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Gloria Naylor - Les femmes de Brewster Place.

Les femmes de Brewster Place / Gloria Naylor. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Bourguignon. 10/18, 2016. 262 pages

Il y a Mattie, la matriarche, Etta Mae, invincible au volant de sa Cadillac, Kiswana, la révoltée, baby Cora Lee, Ciel, et les deux filles du n° 312. Toutes échouées à Brewster Place, ghetto noir du nord des Etats-Unis, au coeur des 70’s. Sept femmes qui résistent – à la misère, à la violence, à l’intolérance. Sept destins, unis par un espoir farouche. Roman culte de la littérature afro-américaine, saluant Toni Morrison et Alice Walker, ce portrait choral vibrant d’émotions brutes est une ode aux héroïnes de la marge.

Encore un classique dont j’ignorais tout, et que j’ai croisé au détour d’une promenade chez mon libraire. Je ne cherchais rien de particulier, mais comme bien souvent couvertures et hasard m’ont permis d’ouvrir ce roman et de m’y plonger.

Nouvelles me suis-je dit au bout de deux chapitres. Que nenni. Les liens entre ces portraits, ces histoires de femmes sont bien plus étroits qu’il ne semble au premier abord. Mattie Michael est une sorte de lien invisible entre toutes ces histoires, mais le point d’ancrage de toutes c’est ce quartier : Brewster Place, autrefois florissant, sur qui le temps a fait son oeuvre et qui désormais rime avec misère et couleurs de peau. En effet, ce formidable roman ce sont des histoires de femmes à qui la vie n’a pas vraiment fait de cadeau, des femmes afro-américaines dont les destins vont se croiser une ultime fois dans les années 70 dans ce quartier décrépit. Chacune a une histoire, une vie qui fut riche pour certaines, linéaire pour d’autres. Certaines sont à la fin de leur existence, d’autres plus jeunes croient à une unité afro-américaine, et qu’il est possible de s’unir pour parvenir à faire bouger les choses ; que ce soit aider une jeune femme un peu dépassé par sa marmaille, pour créer de l’animation dans ce quartier, ou pour s’unir afin d’obtenir des réparations urgentes dans leurs logements.

Avec des mots simples, des histoires qui auraient pu faire l’objet d’un roman entier, mais dont elle a choisi de nous donner les éléments essentiels pour chacune, Ggloria Naylor attire notre regard, avec des mots parfois difficiles mais si justes qu’ils ne peuvent que nous pousser à tourner les pages afin de trouver enfin l’espoir dans ces vies, dans ces paroles de femmes.

Néanmoins, l’auteur sait également nous rappeler que chaque existence est un combat quotidien et la vision des voisins, des autres femmes : mesquinerie, jalousie, ordre établie continue de bouleverser les idéaux dont nous pouvions rêver. L’esprit de solidarité, d’entente reste fragile face à la différence qu’elle soit dans l’opposition homme / femme, richesse / pauvreté, religion ou choix de sa sexualité.

A ouvrir et à découvrir (si ce n’est pas encore fait).

Un beau billet, admirablement rédigé ici.

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