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Temps glaciaires / Fred Vargas. Flammarion, 2015. 497 pages

« Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’oeil cette nuit, une de ses soeurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment. – La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré.
Tu as des doutes ? Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans.- Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ? »

Et là, je prends conscience que cela fait un moment que je n’ai pas lu Fred Vargas, que son dernier roman (« L’armée furieuse ») me tentait et que j’ai oublié de lire. Shame on me !

Car oui dans ce dernier roman, fort bien mené à mon goût où les intrigues s’emmêlent (des algues qui font des noeuds et dont Adamsberg a bien du mal à trouver les extrémités), tous les personnages sont bien là, mais je me suis rendue compte que le temps avait passé et que j’avais loupé quelques épisodes. Bien entendu, si vous prenez le train en marche et que vous découvrez (soyons fous) Fred Vargas, cela ne nuira en rien à cette enquête. Mais à l’image de son commissaire, elle s’attache aux relations humaines et prêtent une attention rare à l’ensemble de la brigade, des tronches, des personnalités, un microcosme qui lui sert d’allant tout au long des enquêtes qu’elle nous invite à suivre et de temps en temps, vous prenez conscience qu’il vous manque un petit quelque chose lorsque vous connaissez certains personnages. Néanmoins la magie est là, les personnages avec leurs travers et qualités que le commissaire, fin connaisseur de la nature humaine exploite à son avantage. Alors oui, c’est certain, ce n’est pas un super héros (il n’aurait besoin de personnes ou presque dans ce cas) donc il a des faiblesses, des oublis mais qui le rendent plus proches de nous et permettent à des protagonistes que l’on pourrait juger de prime abord, de second ordre, de le rappeler à l’existence et de l’obliger à chercher ce qui le démange, ce qu’il a vu / entendu, qui est resté là dans les tréfonds mais qui a du mal à ressortir.

Drôle d’enquête pour un étrange commissaire qui nous emmène de Paris à l’Islande, d’un suicide à une série de meurtres en passant par des figures historiques de la Révolution. Mais sont-ils tous devenus fous vous demandez-vous en lisant ce dernier point alors que notre roman se déroule en plein XXIème siècle. Nullement, les travers de l’homme ressurgissent que l’on se trouve au XVIIIème ou aujourd’hui et, c’est après bien des méandres et des remises en cause qu’Adamsberg va boucler cette banale affaire de lettres (le style épistolaire en vogue a-t-il inspiré notre romancière, je ne sais, mais le raccourci est si facile que je ne peux qu’y songer.)

Une belle réussite. Verdict : je dois reprendre ma lecture des précédents romans de Fred Vargas.

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