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America

L’exploitation / Jane Smiley. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Cartano. Rivages, 1993. 462 pages.

En 1979, dans l’Iowa, Larry Cook, un fermier orgueilleux et exigeant, décide un beau jour de partager son vaste domaine entre Ginny, Rose et leur cadette, Caroline, jeune avocate ayant quitté la ferme depuis longtemps. Pour les deux aînées, ce don ne représente qu’une juste récompense pour des années de travail pénible. Pour la cadette, c’est une mauvaise idée. Furieux, son père la déshérite. Les soeurs se déchirent, les couples se défont.
Les secrets apparaissent. C’est la fin d’un monde, la mise à nu d’un homme, le père. Ce roman a été récompensé par le prix Pulitzer en 1991 et adapté au cinéma sous le titre Secrets avec Michelle Pfeiffer et Jessica Lange.

Jane Smiley était présente au Festival America 2016 et je m’en veux de ne pas avoir pris le temps d’aller l’écouter. Son nouveau roman (une trilogie) raconte une nouvelle fois la terre et une épopée familiale toujours attachée à une exploitation agricole mais qui observe / vit les changements du monde.

Dans ce roman plus ancien, salué par le Prix Pulitzer, la romancière nous parle déjà de la terre, du formidable travail de défricheur des arrières grands-parents de ces femmes, mais elle nous narre avant tout l’explosion familiale liée à la jalousie, la maladie et tous les obscurs secrets de ces vies. Alors que nous sommes au tournant d’une grande crise agricole (mais que les protagonistes ne peuvent imaginer), la ferme familiale fait la fierté des Cook. Hectare après hectare, le père a fini par acquérir les fermes alentours où se sont installées ses filles ainées. C’est à travers la voix de Ginny que leur vie nous est racontée. Une femme heureuse selon les apparences si ce n’est les fausses couches à répétition. Sa soeur et confidente n’est pas loin et elle profite de ses nièces. Une visions idyllique de l’existence si ce n’est le cancer du sein dont sa soeur est victime. Sa santé semblant se rétablir, la vie semble reprendre son cours normal.

Différents éléments vont faire éclater cette jolie aquarelle et la respectabilité dont cette famille bénéficiait vu son importance, sa richesse. A partir d’une donation impulsive, du retour du fils prodige des voisins, envieux, malheureux, le château de cartes va peu à peu s’effondrer sous nos yeux, dévoilant tout, même les secrets les plus intimes, tus depuis si longtemps que Ginny elle-même refuse de voir. Mais avant cela, sans jamais lasser le lecteur par des descriptions agricoles ou familiales trop mièvres, Jane Smiley fait monter la tension. Les événements s’enchaînent liés à l’humeur des protagonistes, aux intempéries, ou à des actes de malveillances. Le tout est entrecoupé du quotidien des uns et des autres, des attentes et du regard de notre narratrice sur son passé ; c’est toute la vie de cette exploitation qui nous est racontée.

Jamais mièvre, cet ouvrage n’est pas un « roman de terroir » comme nous en trouvons fréquemment (et que j’apprécie donc rien de péjoratif en ce qui me concerne), mais montre l’existence dans une de ces petites villes rurales. Ici, un formidable tourbillon va renverser ces existences, mais il ne sera que le premier (pour memo, bientôt les prix vont s’effondrer). L’auteur insère dans son roman, en cette fin des années 70 les questions écologiques liées aux engrais utilisés à grande échelle et qui empoisonnent l’eau courante, la volonté de certains de sortir de ces usines à viandes, des végétariens et la place des femmes. Une place si essentielle, à la fois effacée et vitale pour la vie rurale.

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