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Graham Swift - Le dimanche des mères.Le dimanche des mères / Graham Swift. Traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek. Gallimard, 2016. 142 pages.

Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désoeuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu’à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée.
Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première – et dernière – fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie. Graham Swift dépeint avec sensualité et subtilité une aristocratie déclinante, qui porte les stigmates de la Première Guerre – les fils ont disparu, les voitures ont remplacé les chevaux, la domesticité s’est réduite…
Il parvient à insuffler à ce court roman une rare intensité, et célèbre le plaisir de la lecture et l’art de l’écriture.

Une nouvelle fois je pense que mon imagination quelque peu débridée était partie je ne sais où en lisant la 4ème de couverture et quelques articles qui en parlaient. Et bien entendu je fus un tantinet déçue par ce roman qui a pourtant bien des qualités, mais qui ne sera pas le coup de coeur attendu.

Ma déception vient de cette relecture en boucle de l’ultime liaison des deux amants. Elle est l’occasion pour l’auteur de replonger sa jeune héroïne dans ses souvenirs, sensuels :  ce dernier ébât, derniers instants de leurs présences communes ou passé avec leurs différentes rencontres, les sentiments de ces moments partagés. Mais également plus terre à terre , liés à son quotidien, relations avec les autres domestiques ou le couple chez qui elle travaille. Le regard de cette jeune femme de chambre est aiguisée et sensible : elle entend, comprend aussi bien les membres de l’aristocratie, de ces 3 familles qui gravitent les unes autour des autres, de leurs souffrances liées à la perte de leurs fils, que tout le personnel. Mais pour poursuivre sa route, elle doit avant tout s’effacer, rester à sa place. Sa seule intrépidité sera de demander l’autorisation de lire des ouvrages disponibles dans la bibliothèque de la demeure.

Graham Swift décrit avec brio et beaucoup de sensualité la relation entre ces deux jeunes gens, mais il est également  fort doué pour parler de l’attachement de son héroïne avec les romans, de la joie partagée de la lecture, de son indépendance de pensée. Un libre arbitre dans son imagination et raisonnement qui vont lui permettre de devenir celle que nous allons découvrir à travers les bribes qu’il veut bien nous laisser lorsqu’il nous parle de son futur, de sa carrière et de sa future vie amoureuse. Mais avant cela laissons ce « dimanche des mères » s’achever.

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