https://i0.wp.com/www.decitre.fr/gi/95/9780141028095FS.gifEmma / Jane Austen. Traduit de l’anglais par Pierre Nordon. Le Livre de Poche, 2008 (Les Classiques de Poche). 512 pages. 4,5*
Publié anonymement en 1816, Emma est l’oeuvre la plus aboutie de Jane Austen (1775-1817) est l’un des classiques du roman anglais. Orpheline de mère, seule auprès d’un père en mauvaise santé, Emma Woodhouse, désormais la maîtresse de maison s’est mis en tête de marier Harriet Smith, une jeune fille pauvre qu’elle a prise sous sa protection. Ce faisant, ne s’est-elle pas attribuée un rôle qui n’est pas (ou pas encore) pour elle ? Son inexpérience des coeurs et des êtres, ses propres émotions amoureuses, qu’elle ne sait guère interprêter ou traduire, lui vaudront bien des déconvenues et des découvertes.
Autour d’Emma, Jane Austen dépeint avec sobriété et humour, et aussi une grande véracité psychologique, le petit monde provincial dans lequel elle a elle-même passé toute sa vie.

On retrouve dans ce roman tous les éléments propres aux oeuvres de Jane Austen concernant les conditions sociales et la vision du mariage des jeunes fillles en ce début de XIXème siècle. Le roman se situe avec un entourage moindre et des personnages présentant des caractères bien distincts qui font le charme des épisodes qui se déroulent sur une année.
L’argent et la condition sociale, la bienséance restent les maîtres mots d’Emma, jeune femme dont nous suivons les périgrinations, et les certitudes sur les faits et gestes de son entourage. Marieuse dans l’âme, romantique dans l’absolu, elle se persuade d’aider la jeune Harriett Smith dont les origines restent obscures mais qui selon Emma, peut aspirer à un mariage au-delà de sa condition, toute certaine qu’elle est d’un ascendant émérite. Emma se croit également à même de façonner cette jeune fille et son esprit alors qu’elle même est bien loin d’avoir l’expérience requise. Mais forte de l’union réussie de son ancienne gouvernante, elle se voit experte en la matière et prête à aider les coeurs célibataires autour d’elle. Elle va rapidement découvrir qu’un beau faciès et des mots d’esprit ne vont pas forcément avec la sagesse ou simplement l’amour sans que rente ou dot ne soient pris en considération.
Galerie de portraits parfois amusant, agaçant, et bien entendu fortement marquée par le temps, l’ouvrage n’en demeure pas moins une fort agréable lecture.
On soupire devant la diatribe de Miss Bates, l’envie de tourner le dos ou de rabattre le caquet à la femme du révérend, Mrs Elton, est fort tentante (elle rappelle le cousin si avide de s’octroyer les bonnes grâces de sa seigneurie dans Orgueil & Préjugés), M. Woodhouse m’a épuisé avec, entre autre, ses peurs digestives et de courants d’air et ses « pauvres » femmes mariées ; l’on reste coi devant l’abnégation de ses amis et famille à endurer ses craintes des petits changements dans ses habitudes.
Ne serait-ce l’utilisation abusive de l’expression « notre héroïne », ma lecture aurait été plus que plaisante, mais l’abus m’a agacé de nombreuses fois. Mille fois, j’ai eu envie de biffer cette mention pour simplement la remplacer par Emma ! Liée sans doute à une stylistique de l’époque (et non à la traduction comme je l’ai initialement pensé), c’est bien le trait le plus marquant selon moi de la date de création du roman plus encore que son contenu.


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