https://i2.wp.com/static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/7/1/4/4/9782714438232FS.gifLe prince des marées / Pat Conroy. Traduit de l’américain par Françoise Cartano. Belfond, 2002. 587 pages. 4,5*

 » Pour décrire notre enfance dans les basses terres de Carline du Sud, il me faudrait vous emmener dans les marais, un jour de printemps, arracher le grand héron bleu à ses occupations silencieuses, disperser les poules d’eau en pataugeant dans la boue jusqu’aux genou, vous ouvrir une huître de mon canif et vous la faire gober directement à la coquille en disant :  » Tenez. Ce goût-là. Ce goût-là, c’est toute la saveur de mon enfance « . Sur l’île de Melrose, Tom, Savannah et Luke Wingo ont grandi entre un grand-père qui se prenait pour le Christ, une grand-mère féministe, un père patron de pêche, violent et imprévisible, et une mère mythomane dévorée d’ambition. Bien des années plus tard, la belle psychiatre Susan Lowenstein demande à Tom de l’aider à sauver Savannah d’une folie suicidaire. Par amour pour sa jumelle, il va accepter de se rendre à New York pour dire les blessures d’une enfance dure et chaotique, mais illuminée par la merveilleuse complicité qui unissait frères et sœur. Tout en distillant cette histoire exceptionnelle pleine de tendresse, d’humour et de violence, Tom va faire resurgir le souvenir d’un drame inavouable qui a brisé à jamais les liens du sang…

 

Que dire de cet ouvrage qui n’ait pas encore été écrit. Je pense que je ne vais guère faire preuve d’originalité, mais je m’en voudrais de ne pas, à mon tour, vanter ce roman et la qualité tant de l’écriture de Pat Conroy que sa construction.


Cet ouvrage est un tout : une grande bouffée d’oxygène lorque Tom nous raconte la vie sauvage, le sud, la beauté des marais, de la pêche à la crevette, du marsouin, des couchers de soleil, la joie de cette enfance entre une soeur jumelle et leur grand frère, des liens fraternelles qui leur font vivre une enfance presqu’heureuse… Presque car c’est aussi un cri : face aux usages du Sud, positfs et négatifs, la méconnaissance d’un père pour exprimer son amour si ce n’est au travers des coups, la rancune d’une mère avide de pouvoir, d’argent, de reconnaissance de tout ce que le monde pourrait /devrait lui envier à elle, poupée du Sud mais poupée malmenée, vivant au milieu de nul part à ces yeux, et qui refuse à ces enfants le droit de parler. L’horreur de drames qu’il faut taire, oublier même si la mémoire ne peut le faire et entraîne chez chacun des membres de cette famille des conséquences ; une sorte de jeu de dominos mis en place bien avant la naissance de cette fratrie. Les événements du présent ne faisant qu’ajouter des pièces à ce gigantesque jeu que nous raconte, en mêlant passé lointain, proche ou présent, Tom à son lecteur, volontairement ou non ; pour le lecteur mais également pour la psychiatre qui tente de sauver la vie de sa jumelle, la belle Savannah, dont la vie est marquée depuis sa plus tendre enfance par des troubles psychologiques qu’elle a cherché à dominer de bien des manières puisqu’elle n’avait pas le droit d’en parler (pas plus que du reste) et qu’elle souhaite détruire par l’ultime moyen : en se donnant la mort. 

Oui tout cela peut sembler fort tragique, mais ainsi que je l’écrivais, Pat Conroy le fait avec un tel talent de la narration que je n’ai pu m’arracher à ma lecture. ll alterne des moments de folies heureuses, des images de la nature qui illumine le quotidien de ces enfants aujourd’hui adultes, entrecoupant le tout des coups de poings du père, du chantage affectif de leur mère. La bonté et la folie douce des grands-parents paternelles ne suffirot pas à leur faire échapper à cette vie qui va s’avérer toujours plus violente, toujours plus traitresse, mais leur a certainement permis de voir la vie des adultes avec d’autres yeux .Fort heureusement, quelques éclats de rire et la vie reste toujours plus forte que les agressions physiques, verbales ou la mort.


C’est un roman époustouflant, qu’une fois entamé on ne peut que lire jusqu’à la dernière ligne, en sentant parfois une boule au fond de la gorge et les larmes si proches, mais le besoin de savoir est là, non par voyeurisme mais par le désir de connaître enfin le dénouement, même si l’on sait déjà que toute cette famille ne sera plus là à la dernière ligne.

 

Karine 🙂, Jules, Virginie, Abeille ont aimé.

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