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amaricaLe Mois américain chez Titine (cliquer sur l’image)

Habibi / Craig Thompson. Traduit de l’anglais (américain) par Anne-Julia & Walter Appel, Paul Pichereau, Laëtitia & Frédéric Vivien. Casterman, 2011. (écritures). 671 pages.

Ancré dans un paysage épique de déserts, harems et bâtiments industriels, Habibi raconte l’histoire de Dodola et Zam, deux enfants liés par le hasard, puis par un amour grandissant. Réfugiés dans l’improbable épave d’un bateau échoué en plein désert, ils essaient de survivre dans un monde violent et corrompu. Seule la sagesse des récits narrés par la jeune femme, issus des Livres sacrés et des traditions orientales, pourra les protéger de l’avidité des hommes.
A la fois contemporain et intemporel, Habibi est une histoire d’amour aux résonances multiples, une parabole sensible et lucide sur le monde moderne et la relation à l’autre. Avec Habibi, Craig Thompson signe un travail graphique d’une impressionnante sophistication, marqué du sceau du merveilleux.

C’est la couverture de ce roman graphique qui m’a tout d’abord attiré. Son épaisseur m’a surprise et je n’étais pas au bout de mes surprises. A la fois imaginaire et réel, cet ouvrage est fait de contrastes : par son graphisme, dans l’histoire elle-même qui mêle le quotidien, parfois âpre et la vie rêvée qui se brise si rapidement, le tout entrecoupé de références érudites sur le Coran et la Bible, les secrets de la calligraphie arabe, des extraits de légendes et des bribes de récits à la façon de Mille et Une nuits. Histoire dans l’histoire lorsque le sultan donne un certain nombre de nuits à Dodola avant de se lasser d’elle, avant de la tuer. Forcément la référence à Shéhérazade est aisée dans ce contexte, mais bien d’autres histoires se retrouvent dans ce conte quasi sans fin si ce n’est l’espoir pour Dodola et Zam de se retrouver un jour.

Avancée du désert,  folie et violence des hommes, esclavage, Craig Thompson semble avoir réellement voulu condenser bon nombre de thématiques qui lui sont chers. Alors parfois, la lectrice que je suis fut un peu désarçonnée, tant d’érudition au coeur d’un récit à la fois si dur et si tendre, au réalisme cru ; ainsi, on découvre que ce n’est pas grâce à la bonté d’âme des caravaniers que Dodola revient avec des provisions. A la manière de Zam, lentement mais amèrement on découvre la réalité. Dodola le berce, lui raconte des histoires dans lesquelles nous nous laissons entrainer. Jusqu’à son enlèvement…

Zam et Dodola n’auront plus qu’un seul but : se retrouver mais pour cela ils vont devoir traverser bien d’autres univers, bien loin de leur paradis / bateau perdu. Soubresauts du quotidien, de notre futur, une nouvelle fois l’auteur se fait le chantre de ses craintes : la guerre de l’eau, les problèmes environnementaux. Mais Zam et Dodola, envers et contre tout, font face et reprennent le chemin de leur vie, unissant leurs cultures, leurs couleurs de peau, leur sensualité et leurs souffrances passées.

A découvrir, à reprendre tranquillement sans se bousculer tant ces récits se mêlent et les clés de lecture sont différentes, dépendant certainement de ce que l’on y cherche ou de ce l’on veut bien y voir.

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