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Smith Henderson - Yaak Valley, Montana.

Ouvrage lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire – #MRL16

Yaak, Valley, Montana / Smith Henderson. Traduit de l’américain par Nathalie Peronny. Belfond, 2016. 576 pages. #MRL16

Dans les paysages grandioses du Montana des années 1980, l’histoire d’un homme en perdition confronté à ce que l’humanité a de pire et de meilleur. Héritier des grandes oeuvres de nature writing, un roman qui soulève les contradictions les plus violentes et dérangeantes d’une Amérique qui préfère ignorer ses marginaux. Portée par une écriture tour à tour sauvage, brutale et poétique, une révélation.
Dans le Montana, en 1980. Autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue dans les bas-fonds de Tacoma, Luke, son frère, recherché par la police. Et puis il y a Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah Pearl, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche, que la civilisation n’est que perversion et que le salut réside dans la survie et l’anarchie.
Pearl qui s’est exclu de la société, peut-être par paranoïa, peut-être aussi pour cacher qu’il aurait tué son épouse et leurs cinq enfants. Au milieu de cette cour des miracles, Pete pourrait être l’ange rédempteur, s’il n’était pas lui-même complètement perdu.

Un uppercut. Voilà à quoi vous devez vous attendre en lisant ce roman où les genres se croisent. Peut-être aurez-vous un peu de mal à savoir où se trouvent le bien et le mal, tous vos idéaux ayant été remis en question.

En effet, Pete qui semble (et qui est à bien des égards) un travailleur social exemplaire n’est pas pour autant une grenouille de bénitier ou un saint plus simplement. C’est un homme qui doute, dont la vie est perclus de coups et de blessures mais également d’alcool et de drogues lorsqu’il se retrouve acculé sans doute, mais aussi lorsque l’occasion se présente. Bien qu’il soit le personnage principal, toutes les personnes rencontrées vont vous montrer des facettes parfois bien sombres de leur personnalité mais aussi un coeur et une écoute devant les accidentés de la vie, devant les échecs du quotidien.

Pour autant, non, ce roman n’est pas destructeur ou sombre à outrance ; il montre quelques mois de l’existence d’un homme qui fuit ses échecs, sans réellement savoir comment, puis la fugue de sa fille. Bientôt, alors qu’il se bat pour aider des familles et surtout des enfants tout près de tomber, il se retrouve face à l’absurdité de l’existence qui fait qu’il lui est impossible de venir au secours de Rachel, en dépit de tous les efforts qu’il déploie, de la course effrénée qu’il mène pour la retrouver, pour lui venir en aide.

Smith Enderson est tour à tour sensible dans sa plume comme dans sa description du quotidien, puis ravageur en nous montrant la chute de Pete, de ses protégés, de ses acolytes volontaires ou non. Il chante la nature mais, comme l’homme elle propose parfois des facettes bien différentes. On sent de la part de cet auteur qu’il parle de ce qu’il connait d’où cette facilité de s’immerger dans ces pages tourmentées. L’espoir reste néanmoins suspendu aux dernières lignes, si ténu soit-il.

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