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Mal de mère / Rodéric Valambois. Soleil, 2015 (Quadrants Astrolabe). 223 pages

Jean-Mary, mon père cultivé et ironique ; il est le maire de notre commune et travaille dans la culture. Mon grand-frère, Cédric, est un ours qui ne dit pas grand- chose ; adolescent, il est en conflit avec tout le monde. Ma petite soeur, Vanessa est sans doute la plus fragile ; elle aura toujours connu notre mère dans cet état. Claudette, remarquable maman, institutrice en école maternelle. Elle s’occupait vraiment bien de tout, de la maison, de notre famille… Avant.Et puis moi, Rodéric, jeune garçon de neuf ans pas du tout armé pour la vie, qui pense vivre dans le meilleur des mondes mais qui voit tout ce qui l’entoure s’effondrer et se salir.

Roman graphique autobiographique dans lequel Rodéric Valambois aborde le difficile sujet de l’alcoolisme de la mère. Une maman modèle pour une famille que l’on pourrait voir comme idéale, mais il y a l’alcool qui détruit progressivement l’unité, les sentiments, la confiance et la place de la mère. C’est au travers de Rodéric, 9 ans lorsque débute cette narration, que l’on va suivre cette déchéance. Il note quelques changements, des disputes plus fréquentes, un sentiment étrange s’immisce en lui, mais il faut que sa petite soeur, Vanessa, exprime enfin la vérité pour qu’il réalise vraiment. Plus dur fut la chute en quelque sorte ! Car le malaise sous-jacent était là et cette vérité nue le plonge dans la tristesse qui progressivement va se transformer en rage.

Une fois que les mots sont dits, les évidences s’accumulent mais, la spirale infernale se poursuit en dépit des efforts maladroits, distraits des uns et des autres. Il n’hésite pas à montrer sa maladresse au fil de ces années, son aveuglement. Car non seulement c’est Vanessa qui lui révèle la vérité par cette simple phrase mais, bien des années plus tard, c’est encore elle qui lui racontera les démêlés de son père avec l’épicerie, le boucher, et même l’école où travaille sa mère.

Non, Rodéric Valambois ne juge pas, il exprime sa souffrance, son incompréhension vis à vis de son père comme de sa mère, mais également des familles paternelle et maternelle. Il n’y a pas de mots pour expliquer le pourquoi, pas de mots pour comprendre. S’il crie, ignore sa mère, semble la mépriser au fil des années, il n’en demeure pas moins qu’il garde au fond de lui cette vision de cette mère aimante et attentionnée qu’elle fut, avant…

Alors non cette histoire n’est pas la plus gaie qui existe mais elle se veut un témoignage du quotidien d’une famille qui peut être celle de n’importe qui, peu importe l’époque. L’auteur nous montre en retraçant cette histoire qu’il n’y a pas de fatalité, que la vie continue pour les uns et les autres. Un dessin sobre, simple, nuancé de gris qui accentue parfois la tristesse ambiante, mais réaliste et contemporain. Afficher l'image d'origine

Je reste admirative devant cet auteur qui sait montrer, parler de cette souffrance, sans ajouter trop de pathos, simplement en retraçant ses émotions, ses sentiments du moment et qui termine en nous parlant des questions qui demeurent aujourd’hui, en lui, de la place de cette mère qui était également une femme, une épouse et une institutrice.

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