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Yukio Mishima - .Dojoji et autres nouvelles / Yukio Mishima. Traduit de l’anglais par Dominique Aury (du japonais en anglais par Donald Keene,et Geoffrey W. Sargent). Folio, 2002.127 pages

De l’univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d’un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d’un Japon mythique, entre légende et tradition. D’une nouvelle à l’autre, les situations tendrement ironiques côtoient les drames les plus tragiques : que ce soit la jolie danseuse qui remet du rouge à lèvres après avoir renoncé à se défigurer avec de l’acide en souvenir de son amant, Masako, désespérée, qui voit son rêve le plus cher lui échapper, ou l’épouse qui se saisit du poignard avec lequel son mari vient de se transpercer la gorge… Quelques textes étonnants pour découvrir toute la diversité et l’originalité du grand écrivain japonais.

Oui je reprends mon bâton de pèlerin pour parler de nouvelles. Avantages et inconvénients de la forme pour la millième fois même si je comprends les détracteurs. Il est vrai que la forme courte permet à peine de s’immiscer dans une histoire, mais le talent de certains auteurs est tel qu’ils réussissent à créer une réelle unité, sans déception de la part du lecteur, une fois la 30aine de pages achevées. Et c’est bien le cas dans ces 4 histoires. J’ai choisi cette forme pour découvrir Yukio Mishima (pseudonyme de Kimitake Hiraoka) dont j’ignorais tout, alors que sa bibliographie présente une grande diversité, et je n’ai absolument pas été déçue.

J’ignore si cela est un trait commun à l’oeuvre mais au travers de ses 4 nouvelles on retrouve dans 3 des figures mythiques du Japon et notamment la geisha (présente dans 2 des oeuvres ici) mais également la force des traditions dans Patriotisme qui n’est pas sans m’avoir rappelé la fresque Shogun (livre et adaptation télévisuelle de mon adolescence) où on pouvait voir le suicide rituel japonais (seppuku) où La force des humbles d’Hiroshi Hirata.

J’ai aimé la justesse des termes, la précision des détails en dépit des courtes pages qui nous entraînent dans un univers traditionnel et parfois à la limite du fantastique pour les deux premières oeuvres ; en effet, tout semble pouvoir s’expliquer et pourtant les hasards dans Les sept ponts semblent assez incroyables. Yukio Mishima fait basculer toutes les situations d’un extrême à l’autre dans chacune de ses histoires. Ainsi la jeune danseuse prête à se défigurer, d’un simple coup de « baguette magique » décide de reprendre coup à la vie et un trait de rouge à lèvres lui suffit à se relancer dans l’existence. Des amitiés inébranlables ou des quasi inimitiés peuvent se trouver changer par un une petite perle.

Alors il est bien difficile de vous donner des arguments sur des nouvelles sans trop en dire, tout en souhaitant que vous puissiez ouvrir ce type de recueil. Alors je ne peux que vous écrire, pastichant une émission : Laissez-vous tenter 🙂

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