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Jon Raymond - La vie idéale.La vie idéale / Jon Raymond. Traduit de l’américain par Nathalie Bru. Albin Michel, 2016 (Terres d’Amérique). 317 pages

Changer de vie et revenir à l’essentiel : voilà ce à quoi aspirent Damon et Amy, deux trentenaires originaires de Los Angeles, en couple depuis six ans. C’est justement ce que propose  » Rain Dragon « , une grande ferme bio du nord-ouest des États-Unis qui pratique l’agriculture raisonnée. Un projet alternatif qui attire beaucoup de jeunes en quête d’un idéal de vie et dans lequel tous deux vont peu à peu se faire une place, en s’éloignant inéluctablement l’un de l’autre.
Révélé en 2010 par Wendy & Lucy, un recueil dont la nouvelle éponyme a été portée à l’écran par la réalisatrice Kelly Reichardt, Jon Raymond écrit également pour le cinéma et collabore régulièrement avec Gus Van Sant et Todd Haynes. On retrouve dans La Vie idéale les thèmes qui lui sont chers et cette écriture visuelle qui en fait un écrivain à la fois original et résolument contemporain.  » Le portrait juste et émouvant du malaise culturel de notre époque.

Indéniablement c’est sans doute cette quête d’idéale, de retour à la terre qui m’a fait prendre cet ouvrage. Voilà 2-3 fois que je lis des références à des américains faisant un retour à une agriculture raisonnée (la dernière devant être dans un roman de Jane Smiley pas si récent) donc je voulais voir si les idéaux étaient similaires à ceux entendus en France. Sachant pertinemment qu’il ne s’agissait pas d’un documentaire, et que ce changement de vie pour ce couple pouvait s’avérer un moment de vérité – ainsi que le mentionne la 4ème de couverture – . Car oui, le retour à la terre n’est pas le Saint Graal pour repartir de zéro, pour retrouver un idéal dans son couple ou autre, comme certains peuvent encore l’imaginer. Si jamais vous n’avez jamais biné de votre vie, ramassé quelques rangées de haricots ou retourné de la terre, vous avez encore de nombreuses illusions.

Même si Jon Raymond nous présente ce projet alternatif, montrant travers et avantages, cela reste avant tout de manière superficielle : les idées sont intéressantes, les projets nombreux, mais là n’est pas tout à fait l’essentiel du roman : un idéal de vie,  une vie plus riche en marge d’un enrichissement personnel, voilà ce qui semble être le credo de « Rain Dragon ». Pour Damon, cela reste plus compliqué dans les idées et dans sa tête. En effet, nous allons découvrir peu à peu qu’il semble davantage suivre sa compagne Amy. Que pour lui, ce lieu a tout de l’inconnu, et sa place est bien difficile à trouver. S’il adhère aux idéaux de l’entreprise, son maître mot semble être « un idéal de couple » en parallèle de ce nouveau lieu. Car bien vite, ce personnage, narrateur de cette histoire nous raconte sa vie avec Amy et ce qui semble les avoir amenés là. Damon cherche néanmoins à trouver sa place et progressivement semble y parvenir même si les aléas de l’existence vont se mêler à cette vie idyllique.

J’ai tout d’abord été assez emballée par cette histoire, rédigée par une plume fort agréable à lire. Sans nous donner trop d’informations économiques, nous entrons -superficiellement- dans le modèle de cette ferme new age, et rapidement, j’ai été consciente que ce n’était pas tant sa place qui allait poser problème à Damon mais davantage sa relation amoureuse. D’une pirouette Jon Raymond nous entraîne dans le nouvel univers de son jeune héros, le jetant dans la bataille, lui permettant de gagner sa place. Le soufflé retombe lentement et les derniers chapitres n’ont pas la même force que tout le reste. Avais-je déjà compris où l’auteur voulait nous entraîner ? Peut-être en partie. Mais il est certain que je suis restée un tantinet sur ma faim. Ce roman est avant tout une quête de l’amour.

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