https://i2.wp.com/static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/1/3/6/9782213669595FS.gifLe docteur Thorne / Anthony Trollope. Traduit de l’anglais, préfacé et annoté par Alain Jumeau. Fayard, 2012. 507 pages. 3,5*

Le Docteur Thorne, qui a valu à Anthony Trollope son plus grand succès, constitue (en 1858) l’une des premières apparitions dans le roman anglais du personnage du médecin, appelé à un bel avenir littéraire. Les rapports entre le mariage et l’argent, dans une société inégalitaire mais mobile, sont au cœur d’une intrigue attachante. Le docteur Thorne, célibataire endurci, a recueilli chez lui sa nièce Mary, orpheline, qui est devenue une belle jeune fille.
Il souffre de la voir mise à l’écart par la bonne société du village, du fait qu’elle est de naissance obscure et sans fortune. Elle ne saurait épouser celui qu’elle aime, Frank Gresham, un jeune héritier désargenté qui l’aime également, mais dont le devoir est d’épouser « une fortune » pour sauver le domaine familial hypothéqué. Trollope nous offre ici un magnifique roman d’amour, qui se distingue, comme toujours, par la richesse psychologique de ses personnages, l’intérêt de son étude de mœurs et son inspiration aimablement satirique.

 

Grâce à la fine bande des Frogs, je découvre lis des auteurs dont je n’avais eu l’idée d’ouvrir le moindre ouvrage. Leur existence restant jusqu’alors pour moi, des noms, des titres vagues.

Alors même si je n’adhère pas toujours au style, il est vrai bien loin des lectures / écritures de la seconde moitié du XXème siècle qui constituent sans doute la plus grande part de mes lectures (après tout, nous ne sommes qu’au début de ce XXième siècle), je dois avouer que je suis ravie de prendre le temps d’ouvrir ces « classiques », et de me trouver plongée dans cette Angleterre victorienne. Moeurs, usages politiques, économiques et de la vie courante se retrouvent sous nos yeux au détour des histoires. Il montre à la fois l’évolution d’une société, d’un pays mais également du genre littéraire. 

Comme je manque cruellement de connaissances concernant l’oeuvre de Trollope (Wikipédia ne remplacera jamais la lecture des ouvrages d’un auteur, si bien faite que soit la page), je vais peut être vous faire sourire en me précipitant sur des évidences, mais tant pis :))

Si je reprends la 4ème de couverture, ce qui m’interpelle en premier lieu est « Trollope nous offre ici un magnifique roman d’amour ». Heu oui, mais j’ai vu des romans d’histoires d’amour proposant des péripéties si ce n’est plus haletantes, du moins le style tenait-il davantage le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Si des problèmatiques se greffent autour de couple improbable, si l’argent, les influences, le pouvoir se disputent à la jeunesse et l’inexpérience de Frank et Mary et à leurs sentiments, le style de la narration de Trollope, sa façon de s’immiscer dans le roman, revendiquant sa place de romancier, casse parfois un peu le fil. Ajoutons à cela qu’il ne laisse guère de mystère quant à l’issue du roman et que l’on voit de fort loin, la chute.

La prouesse d’Anthony Trollope reste, comme je le disais, de tisser les fils de son intrigue et de ses personnages que l’on retrouve liés par des mésalliances, affaires de famille, histoires d’argent etc…Tout un chacun cherche sa place, à sauver son honneur, son titre ou son sang, à s’élever. C’est là le grand mérite du roman et ce qui le rend unique.

Trollope donne réellement une image de ses personnages, tant physiquement que moralement. Sans doute était-il aisé pour ses contemporains de retrouver des voisins tout au long de ses chroniques – car j’ai appris grâce à Isil, que ce volume est le 3ème des Chroniques de Barsetshire, même s’il peut se lire individuellement – Les contemporains de Trollope pouvaient s’y retrouver, mais également ses lecteurs grâce à des personnages qui font des apparitions dans ce volume. Anthony Trollope aime ses personnages, jouent avec eux, comme avec les noms qu’il leur donne ; tout cela ressemble fort à une moquerie amplifiée des petits travers des uns et des autres, et plus particulièrement des hommes. S’ils sont force de lois, décisionnaires, ils semblent bien souvent moquer au fil de ce roman. Les femmes affichent davantage de caractère que leurs maris, soupirants ou autre. Le Docteur semble une exception mais il n’en reste pas moins sous une certaine emprise de sa nièce comme des femmes de sa maison. Il est décisionnaire par la force des choses, mais n’apprécie en rien ses missions. Ses amitiés, relations le mettent dans l’embarras plus souvent qu’à son tour, alors qu’il ne semble aspirer qu’à excercer son métier, à la limite les joutes verbales avec des confrères qu’il juge parfois, … Le médecin qu’il est, n’est pas à sa place et ses relations avec le squire comme avec la famille du squire ou d’autres montrent bien l’ambivalence de sa situation. 

Les plus intéressants portraits / caractères semblent ceux des femmes : Mary bien entendu qui, si elle fut stimulée par son oncle, reste néanmoins une personnalité qui se serait sans doute développée de la même manière. Miss Dunstable, dont la fortune lui permet tout semble bien en avance sur son temps par son esprit comme par son indépendance. La mère de Franck et sa famille avec son penchant pour le sang pur, l’héritage du passé. 

Ne serait-ce que pour ces portraits de femme et quelques épisodes dont les relations entre les médecins de campagne ou l’anoblissement de Sir Roger, il faut lire cet ouvrage.

Toutes les pages ne trouvent pas grâce à mes yeux, mais il n’en demeure pas moins un ouvrage intéressant, en dépit de quelques longueurs.

 

Un avis, un second,

Frogs - VFAL

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