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Le chardonneret / Donna Tartt. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soockindt. Plon, 2014 (Feux croisés). 787 pages

Theodore Decker a 13 ans quand sa vie bascule : alors qu’il visite une exposition au Metropolitan de New York avec sa mère, qui attire son attention sur Le Chardonneret, exquise représentation de l’oiseau par Carel Fabritius, élève de Rembrandt et inspirateur de Vermeer -, un attentat à la bombe pulvérise le musée. Theo s’en sort, pas sa mère. Choqué, hagard, il subtilise le fameux tableau, miraculeusement préservé.
Le cours de son existence y sera lié à jamais. D’abord accueilli dans la riche famille d’un ami de lycée, le garçon est sommé de suivre son père, un alcoolique qui ne s’est jamais occupé de lui, dans un quartier glauque de Las Vegas. Puis, de retour à New York après la mort brutale de son père, Theo va prendre contact avec un antiquaire de Greenwich et s’immerger dans le milieu des trafiquants d’art – dissimulant toujours son précieux talisman…

Ce beau gros roman m’avait fait de l’oeil au dernier Salon du Livre de Paris. Comme d’habitude, j’ai pris mon temps pour commencer à le lire, faisant abstraction du prix reçu et des critiques vues ici et là. Commençons par ce point avant d’aller plus loin.

Alors oui cet ouvrage a des travers amplement soulignés par bon nombre de lecteurs, mais à mon sens ce que l’on peut percevoir comme des digressions peuvent expliquer le comportement de Theodore adulte. Tout est imbriqué : l’attentat, les souffrances physiques et psychologiques ; tout cela peut expliquer sans doute son abus de cocktails en tout genre, liés à l’abandon de 2 ados à  eux-mêmes. J’avoue que le passage chez son père et ses découvertes de l’alcool et autres substances n’est pas la partie que j’ai préféré, même si la chaleur et la moiteur de Las Vegas, et les excès liés à cette ville sont une riche idée. Sans doute, vu la rencontre faite avec Hobie et cette jeune fille, les lecteurs s’attendaient-ils déjà à un magnifique happy end, mais Dona Tartt a choisi des voies plus complexes. Imbriquant les relations humaines, la perte des êtres chers et la difficulté de la reconstruction.

Son roman est construit, avant tout, à mes yeux, autour de l’art. Bien entendu, cela peut sembler facile de le dire lorsque l’histoire commence dans un musée, que le titre et l’intrigue tourne autour d’un célèbre tableau (bien moins connu que d’autres oeuvres, mais il reste néanmoins cité dans les cours d’histoire de l’art, et est tellement hors du temps qu’il reste en mémoire de tous ceux qui l’ont vu), élément déclencheur de la vie de notre personnage principal. En parlant de cette oeuvre et de quelques autres, Dona Tartt m’avait déjà totalement conquise en évoquant Vermeer, Ruysdael et quelques autres, avec des mots qui sonnaient si justes. Ajouter à cela, le travail du bois, l’atelier de Hobie (marotte de mon enfance qui me faisait aspirer à la profession d’ébéniste), tous les éléments étaient là pour m’intriguer et me plaire.

Oui les parties peuvent parfois sembler inégales, mais ainsi que je le mentionnais, toutes les situations sont importantes pour comprendre Théodore. Dona Tartt débute ainsi par un court chapitre (3 pages) précédent la chute du roman et démarre nos interrogations. Nous ne le connaissons pas encore cet homme, mais déjà on le sent si américain, que l’on se demande comment il a pu atterrir dans cette chambre d’hôtel en Europe. A peine les 1ères questions ébauchées, que l’auteur nous envoie vers ce qui sera à l’origine de toute cette histoire. Cette partie est certainement une des plus belle, attachante et terrifiante. Surréaliste ensuite par la fuite de cet enfant, et « son abandon » à lui-même….

Vous l’aurez compris, même si je ne peux en dire plus sans risquer de raconter la vie de Théo et du tableau, j’ai réellement aimé ce roman.

 

Merci à Titine de m’avoir encouragée à le lire, lorsque j’ai hésité en voyant qu’il avait reçu le prix Pulitzer.

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