Le chien qui louche / Etienne Davodeau. Futuropolis, Louvre Editions, 2013. 136 pages

Fabien est agent de surveillance au Louvre. Il aime son métier. Depuis quelques semaines, il aime aussi Mathilde. Celle-ci décide d’aller présenter son ami à sa famille, le clan Benion, comme elle l’appelle. Puisqu’ils ont désormais sous la main un « expert », les Benion tiennent absolument à soumettre à Fabien un tableau qui moisit dans le grenier depuis des décennies, et qui a été peint par l’aïeul Gustave. Une pauvre toile représentant un chien qui louche. La question des Benion est claire : le Chien qui louche a-t-il droit au Louvre ?  Dans un premier temps, n’osant pas décevoir sa belle-famille, Fabien ne fournit pas de réponse catégorique. Il aurait dû.

C’est dans un registre totalement différent de celui des Ignorants que nous invite Etienne Davodeau. Dans ce Chien qui louche, il mêle la vie d’un homme ordinaire : Fabien, a un lieu extraordinaire : Le Louvre. Et si, a priori, son métier pourrait ne guère faire rêver (les stéréotypes sont repris sans soucis par ses futurs beaux-frères, nul besoin de vous les réciter, je pense que vous les avez en tête), Davodeau va le plonger dans une aventure peu ordinaire en lui faisant vivre une histoire banal dans un lieu qui ne l’est guère. Car, en effet, toutes les croutes familiales peuvent-elles laisser espérer la découverte d’un génie et pourquoi pas l’accrochage au Louvre ? Quasi chaque événement du quotidien est transposé par Davodeau en un sourire, en magie en quelque sorte. Il arrache au quotidien des bribes qui transposent tout, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Ainsi si les salles du Louvre vous paraissent parfois banales, que pensez-vous de ces statues qui parlent ? Oui vous lisez bien, mais je tairais le jeu qui se cache derrière cette illustration pour garder la surprise.

Hé ! Coucou !

M. Balouchi (vous allez le découvrir en temps et en heure), visiteur habituel du Louvre qui commente les habitudes des touristes, qui admire le dos de cette statue et lui redessine une existence tellement plus moderne ;0) et que l’on découvrira dans un style tellement différent, très rapidement, à la fois triste et un peu absurde dans son rôle « futuriste » et qui va aider Fabien dans la mission impossible à laquelle il n’a pas su dire non.

Car ce Chien qui louche, franchement, je pense que peu d’entre nous en voudrait dans leur salon. Mais voilà, lorsque vous êtes amoureux et que vous rencontrez pour la première fois la famille de votre dulcinée, comment dire non sans vous faire mal voir, sans passer pour quelqu’un n’ayant guère d’importance ou de but dans l’existence. Car ces Benion ont de la suite dans les idées comme vous pourrez le découvrir dans les dernières pages de ce livre (givrés vous direz-vous ! Oui peut- être, mais ils contribuent au charme de cette histoire et croient en leur métier et pourquoi pas dans les démarches qu’ils font pour leur ancêtre)

Ce Chien qui louche va bouleverser à plus d’un titre la vie et le quotidien professionnel de Fabien. Et à son image, un peu déglingué qui prête à sourire, cet opus de Davodeau devrait plaire au plus grand nombre.

Mon seul bémol réside dans le graphisme un peu rapide des personnages. J’ai l’impression qu’Etienne Davodeau a pris beaucoup plus de plaisirs aux salles du Louvre et aux personnes qui le sillonnent qu’à l’extérieur. Mais régalons-nous de cette histoire….

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