Et devant moi le monde / Joyce Maynard. Traduit de l’anglais par Pascale Haas. Philippe Rey, 2011. 462 pages

Oona & Salinger / Frédéric Beigbeder. Grasset, 2014. 331 pages

J’entends déjà hurler les Sacrilèges ! Et comment peut-on opposer deux auteurs ? Remettons le tout dans le contexte : J’ai eu la chance d’assister à une mémorable rencontre entre ces deux auteurs débattant autour de Salinger. La discussion fut fantastique et m’a réellement donnée envie de lire ces deux ouvrages. Alors oui, une autobiographie et une biographie ! Alors comment les comparer ? C’est plus la personne de Salinger au coeur de ces 2 ouvrages qui me fait les mettre en « opposition ». Oui la période n’est pas la même mais voyons ensemble comment chacun a choisi d’aborder l’homme. Sachant que Joyce a une relation avec lui et que Frédéric reste en admiration devant son roman, et a opté  de parler de lui en écrivant une biographie romancée de la vie d’Oona et d’évoquer plus particulièrement sa rencontre avec Salinger, leurs échanges épistolaires etc…

2014 : les écrivains français semblent s’être donné le mot pour écrire une biographie et, après Foenkinos, je me retrouve une nouvelle fois avec des critiques disant que, vraiment ce livre est différent pour Beigbeder et de là, l’envie de me rendre compte par moi-même. Un ouvrage de cet auteur va-t-il enfin trouver grâce à mes yeux ? Oui j’avais été déçue par Foenkinos mais je laissais sa chance au second, lu la semaine suivante…

J’avoue, je n’y ai pas trouvé plus de plaisir.

Beigbeder part parfois dans de belles envolées lyriques mais dès le départ, puis de manière récurrente, j’ai retrouvé son besoin de se regarder le nombril. Car Beigbeder  est amoureux et veut le faire savoir à la terre entière et nombre de pages de cet ouvrage ne semblent là que pour mettre en avant ses sentiments, pour chanter les louanges de son héroïne, de la Oona  qu’il a toujours cherché (étant tombé quasi en pâmoison devant ce portrait de la dame en couverture). Honnêtement ses relations amoureuses ne m’intéressent pas. Si je veux lire ce genre de choses, certains magazines le proposent agrémenté de photos toutes les semaines.

Alors oui il va vous raconter, imaginer, les échanges d’Oona et de Salinger, parfois de manière laborieuse, parfois un tantinet plus détaché et d’une belle plume. Néanmoins de nombreux passages m’ont semblé lourds, sans intérêt.

Réellement j’étais tombée sous le charme de sa fraîcheur de ton dans ses échanges avec Joyce Maynard, mais les livres lus restent, pour le moment une déception.

J’ai trouvé l’ouvrage de Joyce Maynard plus honnête. Vous me  direz que c’est le moins que l’on puisse attendre d’une autobiographie, et que c’est certainement encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’un auteur américain. Néanmoins, nonobstant quelques paragraphes, j’ai tourné les pages avec intérêt sans avoir la sensation de faire preuve de voyeurisme.

En se racontant elle explique également comment elle a appris à écrire, le labeur parfois que cela représente lorsqu’elle doit s’atteler à ce travail tout simplement pour vivre ou faire vivre sa famille (au détriment du plaisir de l’écriture). Non elle ne fait pas preuve de misérabilisme, mais n’omet rien, pas même les articles alimentaires ou les non-dits qu’elle a pu rédiger, refusant de dire certaines souffrances, voulant montrer tout, absolument tout. Il est certain que pour certains lecteurs, ils verront là un manque de pudeur (ses problèmes avec la sexualité en premier lieu, ses relations avec ses parents etc…), mais elle nous montre que toute jeune femme désirée qu’elle fut, par Salinger, par d’autres hommes ensuite, elle n’a fait que se construire, se reconstruire de son éducation, de ses échecs.

Ainsi que je l’évoquais certains chapitres sont plus forts que d’autres, se lisent avec plus de facilité. Cela n’en reste pas moins un formidable témoignage d’une femme de son temps, d’un écrivain ayant rencontré la célébrité fort jeune à travers un article, ayant succombé au charme de Salinger croyant avoir trouvé l’homme idéal et épris d’elle comme de ses écrits, bâtissant des plans d’avenir et qui va les voir s’effondrer. Une première fois, puis d’autre fois, mais qui toujours remet son travail sur le métier et fait ce qu’elle aime et ce qu’elle sait faire : écrire avec sincérité et souvent avec beaucoup de justesse.

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