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John Irving - Avenue des mystères.Avenue des mystères / John Irving. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun et Olivier Grenot. Seuil, 2016. 515 pages.

Lors d’un voyage aux Philippines, Juan Diego Guerrero, revit en rêves récurrents les épisodes qui ont marqué ses jeunes années au Mexique non loin de la décharge publique d’Oaxaca où lui et sa soeur Lupe ont grandi. C’est dans les livres abandonnés sur les ordures par un jésuite bienveillant de la mission locale que l’adolescent a appris seul à lire et à penser. Recueilli avec sa petite soeur extralucide dans un cirque, il voit son destin basculer lorsqu’un couple improbable – formé par une transsexuelle mexicaine et un ex-jésuite homo américain – l’adopte et l’emmène dans l’Iowa aux Etats-Unis.
Au terme de ses études, il devient un écrivain célèbre. Infirme depuis le jour où une voiture lui a écrasé le pied, Juan Diego a en outre le coeur fragile ; il prend régulièrement des bêtabloquants, qui le protègent des émotions et occasionnellement du Viagra… car on ne sait jamais. Des émotions justement, il en aura pendant ce voyage au contact de Miriam et Dorothy, mère et fille aussi désirables qu’inquiétantes.
Ballotté d’hôtels en aéroports, Juan Diego se remémore entre autres la mort de sa mère, femme de ménage chez les jésuites et prostituée à ses heures,  » tuée  » par une statue géante de la Vierge Marie ; la foule des pèlerins exaltés au sanctuaire de Guadalupe à Mexico ; les êtres qu’il a aimés, disparus depuis longtemps. Son destin fantasque et agité s’accomplira enfin, sur un mode mélancolique, dans une modeste église au fin fond d’un quartier pauvre de Manille.

Même si vous n’avez jamais vu de billets ici depuis 8 ans sur Irving, il faut que vous sachiez que j’aime Irving. Ses 3-4 derniers romans sont toujours sur les étagères, attendant le moment propice, le temps pour les dévorer. Alors lorsque j’ai vu la sortie de ce dernier opus, je l’ai acheté (bien entendu) mais cette fois j’ai rapidement commencé ma lecture.

C’est toujours un plaisir pour moi de retrouver cette folie douce des personnages d’Irving, ses thématiques usuelles (notons l’absence de la  lutte dans ce roman), ce qui me fait toujours autant sourire. A chaque fois, je me demande comment il va pouvoir amener ces thèmes et, les voilà, au détour de l’histoire, souvent en très bonne place dans la vie du personnage principal. Alors oui ses détracteurs verront cela comme des travers, tout comme son style, mais en ce qui me concerne, cela me donne juste envie de reprendre tous ses romans.

Juan Diego est le personnage principal et, il est lui-même romancier. John Irving lui crée bien entendu un passé pittoresque mais surtout il fait au fil des pages référence à la bibliographie de cet écrivain imaginaire, double de lui-même à travers ses écrits. Quel plaisir pour les amateurs de trouver ces clins d’oeils (je pense notamment à « L’oeuvre de Dieu, la part du diable », « Un enfant de la balle » etc…) et pour le lecteur découvrant Irving, nulle crainte car nul besoin de les connaître.

L’auteur envoie donc son personnage en voyage aux Philippines afin, notamment, de respecter une promesse faite lorsqu’il était enfant à un jeune américain. Juan Diego suit un traitement médical dont les effets secondaires sont, pour les plus pénibles selon lui : un état amorphe, l’absence de rêves et de souvenirs et de ne plus bander. Etat qu’il compense via une prescription de Viagra. Les voyages ne font pas bon ménage avec la prise de médicaments, d’autant plus lorsque vous les laissez dans votre valise, que votre vol a du retard et que vous rencontrez 2 femmes se présentant comme mère et fille et se proposent de vous aider. Juan Diego se laisse porter pour ce premier vol et redécouvre ses souvenirs. Entre son envie de se remémorer son histoire familiale, la quasi omniprésence de ces femmes et des événements externes, autant vous dire que le traitement n’est guère scrupuleusement suivi. Ce qui nous donne un va et vient entre le passé et le présent, propre à découvrir la vie de l’enfant qu’il fut, de ses batailles avec la vie comme avec la religion. Une nouvelle fois ceux qui aiment le style linéaire seront désarçonnés, pour les autres cette épopée fantaisiste et débridée va vous faire passer, comme souvent avec Irving, du rire aux (presque) larmes. Car non la vie de Juan Diego enfant-adulte ne fut pas un long fleuve tranquille.

La chute me semblait évidente, mais je pense que l’intérêt du lecteur réside dans  l’histoire de Juan Diego et de sa famille directe ou non. Comme toujours on s’attache aux personnages présent et à ceux liés au passé, même si on sait d’avance que leur absence est forcément liée à une disparition prématurée qui va constituer une partie de la trame du roman.

Toujours le même plaisir d’ouvrir un roman de John Irving.

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