https://i2.wp.com/www.librairiepantoute.com/img/couvertures/la-dot-a-sarah-10.jpgLa dot de Sara / Marie-Célie Agnant. Les éditions du remue-ménage, CIDIHCA, 2000.177 pages. 4*

Aïda, Marianna, Giselle, Sara, la rencontre de quatre générations, la mémoire de l’aïeule Aïda que transmet Marianna à sa petite fille Sara. Complicité, générosité, par-delà les ruptures et la solitude qu’entraîne l’exil, La Dot de Sara, c’est avant tout ce legs culturel qui accompagne l’enfance de Sara et enrichit son univers.

‘Nous ne sommes pas tous doués de l’équilibre nécessaire pour cheminer sur deux routes à la fois. Selon moi, il faut laisser au coeur le soin de définir son propre pays. Sara aura vingt ans bientôt. Dans quel pays naîtront tes arrières petits-enfants ? Peut-être là-bas, peut-être ailleurs, mais plus sûrement ici. Notre pays devait être la terre où l’on se sent le mieux. La terre qui reconnait le bruit de nos pas, dirais-tu. »

 

Fils de l’héritage, des relations filiales mais avant tout un magnifique rendu de la vie haïtienne, si difficile et si précaire soit-elle. Bien entendu, il ne s’agit là que d’un bref aperçu que nous donne Marianna : quelques courts épisodes liés à son enfance entourée de sa grand-mère et des voisines qui s’entraîdent. De la fierté de ses femmes dures au travail, confrontées à la misère, à gagner de quoi nourrir leurs petits, à l’abandon des pères…

Mais l’éducation reste la voie de la réussite et Marianna qui apprend la couture va à son tour prendre son destin en main et décider de s »éloigner de son berceau d’origine pour gagner sa vie et donner une éducation à sa petite Giselle.

Instants croisés que l’on ne fait qu’apercevoir car désormais Marianna a quitté son Haiti  natale pour aider sa fille à la naissance de Sara : une nouvelle vie qu’elle entreprend vaillemment en dépit des différences culturelles, de la perte de repères, des peurs qu’elle éprouve en refaisant ce chemin vers la nouveauté près de 30 ans après avoir pris son propre envol. Mais l’âge rend les choses plus difficiles et l’absence de liens lui font regretter son pays. Partagé entre Sara et la culture qu’elle essaie de lui transmettre et sa propre fille : Giselle, qui, ne semble que revivre une existence assez similaire à celle de ses aieules mais dans un autre pays.

La rencontre de Marianna avec une autre grand-mère ancienne commère de sa ville va lui permettre de sortir de son cocon et d’aller quelque peu à la découverte de son nouvel habitat tout en conservant son regard vers Haïti au contact d’autres exilés haïtiens. Grâce à eux tous, nous découvrons au travers de son regard les problèmes culturels, économiques de ses hommes et surtout femmes, déracinés dont les enfants n’ont pas toujours les moyens d’assurer la survivance. Qui découvrent un système économique totalement à l’opposé de l’entraide qu’ils avaient connu jusqu’alors.

Au fonds de chacun de ces anciens qui ne sont venus que pour leurs enfants demeurent l’espoir de retour, car il est bien connu que le passé semble toujours plus beau.

Marie-Cécile Agnant permettra à son héroïne lors de pages finales de rentrer au pays, mais les événements politiques et les changements non vécus durant son exil de 20 ans terniront quelque peu ce retour aux sources, même si cela ne fait l’objet que de quelques lignes.

Même si cette histoire a pour origine une étude sociologique, elle accapare le lecteur pris à la suite de Marianna. Si certaines pages peuvent sembler manquer de force et d’entrain cela n’en demeure pas moins un beau roman, et un témoignage émouvant.

 

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