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Abha Dawesar - Madison Square Park.Festival America 2016

Madison Square Park / Abha Dawesar. Roman traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurence Videloup. Editions Héloïse d’Ormesson, 2016. 335 pages.

Enfant, Uma a quitté son Inde natale pour les États-Unis. À trente ans, elle habite New York avec Thomas. Pour protéger leur relation, elle cloisonne sa vie en gardant à distance le poids d’un passé qu’il ne faudrait surtout pas remuer. Mais le jour où elle apprend qu’elle est enceinte, ce fragile équilibre bascule.
Madison Square Park est une tragi-comédie sur fond de quête identitaire. Abha Dawesar y explore le devenir-femme par le dépassement de lourds héritages qui s’inscrivent jusque dans les gènes. Elle offre à ses personnages une liberté toujours vacillante – entre repli sur soi et ouverture à l’autre –, où seul triomphe l’acharnement à vivre et à aimer.

C’est un très beau roman que nous offre Abha Dawesar que je ne connaissais absolument pas, alors qu’elle n’en est pas à son coup d’essai. A la lecture de la 4ème de couverture, je me suis demandée ce que j’allais y découvrir, si une certaine vision de l’arrachement d’Uma à son pays natal serait au coeur de l’ouvrage, si j’allais y trouver un certain parallélisme avec les actualités quotidiennes : émigration, adaptation?

Autant vous le dire tout de suite, ces clichés n’ont aucunement cours dans ces pages. Le poids du passé d’Uma est avant tout lié à la relation de couple de ses parents bien loin de la perfection et dont elle fut, dès la prime enfance, le témoin silencieux. Ils exercent sur elle une emprise inimaginable aux yeux de tous : famille, proche… Ses père et mère jouent avec elle comme ils jouent tous les deux, de manière malsaine, usant de ses sentiments, de son amour filial. Tout cela nous allons le découvrir, pas à pas, par le biais de sortes de flash back qui peu à peu vont nous éclairer sur les raisons de l’arrivée de cette famille, sur les relations de ce couple et du jeu dangereux qu’ils vont vivre à leur fille, pris entre tous les feux : respect et désir d’émancipation en quelque sorte.

Jeune femme brillante, elle a su, aider de quelques personnes parvenir à un poste à responsabilité, à s’émanciper dans sa relation amoureuse mais la domination de ses parents reste patente. Si ses hésitations, sa non rébellion peut sembler étrange (mais tellement réaliste), elle m’a fait penser à ces enfants martyrs (non ce n’est pas un spoiler), aux victimes du syndrome de Stockholm. Mais, les pages ne se résument pas qu’à cela, elles racontent beaucoup plus : la quête du bonheur sans doute, et, comme je le mentionnais, ces belles rencontres qui vous permettent de repartir, de donner souffle à votre existence à certains moments.

Et lorsque vous perdez une partie de votre passé, de votre souffrance intime, rien ne dit que vous pourrez rebondir plus aisément car la vie réserve bien des surprises et des silences, même de la part de ceux qui jusqu’alors vous apportez aide et compréhension. Le plus difficile chemin reste alors à parcourir : recommencer, redonner sa confiance en tout point ou en partie. Mieux se connaître afin d’avancer.

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