La couleur bleue / Jörg Kastner. Traduit de l’allemand par Olivier Manonni. JC Lattès, 2006. 518 pages

Un tableau peut-il rendre fou et pousser au meurtre ? Un suspense haletant dans la hollande du XVIIe siècle autour du génial Rembrandt. Amsterdam, 1669 : un teinturier spécialisé dans la couleur bleue assassine sauvagement sa famille. Le lendemain, le gardien de sa prison est lui-même pris d’un accès de folie et massacre sa compagne. Quel secret se dissimule derrière ces meurtres ? Pourquoi un mystérieux tableau est-il lié à chacun d’eux ? C’est ce que devra découvrir le jeune Cornélis, élève de Rembrandt et amoureux de la fille de celui-ci. Pour dénouer les fils de cette sanglante histoire, le voilà entraîné dans une course rocambolesque, où les haines religieuses se mêlent au commerce illicite de la Compagnie des Indes, et où les tableaux des grands maîtres servent d’appâts aux amours tarifées de luxe. Couleur rare et sacrée, le bleu serait il l’incarnation du mal et du crime ?

Amusante coïncidence d’enchaîner deux ouvrages où l’on retrouve un même protagoniste : Rembrandt, mais aussi, la ville d’Amsterdam. Le roman se situe chronologiquement 4 ans environ après « Le peintre et la jeune fille » et, je dois l’avouer, j’ai pris beaucoup plus de plaisir à cette lecture. Alors oui la facture du roman est beaucoup plus traditionnelle, davantage linéaire, mais elle n’empêche pas Jörg Kastner de nous parler de la ville, de ses habitants et de donner des détails sur le quotidien. Même si j’ai trouvé des faiblesses à cet ouvrage, j’ai néanmoins tourné les pages avec plaisir cette fois, en dépit de ces descriptions, des passages « historiques » qui pour moi collaient parfaitement à l’histoire. Cependant je dois avouer que J. Kastner va moins dans le détail au niveau de la vie de Rembrandt et le fait d’avoir lu le roman de M. de Moor juste avant, m’éclairait bien sur des éléments tus (que tout un chacun connait sans doute pour l’auteur ou qui n’avait pas d’intérêt essentiel pour l’histoire).

En effet Rembrandt est un intervenant dans ce roman et s’il joue un rôle important, le vrai héros est le narrateur : Cornélis Suythof qui se trouve confronter à des morts mystérieuses que, bien vite, vont le mettre sur la piste d’une toile. Rien d’extraordinaire dans les modèles, mais la touche est sans contexte celle de Rembrandt. Mais il est peint dans une étrange couleur bleue ce qui ne cadre pas avec l’usage du peintre qui méconnait cette couleur dans ces oeuvres. Afin d’en avoir le coeur net, et les péripéties s’enchaînant : perte de son travail de gardien au Rasphuis, mort de son meilleur ami, tentative de meurtre à son égard, expulsion de son logement… il force la porte du peintre afin d’y trouver le gite et le couvert en tant qu’apprenti.

Jörg Kastner mêle habilement les faits historiques à son enquête policière. L’auteur a su ajouter une pincée d’amour et de mystère avec quelques figures typiques qui fait que l’on s’attache à son roman et à ses personnages. Il nous entraîne dans tous les lieux possibles et imaginables d’Amsterdam, nous fait côtoyer la lie de cette ville, les anciens marins, les peintres comme les marchands. Les pages se tournent, mais lorsque les révélations sur la couleur bleue (point de spoiler, la réponse de l’intrigue est dans le titre) nous sont données, j’ai trouvé que l’intrigue retombait quelque peu. Qu’il mêle enquête historique et faits religieux pourquoi pas, mais à force de vouloir nous donner des réponses, il est tombée dans un travers de « fantasy » qui ne sied pas du tout à son roman. Le thème de la religion : l’affrontement du bien et du mal m’a semblé quelque peu tiré par les cheveux. En dépit de cette chute que j’ai trouvé un peu juste et qu’il m’a valu agacements et déception, l’ensemble est fort agréable à lire.

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