Mots-clefs

, ,

L’écrivain national / Serge Joncour. Flammarion, 2014. 389 pages

Le jour où il arrive en résidence d’écriture dans une petite ville du centre de la France, Serge découvre dans la gazette locale qu’un certain Commodore, vieux maraîcher à la retraite que tous disent richissime, a disparu sans laisser de traces. On soupçonne deux jeunes « néoruraux », Aurélik et Dora, de l’avoir tué. Mais dans ce fait divers, ce qui fascine le plus l’écrivain, c’est une photo : celle de Dora dans le journal.
Dès lors, sous le regard de plus en plus suspicieux des habitants de la ville, cet « écrivain national », comme l’appelle malicieusement monsieur le Maire, va enquêter à sa manière, celle d’un auteur qui recueille les confidences et échafaude des romans, dans l’espoir de se rapprocher de la magnétique Dora. Dans une atmosphère très chabrolienne, Serge Joncour déroule une histoire à haute tension : les quelques semaines de tranquillité que promettait ce séjour d’écriture se muent, lentement mais sûrement, en une inquiétante plongée dans nos peurs contemporaines.

Serge Joncour se raconte… Du moins c’est le point de départ de ce roman où il fait s’entremêler différents styles de roman ai-je envie de dire : une part autobiographique (où il relate la vie d’un auteur connu, ses séances de dédicace etc… son quotidien), une part de terroir, un polar et un roman d’amour, le tout assaisonné de « télé réalité » via un fait divers. Et quel fait divers ! Il associe les membres de la localité qui l’a invité en résidence, des néo ruraux forcément suspects, sous un nuage éco-environnemental. N’en jetez plus me direz-vous ? Pas vraiment. Serge Joncour passe habilement d’un élément à l’autre, les croisent… ;  sous couvert de nous faire partager les aléas de sa vie d’écrivain, il nous laisse le suivre dans sa quête amoureuse, et découvrir les petites et grandes faiblesses de Donzières comme de ses personnages ou de lui-même, l’homme derrière l’écrivain.

Ce n’est pas pour moi un livre inoubliable, mais son style et ses arguments ne m’ont pas laissé de marbre et son habilité à jouer sur tous les registres m’a étonné, sans me lasser. Il sait  faire oublier au lecteur la part du roman et celle de la réalité en nous plongeant dans deux faits de notre société l’économie et une certaine vision écologique. La question que je me pose est de savoir qu’elle sera la vision d’un lecteur dans une 20aine d’années ? Comment cet ouvrage pourra-t-il lui parler ? Sans doute d’autres clés se dégageront-elles de sa lecture, mais cette accroche  aura sans doute totalement disparu.

Une lecture en demi-teinte, mais une envie de lire d’autres romans de cet auteur.

Publicités