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Jean-Michel Guenassia - La valse des arbres et du ciel.

La valse des arbres et du ciel / Jean-Michel Guenassia. Albin Michel, 2016. 298 pages

Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours. Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?… Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste.
Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.

Un détail de « La nuit étoilée » et déjà je suis conquise par la couverture. Reste à voir si le contenu sera à la hauteur. Mièvre ? Pas l’ombre d’un instant car, si Jean-Michel Guenassia écrit sur une liaison entre Van Gogh et Marguerite Gachet, la personnalité de cette jeune femme est affirmée et ne laisse aucune place à cette idée. Non content de nous parler de sa vision du peintre, de nous dévoiler des pages où on croit pouvoir toucher la toile grâce à ses mots comme au travers du regard de Marguerite, il nous dresse un portrait d’une féministe avant l’heure. Une jeune femme qui, trop tôt, fut laissée à sa propre solitude, au carcan moral de son siècle, à l’absence de mots, d’échanges verbaux comme affectifs de la part de son père. Une femme éduquée, réfléchie qui rêve de mener une vie indépendante, d’être une artiste mais qui se cherche dans son art. A défaut d’obtenir les droits et l’argent pour suivre des cours de peinture, elle imite, cherche à comprendre les artistes et copie les oeuvres que son père entrepose.

Sa rencontre avec Van Gogh est un éblouissement artistique, devant ses toiles, son indépendance et sa volonté farouche de peindre. Elle est saisie de voir ce peintre littéralement bondir sur sa toile, manipuler avec force ses brosses et ses couleurs, retranscrire des paysages qui lui semblaient commun, en tout autre chose que, jamais son regard n’avait su accrocher. Folle de ces oeuvres elle n’a de cesse d’apprendre de lui, de son travail comme de l’homme. Pour elle la différence d’âge de classe, … n’ont pas de raison d’être. Elle voit. Contrairement à son père qu’elle décrit, collectionneur, avare de tout, opportuniste.

A travers la force de ces relations avec les hommes, c’est une femme presque libre que nous suivons dans ce roman. Là où l’auteur le joue avec maestria c’est en imaginant cette rencontre avec l’artiste, en nous donnant des visions totalement différentes de celles que nous avons tous de ce bon Docteur Gachet, de la folie de Van Gogh, de la relation de ces deux hommes. Jean-Michel Guenassia, en se glissant entre les toiles, redessine entièrement ces quelques mois à Auvers-sur-Oise ainsi que des personnes désormais connues, mais le sont-elles vraiment ? Jamais ce roman ne manque de souffle et j’ai suivi avec passion leurs relations.

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