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Jacqueline Susann - La vallée des poupées.Lecture commune avec Titine

America

La vallée des poupées / Jacqueline Susann. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michèle Lévy-Bram. 10/18, 2016. 479 pages

1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour s’installer à New York, la tête pleine de rêves. Devenue secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre, elle fait la connaissance de l’ambitieuse Neely et de la sublime Jennifer, toutes deux prêtes à tout pour faire carrière dans le monde du spectacle. Des coulisses de Broadway aux plateaux d’Hollywood, de la vie nocturne new-yorkaise aux cures de désintox, très vite, elles réalisent le prix à payer pour une victoire aussi précaire qu’éphémère…

A la lecture de cette 4ème de couverture, comme moi vous vous dites que les poupées en question sont ces jeunes filles, mais il s’agit en fait de pilules : tranquillisants, excitants et somnifères qui vont devenir les « alliées » de ces jeunes femmes. Effectivement le sujet de cet ouvrage, suivre l’ascension d’ingénues,  ne semble guère novateur pour bon nombre d’entre nous. Films, séries, romans et aujourd’hui magazines peoples relaient avec régularité les hauts et les bas de ces figures montantes, déjà dépassées par de « nouveaux talents », par l’âge et avant tout, par la nouveauté.

La réussite de cet opus vient qu’il est sorti dans les années 60 où les travers du show business n’étaient pas encore monnaie courante pour le commun des lecteurs, et que Jacqueline Susann parle, pour l’époque, avec une certaine crudité (que du banal pour nous) de tous les sujets. Ainsi les relations familiales, mères-filles, sont-elles peu encourageantes. Anne ne pense qu’à fuir une mère bien pensante et étouffante comme la ville d’où elle vient. Ici la vie est toute tracée et la place de la femme est évidente : se marier, faire des enfants, se taire et bien se conduire. La mère de Jennifer est pour sa part juste intéressée ; elle souhaite un très riche mariage pour sa fille afin de pouvoir être entretenue. En attendant, elle n’a de cesse de pleurer le moindre sou à sa fille. Via ces portraits on peut lire la vie qui s’offre dans ces années : la notion d’indépendance reste chimérique, la liberté de la femme est possible si elle accepte de faire rêver son entourage par un beau mariage et des enfants. Ses frasques doivent rester discrètes si possibles, étouffer par leurs producteurs ou volontairement mises en scène pour la plus grande joie des journaux ou des pages spécialisées dans le spectacle. L’âge, les kilos superflus, les peines de coeur ou autre ne doivent pas entraver cette vie superficielle qu’elles ont voulu et qu’entretiennent leur entourage. Plus ou moins protégées, elles affrontent la vie avec leurs faiblesses, leur caractère et leur sensibilité. A coup de petites pilules, Jennifer, Neely et Anne dans une moindre mesure se frottent à cet univers auquel elles pensaient pouvoir se mesurer grâce à leur beauté, talents. Mais la vie s’empare d’elle et les fait tournoyer comme des poupées.

Sur une 20aine d’années, chapitre après chapitre, ce sont leurs espoirs, réussites et concessions avec la vie et le succès qui nous est narré. Rapidement, on souhaite connaître la suite de ces jeunes vies et la boucle se referme lorsque Neely se retrouve dans la position d’Helen Lawson exigeant de ses producteurs à ce que la petite nouvelle ne lui fasse pas de l’ombre.

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