La meurtrière / P.D. James. Traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum. Le Livre de Poche, 1988. 447 pages.

Que feriez-vous si vous appreniez que votre mère s’est rendue coupable d’un crime atroce ? Et qu’après avoir purgé sa peine, elle s’apprête à sortir de prison ? Philippa Palfrey, elle, n’hésite pas une seconde. Cette jeune fille aux goûts raffinés, éduquée dans la meilleure tradition britannique par ses parents adoptifs, ne craint pas d’affronter les préjugés de classe et les horreurs du passé : avec tendresse, elle vole au secours de sa mère, Mary Ducton – la meurtrière -, pour la protéger d’un monde que dix années de prison lui ont fait oublier. Mais quelqu’un d’autre est au rendez-vous : c’est le père de la victime assassinée par Mary Ducton. Depuis dix ans, lui aussi attend son heure, guettant le moment où la meurtrière sera relâchée pour procéder lui-même à l’exécution que la justice s’est refusée à accomplir. La traque commence. Sur les bords de la Tamise, sous les arbres en fleurs de St James’s Park et dans les rues de Londres, un petit homme vêtu de gris suit sa proie à la trace. Il a tout son temps. Et il est certain de ne pas échouer…

C’est un policier un peu différent de ceux que j’ai eu l’occasion de lire qui est proposé sous la plume de P.D. James. Il est à la fois plus psychologique et certainement plus dérangeant que bon nombre des classiques policiers écrits par cette plume. Dans ce roman l’auteur ose aborder bien des sujets moralement tabous de la société (l’histoire se déroulant dans les années 70) ; des thèmes parfois justes abordés en passant mais néanmoins présents et d’autres qui touchent davantage le lecteur. Ainsi on retrouve pêle-mêle : l’homosexualité, le viol d’un enfant, le non instinct maternel, la maltraitance, l’adultère, l’inceste et bien entendu le meurtre.

Loin de moi l’idée que ces sujets soient abordés uniquement pour attirer / choquer (?) certains lecteurs, ils font pour moi, parti de ce roman en intégralité et explique (ou pas) la succession des événements. L’héroïne, Philippa Palfrey est diablement moderne et féministe et certainement beaucoup trop réfléchi pour son époque. Elle manipule avec habilité son univers, tout du moins le croit-elle et, est prête à bon nombre de transgressions. Une force qu’elle pense avoir développé au contact de sa famille adoptive, se voyant le fruit d’une expérience.

Faisant contraste à cette famille bourgeoise, le père de l’enfant assassiné va nous permettre de nous plonger dans un univers différent, niveau relations humaines comme en manière de communication. Même s’il ne correspond pas à la vision idyllique et mièvre que certains auraient pu écrire, c’est un joli tour de la part de l’auteur de ne pas avoir enjolivé cette autre réalité. A travers ces mondes distincts, l’interrogation des valeurs familiales, du pardon, de l’éducation et sous couverts de vengeance, P.D. James met à mal bon nombre de conventions et d’images d’Epinal.

Certains trouveront sans doute ce roman trop long, pas assez policier (nous connaissons la meurtrière depuis le début et les faits nous sont dévoilés progressivement), mais il s’agit davantage d’énigmes, ou de non-dits, dévoilés un à un et, avant tout, d’une interrogation sur les valeurs familiales qui est mise en avant dans ce roman bien mené à mon avis.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’oeuvre de P.D. James : Rupture du contrat social, les meurtrières dans l’œuvre de P.D. James / Delphine Cingal in Cycnos | Volume 23 n°2 Figures de femmes assassines – Représentations et idéologies – | R. ROMAN

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