcools de drogues et de violence toujours plus extrêmes.

On s’attache aux personnages, et on se dit qu’il ne peut rien leur arriver, au moins pas la mort, au vu des épreuves qu’ils ont déjà traversé, mais vu le sadisme de larrons toujours visibles, le questionnement n’est jamais loin. Prenant, ce roman se laisse dévorer et nous renvoie à notre époque et à l’actualité : puissance, agressions sexuelles, divertissements, notre monde ne change guère même si l’espoir et un regard différent (via le prisme de la photographie notamment) peut tout changer. Par ses principaux et secondaires, l’auteur tisse une toile qui nous retient et nous fait poursuivre notre lecture, abandonnant les pages les plus dures.

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