Québec en septembre 2014

Griffintown / Marie-Hélène Poitras. Phébus (Littérature française), 2014. 171 pages.

Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance. Hommes et chevaux reprennent le chemin de l’écurie. L’hiver a eu raison de quelques-uns. Certains, comme John, reprennent le collier comme on renoue avec une mauvaise habitude. Pour d’autres, qui traînent plusieurs vies derrière eux, il s’agit souvent du cabaret de la dernière chance. Marie, la Rose au cou cassé, cherche quant à elle un boulot qui la rapprochera des chevaux.
Elle ignore ce que lui réserve l’été, le dernier de Griffintown. Car tandis qu’une procession de désespérés défile vers le Far Ouest à la recherche d’une maigre pitance, la Mouche ourdit sa vengeance. Histoire de meurtre, d’amour et d’envie dans un décor où tous les coups sont permis, Griffintown expose au grand jour l’intimité des cochers du Vieux-Montréal, ces cow-boys dans la ville. Un détournement habile, porté par une langue sensible et rude, du western spaghetti sauce urbaine.

Un petit opuscule fort original dans le style. La 4ème vous dit beaucoup, l’auteur vous laisse deviner des éléments et pourtant, la lecture se poursuit simple et pour moi, pleine de curiosité.

Griffintown tout d’abord : le dépaysement, un arrêt sur image. Mais à quelle période sommes-nous ? Des hommes aux poses de cow-boys qui cherchent le Far Ouest, mais qui sont désormais des cochers. Des gueules à ne plus savoir qu’en faire, les hommes comme les femmes. Des êtres revenus de tout, qui cherchent à vivre, se retrouve tous les ans pour reprendre leur job, leurs habitudes, bonnes-mauvaises, personne ne les juge car eux seuls vont y perdre, et parfois jusqu’à la vie.

C’est un tranche douce amer de l’existence, non pas un coin de paradis car il ne l’est vraiment pas, et les personnages, rapidement décrits par Marie Hélène Poitras, sont loin d’être des enfants de choeur. Mais ils ont une vie, une histoire vers ce point de ralliement : Griffintown. Et si Paul, le propriétaire de ces calèches, n’est pas disposé à le quitter ou à changer les choses, quelques gens de la ville et bâtisseur de rêves immobilier et d’argent facile sont eux prêts à forcer le destin pour le faire changer d’avis. Ils comptent sur sa disparition pour mettre à mal ce petit monde vivant de bric et de broc, s’appuyant les uns les autres, comme sur des béquilles… Et le lecteur aimerait que ce rempart soit plus fort que tout, mais l’évolution est en marche. Nous assistons aux derniers soubresauts de Griffintown, mais le tout rendu avec poésie, avec une grâce sensible, une forme d’hommage à ces cochers que l’on voit dans les villes, sans imaginer ce qu’ils deviennent une fois leur journée terminée ou à la morte saison.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman comme la passion qui s’en dégage.

Publicités