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Arnaldur Indridason - Le lagon noir.Le lagon noir / Arnaldur Indridason. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Editions Métaillié, 2016. 319 pages.

Reykjavík, 1979. Le corps d’un homme vient d’être repêché dans le lagon bleu, qui n’est pas encore aussi touristique qu’aujourd’hui. La victime serait tombée d’une très grande hauteur, peut-être a-t-elle été jetée d’un avion. En découvrant qu’il s’agit d’un ingénieur qui travaille à la base américaine de Keflavik, l’attention de la police se tourne vers de mystérieux vols secrets effectués entre le Groenland et l’Islande.
Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’un officier de la base. En parallèle, Erlendur travaille sur une vieille affaire non résolue : une jeune fille disparue sur le chemin de l’école, quarante ans plus tôt.
Les témoins disent qu’elle sortait avec un garçon de Camp Knox, un quartier pauvre, où les gens vivent dans les baraquements abandonnés par les soldats américains après l’occupation de l’Islande. Le petit ami ne sera jamais retrouvé et les parents mourront sans savoir ce qu’il est advenu de leur fille. Erlendur est contacté par une tante qui lui demande de trouver la vérité. Erlendur a trente ans et vient de divorcer.
Le personnage est plus jeune, plus ouvert et bien moins désillusionné et sombre que dans l’avenir que nous lui connaissons. Il travaille depuis peu à la brigade d’enquêtes criminelles sous les ordres de Marion Briem et ne cache pas ses positions contre la présence américaine sur le sol islandais.

Alors non Erlendur n’est pas contacté pas la tante de la jeune fille, c’est l’argument qu’il prendra au cours des rencontres qu’il va effectuer pendant cette enquête qu’il mène de son propre chef, encouragé par Marion Briem qu’il a décidé de rejoindre à la criminelle (une affaire qui s’est déroulée 25 ans plus tôt et pas 40 ans – c’est un cold case, mais quand même). Une fois cela dit, je ne peux que vous encourager à lire ce nouvel épisode que j’ai trouvé très bon. Les deux enquêtes se chevauchent mais ne gênent en rien la lecture de l’ouvrage. Je me suis même posée la question à un moment de savoir laquelle je souhaitais voir résoudre le plus rapidement. Elles sont à la fois différentes et communes aux yeux du lecteur de policier classique.

Toutes deux permettent à Arnaldur Indridason de nous parler de l’histoire de l’Islande, des conditions de vie après la Seconde Guerre Mondiale, de ce peuple dépourvu d’armée et qui voit se succéder des défenseurs amis sur leur territoire, de la différence entre les US et l’Islande dépourvue de tout et, fascinée par cette culture : musicale, vestimentaire etc…. 25 ans plus tard, la présence de l’armée américaine n’est plus perçue de la même manière. Les conditions économiques ont changé et en dépit de la Guerre froide, leur présence est disputée, même si des transactions illicites demeurent entre les islandais qui travaillent sur cette base et les américains.

Cette nouvelle histoire d’Erlendur est moins introspective que les romans où il est seul aux commandes ; bien entendu le lecteur ayant lu les autres opus le connaissent mais, ce volume montre néanmoins sa sensibilité, son intérêt pour les disparitions non résolus, pour ces êtres pris dans des tempêtes et, son instinct dans l’art et la manière d’interroger les gens. Marion n’a pas encore toutes les cartes en mains, contrairement au lecteur mais la connivence s’installe entre les deux hommes, en dépit de quelques piques. Leur talent d’enquêteur est présent, mais sans la présence d’une aide interne sur la base, rien ne serait possible. Tout leur art sera de déployer des trésors de persuasions pour que Caroline, la jeune femme noire américaine, accepte de les aider, en dépit des difficultés qu’elle rencontre elle-même de par sa couleur de peau. Grâce à leurs échanges c’est une véritable ville dans la ville, une véritable ambassade que l’on va découvrir autour de cette armée.

Avec toujours le même sens du rythme, lent et parfois contemplatif de la nature comme des hommes, l’auteur a su m’entraîner à la suite de son héros. Préquel ou pas, c’est réellement un agréable moment de lecture.

Un billet que j’ai aimé, et un autre pour faire bonne mesure.

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