Kenny aime Junie / Kevin Canty. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Hobab. Editions de l’Olivier, 1999. 347 pages. 2,5*

Une banlieue comme on en voit dans les films de Spielberg.
Des familles brisées, des vies sans perspectives : Kenny et Junie sont les enfants d’une Amérique blanche et urbaine qui a perdu tous ses repères et part lentement à la dérive. Tout conspire à les égarer. Ou, au contraire, à les rapprocher… Kenny aime Junie raconte l’éducation sentimentale de ce jeune homme gauche et tourmenté et de cette jeune fille à la beauté bouleversante. D’une rencontre en forme de collision naît un amour fou, une relation érotique et tendre d’une intensité extrême.
Au point que les hasards de la vie ne parviendront jamais à détruire complètement la force de cet amour de jeunesse. Puisant ses références dans une culture très actuelle, Kenny aime Junie décrit avec précision cette passion adolescente, où la sensualité et les sentiments se masquent de rêveries chimériques. Et confirme le talent exceptionnel de Kevin Canty à radiographier le malaise existentiel des enfants du siècle.

 

Je dois avouer que je ne sais comment vous parler de ce roman qui ne m’a fait ni chaud, ni froid. Effectivement, pour une fois la quatrième ne nous ment pas, et Kevin Canty décrit avec beaucoup de savoir faire l’adolescence et la confrontation au monde des adultes, de ceux en devenir que sont ces deux personnages : Kenny et Junie. Parallèlement il ne parle pas de milieux espagnols ou noirs mais bien de WASP, de deux familles de conditions fort distinctes, mais sans misérabilisme. Néanmoins, si ces deux protagonistes n’ont aucun problème en ce qui concerne la couleur de leur peau, le monde de l’adolescence reste en tout point pareil, et nul besoin d’être bien né pour ne pas vivre dans une famille désunie, et l’alcool, la dépression etc. ne sont absents d’aucune couche de société ; l’argent n’est pas le nerf de la guerre ou une protection contre le mal être que l’on soit adulte ou adolescent.

Au gré de l’errance de Kenny et Junie, l’auteur nous tisse la naissance d’une relation amoureuse alors que tout semble s’écrouler autour de ces deux adolescents. Kenny qui croyait déjà tout savoir des femmes, découvre l’amour avec Junie. Amour physique complexe lorsque chacun s’interroge encore sur sa sexualité, où un simple échange visuel rende  Kenny perplexe, s’interroge, ou le regard de ses « amis » le plonge dans d’inévitables questionnements concernant la réalité de ses sentiments envers Junie et sur leur avenir commun ou le sien plus simplement. Gentils ados bercés par les images liées à leur éducation religieuse et, en dépit de leur opposition aux modèles parentaux, qui s’imaginent se marier, trouver facilement un travail et idéalisant leur vie de couple quelque soit les obstacles rencontrés : arrivée inopinée d’un enfant, amour rimant évidemment avec toujours, bascule d’un monde social protecteur notamment d’un point de vu financier vers une vie où la carte de crédit des parents n’est plus là pour assurer le quotidien ; tout cela, ils le présentent mais ne parviennent pas à le réaliser pleinement. 

Mais la vie et ses méandres rappellent à nos deux jeunes enfants du siècle que les contes de fées ne sont là que pour bercer l’imaginaire ou peut être permettre à un romancier une jolie fin romancée. Une conclusion que, ma mémoire ne parvient pas à clairement percevoir (j’aurais dû la relire, ayant perçu une non compréhension). Ai-je rêvé où l’auteur ne nous offre-t-il pas deux fins possibles ? A moins, qu’il ne s’agisse simplement que d’un nouveau méandre dans l’imagination de Kenny ? Soyons claire, aucune ne comblera les aficionados d’happy end et cela répond parfaitement au style voulu et rendu par Kevin Canty. Quant à moi mon indifférence a perduré jusqu’à la dernière page ; je persiste à dire que j’ai bien souvent du mal avec les auteurs contemporains écrivant sur notre quotidien.

 

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