Anna Hope - Le chagrin des vivants.Le chagrin des vivants / Anna Hope. Traduit de l’anglais par Elodie Leplat. Gallimard, 2016.384 pages.

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammer-smith Palais pour six pence la danse.
Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cours s’apaisent.

5 journées. C’est tout ce qui sera nécessaire à Anna Hope pour nous faire vivre l’univers de 3 femmes, différentes en âge et en situation mais qui, comme toutes ou presque sont marquées par cette 1ère Guerre Mondiale. Nous sommes en 1920, mais les stigmates restent présents, omniprésents dans ce quotidien londonien.

Les hommes bien entendus en ont payés un lourd tribu et l’affichent encore dans leur vie de tous les jours, deux ans après l’armistice. Mais les femmes… Dans leurs chairs, dans leurs sentiments et leurs quotidiens, la guerre vit également avec elles au quotidien même si les blessures semblent moins visibles. Confrontées tous les jours à la souffrance des hommes, elles doivent s’armer de patience, d’abnégation pour oublier leurs propres maux, pour aller de l’avant, dans un pays où la place de la femme reste encore bien mal définie.

Au travers de ces 3 destins distincts mais que les liens de la guerre vont rapprocher, ce sont 3 magnifiques et terribles portraits de femmes qu’Anna Hope nous dresse. Le temps s’écoule, inlassablement comme leur quotidien. 5 jours où nous les découvrons, toujours plus proches et sensibles alors que le pays tout entier se prépare à enterrer le Soldat inconnu dans un moment d’union nationale. Un lien imperceptible à travers tout le pays et des fils qui vont les rapprocher au fur et à mesure que leurs histoires nous seront narrées.

Un livre magnifique en dépit de la brutalité des mots et des images liés à cette 1ère Guerre Mondiale, dans un pays faisant pourtant partie de ceux qui officiellement ont remporté la victoire.

A découvrir si ce n’est pas encore fait.

Un entretien avec l’auteur, ici à propos de ce roman.

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