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N’oublie pas les oiseaux / Murielle Magellan. Julliard, 2014. 240 pages

Une jeune artiste débarque à Paris, des rêves plein la tête. A l’école de chansons où elle étudie, elle est subjuguée par l’un de ses professeurs, de plus de vingt ans son aîné. Autour de lui, les femmes défilent, attirées comme des papillons de nuit par la lumière. Comment capter son attention ? Pleine de bruits et de fureur, cette histoire s’étend sur vingt ans et retrace les soubresauts d’une passion au long cours.
Elle brosse le portrait d’un homme complexe et attachant, à la fois pygmalion, ami, amant, compagnon et père, qui se révèle être un don Juan impénitent. Mais elle décrit aussi l’éclosion d’une femme à la force insoupçonnée, qui se construit et se découvre au fur et à mesure qu’elle tente d’échapper au piège d’un amour absolu et dévorant. Pour son troisième roman, Murielle Magellan a choisi la voie du récit autobiographique.
Une démarche littéraire qui lui réussit, comme si son histoire, au fil des pages, nous racontait aussi la nôtre.

 

Quelle étrange sensation !  Crainte du  voyeurisme lorsque je lis que cette histoire est autobiographique, alors que bon nombre de romanciers n’omettent pas de préciser que tous les éléments sont de la pure fiction. Ici, tout est à l’opposé ! Muriel Magellan nous donne la couleur et même les couleurs, puisque dès les premières pages nous apprenons que l’Homme Slave est mort, qu’elle a eu un enfant avec lui et que leur histoire d’amour fut à rebondissement.

La crainte du glauque pointe ? Et bien pas du tout. En dépit de ma connaissance de tous ses événements à venir, je me suis laissée gagner par le texte, tout en sachant que le JE était bien réel.

Phrases courtes.  Aucun condensé ou voile pudique sur les tromperies, les amours d’attente. Elle aime l’Homme Slave, souhaite vivre sa passion avec lui, aimerait qu’il soit le père de ses enfants, mais sait qu’elle ne doit pas se cacher la face. Il est plus âgé et aime les femmes.

Et pourtant, le fil tenu persiste, leurs talents se croisent sans cesse. Il ne joue pas un rôle uniquement de mentor, il reste l’Homme qui lui dit de persister, d’écrire encore et toujours, celui dont elle veut bien plus qu’un simple encouragement ou de la tenir par la main dans son évolution professionnelle. Car si elle l’attend au fond d’elle-même, les périodes où ils se sont perdus de vue, ne lui ont pas fait abandonner ses projets artistiques qui les rapprochent et les éloignent.

Oui la passion est en flux tendu dans ce roman, où tout un chacun retrouve parfois les aspects de sa propre vie privée : la rupture, la jalousie n’est pas exempte du récit. Et en dépit de l’aspect autobiographique, de cette  chute attendue, le noeud au creux de l’estomac gagne lorsque l’inéluctable moment arrive. L’Homme Slave n’est plus. Son histoire ne s’arrête pas là. Ses histoires devrais-je dire car, sa vie fut un peu à l’image de ses spectacles : fécond, parfois imprévisible, fruit de passions.

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