https://i0.wp.com/www.decitre.fr/gi/74/9782742785674FS.gifLa double vie d’Anna Song / Minh Tran Huy. Actes Sud, 2009. 188 pages. 4*

Anna Song, « la plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler », laisse derrière elle une œuvre discographique sans précédent.
Malgré la maladie, et clans un engagement du corps et de l’âme proche de la ferveur, elle a voué ses dernières années à arpenter, avec une indéfectible justesse, un territoire musical des plus vastes. Gardien du temple et architecte de la légende : Paul Desroches, son mari et producteur. Mais tandis que celui-ci raconte la femme aimée, de l’émerveillement enfantin aux patientes années d’une vie partagée dans une sorte de culte de la beauté, le scandale éclate.
Anna Song n’aurait pas enregistré une seule note de sa discographie, pillée ailleurs par l’amoureux démiurge. Imposture, falsification, trahison : au concert de louanges nécrologiques succède le tapage de l’opprobre, relayé par des médias d’autant plus féroces que bernés. C’est un fascinant jeu de miroirs qu’orchestre ici Minh Tran Huy dans un deuxième roman qui confirme l’avènement d’un univers d’une impressionnante cohérence.
Où l’on retrouve l’omniprésente absence du pays des origines, le Viêtnam, dont la réalité floutée par le temps et l’éloignement s’enracine clans un silence peuplé de contes. Et aussi cette petite musique envoûtante, cette opacité impavide plus généreuse qu’elle ne s’affiche, qui évoque irrésistiblement les eaux calmes d’un lac, sous lesquelles se jouent – et demeurent – les plus violentes tragédies.
Tombeau du premier, du grand, de l’unique amour, entre ode et plaidoyer, La Double vie d’Anna Song révèle et défend la folie d’aimer, mais aussi le droit à inventer des vies à la hauteur de cette folie.

 

S’inspirant de faits réels, Minh Tran Huy donne à son roman ses origines vietnamiennes. Navigant sur un passé familial, elle tisse la vie de cette femme pianiste et de son amour de jeunesse. S’enlace l’histoire de la rencontre entre Anna et Paul, leurs histoires, leurs grand-mères respectives, aimantes, caressantes et les chapitres émanant des journaux qui s’emparent d’Anna Song, l’édifiant sur un piédestal juste après son décès avant de la voir chuter tout comme le destin de Paul Desroches. Paul, qui nous donne sa version des faits, qui fascine le lecteur avide de savoir le pourquoi du comment de cette mystification, si cette dernière est bien réelle. Un lecteur prêt à suivre les deux enfants dans leur passion musicale, qui s’accroche à l’histoire des ascendants d’Anna, cette histoire qui donne cette sensibilité si particulière à la musique de cette enfant prodige.

Mais au regard des articles qui s’accumulent, des questions qui se posent, déméler le vrai du faux semble de plus en plus complexe pour tous : lecteur, journaliste et même jusqu’à Paul Desroches. Est-ce une fable montée de toute pièce par ses soins ? Où s’arrêtent la réalité de la fiction ? L’amour inconditionnel de cet homme pour cette Wunderkind qui l’aida à vaincre sa solitude et l’absence de reconnaissance ? Seul le dernier chapitre vous donnera un début de réponse.

Dans ce roman, on retrouve à la fois, la force de ceux qui ont tout perdu, leur volonté de se battre avec les moyens dont ils disposent. Cela peut se traduire par l’exploitation de leurs dons, de leur intelligence ou tout simplement de leurs connaissances. Il est intéressant de lire au travers de « l’article » en fin de volume combien la célébrité peut s’acquérir avec plus ou moins de justesse de la part des critiques. La reconnaissance tient à fort peu de chose, et j’ai trouvé ce parallèle, en cette période de rentrée littéraire où la couverture médiatique aide à la vente, savoureuse. Il est certain qu’un agréable physique, une Histoire permet d’accrocher le lecteur. Tous les éléments parfaitement réunis ici. Jusqu’où seriez-vous prêt à aller, quelles parties de votre existence à gommer ou aménager pour obtenir la reconnaissance des média, pour arriver là où tout un chacun vous avait dit que vous iriez ?

Bien entendu si vous avez entendu parler de l’histoire de Joyce Hattom, peut-être n’attendrez-vous pas grand chose de cette lecture ; mais elle dénote par ces références au Vietnam, aux histoires y faisant référence, et avant tout à la musique, un certain charme à mes yeux.

 

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