La part des flammes / Gaëlle Nohant. Frances Loisirs, 2014. 555 pages

Un roman inspiré d’un fait divers. Paris, 1897. Toutes les femmes de l’aristocratie se pressent au Bazar de la Charité, événement mondain des plus courus. Parmi elles, deux femmes peu habituées à cet univers, Violaine de Raezal, rejetée par ses pairs depuis la mort de son mari, et la jeune Constance d’Estingel, indifférente aux conventions sociales. Quand le bazar prend feu et que le piège des flammes se referme, la tragédie fait basculer leur destin.

Roman en lice pour le Prix de la Closerie des Lilas 2015

Quel est l’élément commun des femmes de l’aristocratie en cette fin du XIXème siècle ? la charité. Certaines la font pour occuper leurs journées, d’autres par conviction religieuse ou non, mais beaucoup pour montrer leur coeur envers les plus indigents et afin de ne pas être montrer du doigt par les membres de cette société bien-pensante. Nous sommes en 1897 est c’est une des seules liberté accordée à ces femmes. Celles qui pensent par elles-mêmes, qui cherchent à briser le carcan de ces us, à réfléchir par elles-mêmes sont bien mal vus. Rappelons que les jeunes femmes de cette période doivent se lancer dans le monde grâce à un bal, et tenter d’obtenir le soupirant le plus fortuné s’il n’a pas été directement choisi par la famille. Ensuite elle sera mère de famille, paradera quand les  circonstances lui imposeront -elle pourra même montrer à cette occasion quelques mots d’esprits -, s’occupera de ses oeuvres et ira prendre le thé ou cancaner avec ses amies et c’est bien là tout ce que la société lui accordera.

Quelques femmes un peu trop libres d’esprits vont se croiser dans des circonstances inimaginables puisque Gaëlle Nohant reprend la tragédie du Bazar de la Charité qui joue un rôle déterminant pour ce roman et dans l’histoire des femmes qu’elle nous fait suivre. S’inspirant de faits réels, de personnages ayant réellement existé ainsi que d’autres de plume, elle montre à travers ces destins croisés la place de la femme de l’aristocratie dans la société, sans oublier de traiter tous les éléments novateurs propres à cette période : le « traitement » des maladies telle la tuberculose, plus tard celui des grands brulés, mais également le traitement des maladies nerveuses des femmes, les retraites imposées à certaines, l’arrivée du cinéma, la place de la presse, celle des théâtres…

Cet ouvrage est à la fois un roman historique, d’amour, de société et d’émancipation. 3 personnages féminins / 3 générations vont le dominer : la duchesse d’Alençon, Violaine de Raezal, esprit libre dans sa jeunesse qui a payé le prix de cette émancipation et le paie encore 20 ans plus tard. Enfin Constance d’Estingel tourmentée dans sa foi et ses amours, qui cherche à comprendre la société dans laquelle elle vit, cherchant désespérément un soutien, une force morale : ses parents l’oublient, la supérieure de son ancien pensionnat ne semble voir en elle qu’une nouvelle recrue, la société ne répond pas à ses attentes. Son espoir réside en son fiancé mais les influences des uns et des autres troublent ses idées. Bientôt l’incendie va redistribuer les cartes et meurtrir toutes ces grandes familles dans leur chair : »La part des flammes », c’est également la part des femmes abandonnées à cet incendie qui se déchaîne et qui en l’espace de 15 minutes va réduire un bâtiment en un brasier et laisser plus de 100 cadavres mêlés les uns aux autres ainsi que débris de l’édifice.

Si l’ensemble est fort bien raconté, les faits, les positions et les suites de l’incendie parallèlement au « retour à la vie » de nos héroïnes, et si je me suis laissée gagner par ma lecture, je n’ai néanmoins pas trouvé la petite impulsion qui en fait un ouvrage haletant / inoubliable à mes yeux. Pourtant il avait vraiment tout pour me plaire et l’histoire est fort bien narrée.