Rural : chronique d’une collision politique / Etienne Davodeau. Delcourt, 2001. 141 pages

C’est l’histoire d’un coin tranquille de campagne. Un couple achève d’y retaper une vieille bâtisse devenue en dix ans de travaux une agréable maison. Un peu plus loin, trois jeunes paysans, convaincus qu’une agriculture est possible, tentent le pari du bio. Un bien bel endroit, donc, jusqu’au jour où la nouvelle tombe : une autoroute va bientôt passer ici.

Je n’attendais rien de particulier de cet ouvrage. J’avais aimé Les ignorants dont je dois vous parler un jour (le temps de prendre le temps de le relire, de le savourer tant il est dense), et je me demandais ce que celui-ci pouvait donner. En dépit de la pointe d’appréhension à la vue de la Préface de José Bové, je me suis mise à lire et ai été conquise.

Rural c’est avant tout l’évocation d’une ferme bio ; composée de 3 éleveurs ayant constitué une SCEA qui leur permet de s’entraider, de profiter de leurs familles et de quelques congés. Davodeau nous entraîne dans leur quotidien, les laisse nous raconter comment ils en sont venus au Bio, les délais, les problèmes rencontrés par rapport aux « conventionnels » (ceux qui font de l’intensif, utilisent des pesticides etc…). Rien n’est camouflé : problèmes, gains, solution adoptée pour l’insémination des vaches, cycle du lait et projets. Je ne suis pas une citadine de souche, mais je suis certaine que tout cela parlera au plus grand nombre, même si cet ouvrage date d’il y a 15 ans. En fait, je n’ai pas l’impression que les choses aient beaucoup changé.

En effet, Davodeau évoque un autre sujet, qui concerne directement et indirectement nos agriculteurs, le passage de l’A87, construction du tronçon entre Angers et Cholet. Il nous montre l’influence (qui l’ignore encore malheureusement) des politiques et de l’argent. Comment pour se faire élire, renvoyer l’ascenseur, on n’hésite pas à s’arranger avec la nature etc (c’est étrange combien cet ouvrage m’a fait songer au futur aéroport de Nantes « Notre-Dame-des-Landes » avec toutes les contradictions présentes). Un couple se retrouve « exproprié » de 10 ans de travaux alors que la région encourageait jusqu’alors les gens à s’installer et à retaper les anciens bâtiments. Rien ne leur sera épargné : sous-évaluation de leurs biens, visiteurs du soir ou de la nuit en quête de matériaux bon marchés alors qu’ils habitent encore leurs maisons, visite des travaux et commentaires des citadins, sans oublier le racisme primaire.

Tout est dit avec force et cohérence dans ce court (si je le compare aux Ignorants, mais délayer pour délayer n’aurait sans doute pas servi à grand chose) ouvrage d’Etienne Davodeau. Force du dessin et des propos tout est là pour nous rendre ces ruraux attachants, leurs combats deviennent le temps d’une lecture le nôtre et, nous sommes comme lui, tétanisés devant cette belle maison réduit à néant et dont le nom, affront ultime disparaît comme s’il n’avait jamais existé. En alternant ces histoires liées par cette autoroute, l’auteur nous permet de passer un agréable moment, tout en nous montrant énormément : le travail des archéologues (dont je connaissais en partie les délais très courts de travail et que l’argent et le pouvoir obligent parfois à taire leurs découvertes ou à cacher leurs découvertes), la campagne et le bio qui ne sont pas un parcours de santé tel que le bon citoyen écolo-bobo peut l’imaginer. Et oui la campagne et les vaches, ce sont les odeurs, la mort et les heures de travail…

A découvrir ou redécouvrir….

Entretien avec Etienne Davodeau pour Rural !

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