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Miss MacKenzie / Anthony Trollope. Traduit de l’anglais par Laurent Bury. Le Livre de Poche, 2010. 510 pages

Dans l’Angleterre victorienne, Margaret Mackenzie, vieille fille de 35 ans, reçoit subitement un héritage et les prétendants ne tardent pas à se presser. Elle hésite entre son cousin John Ball, veuf et père de famille nombreuse, Samuel Rubb, l’associé filou de son frère, et le révérend Maguire. La situation se complique lorsque l’héritage est remis en cause… Le style est à l’image de son héroïne : tout en retenue et en mesure, sans fards, avec un art de la litote qui sert au mieux la satire sociale. Le livre est farci d’humour et le dîner de Mrs Tom Mackenzie ou le Bazar des orphelins de soldats nègres en sont des morceaux choisis.

 

Tout, j’ai réellement tout aimé dans ce roman.

Oui le contexte peut sembler vieillot à certains, mais j’ai apprécié ce côté suranné. Rien n’est mielleux dans cette histoire de vieille fille héritière qui c’est jusque-là dévouée à son père puis à son frère qui en a fait son héritière. Et, contrairement à l’image des femmes de cette époque et par rapport à son histoire personnelle, Miss MacKenzie décide de faire les choses comme elle l’entend. Rien de bien revendicatif pour nos yeux : le simple fait de ne pas se glisser sous l’aile de son frère aîné ou de ne pas se marier au premier venu, mais d’opter pour vivre dans une nouvelle ville, en prenant la tutelle d’une de ses nièces nous montrent une certaine indépendance d’esprit. Bien entendu nos prétentions de libération de la femme sont bien vite verrouillées lorsqu’on l’a voit intégrer un cercle un peu extrême au niveau de la religion, et l’impact que cela a sur sa vie sociale là-bas : elle ne peut fréquenter que ce cercle et pas un autre. Néanmoins, en dépit des conventions, on la voit encore se débattre entre son éducation et son désir d’aller au-delà. Une volonté de voir autre chose, de côtoyer qui bon lui semble. Et les questions s’enchaînent dans sa tête. Mais une autre question va très vite se poser.

Car oui, c’est une vieille fille, mais Miss MacKenzie n’a pas pour autant renoncer au mariage (qui reste l’aboutissement suprême de la vie d’une femme à cette époque) ; elle n’est pas vilaine et son héritage fait d’elle un parti enviable. Très vite, des hommes de différentes conditions s’empressent autour d’elle. Peu expérimenté en ce domaine, Miss MacKenzie se cherche comme elle essaie de comprendre l’empressement de ses hommes : partagent-ils son idéal, les demandes sont-elles uniquement liées à sa fortune personnelle, quelle sera son devenir de femme mariée ? Trollope montre tous les tourments de cette femme « moderne », qui reste attachée à sa famille, cherche à ouvrir son coeur tout en souhaitant poursuivre la vie qu’elle a durement gagné au prix de sa mise à l’écart. Il montre les travers des hommes, s’en moque avec habilité. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils n’ont guère le beau rôle dans cette histoire. Quant aux femmes, leur sort est à peine plus enviable. De belles caricatures de la gente féminine se dégagent là-aussi.

En alternant les portraits, les rebondissements liés à l’héritage comme à la cour de ses différents specimen, Anthony Trollope a ravi ma lecture.

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