https://i1.wp.com/www.decitre.fr/gi/51/9782253127451FS.gifChaos calme / Sandro Veronesi. Roman traduit de l’italien par Dominique Vittoz. LGF/Livre de Poche, 2010. (Le Livre de Poche) 535 pages.
Pietro Paladini est immobile.
Dans l’oeil du cyclone. Il ne sort plus de sa voiture, garée au bas de l’école de sa fille, à Milan. Ce quadragénaire séduisant que la vie avait épargné vient de perdre sa femme, Lara. Il attend de souffrir, mais ce n’est pas si facile de ressentir la perte. Les amis et les anonymes viennent lui parler, l’étreindre, partager ce temps suspendu, ce  » chaos calme  » où il se réfugie désormais. Les collègues de travail à la veille d’une fusion financière sans précédent, un frère fumeur d’opium, une belle-soeur qui se dénude en pleine crise de nerfs, tous à un moment laissent tomber leurs masques.
Tous renoncent à la comédie sociale. Sur cette situation digne de Beckett, Sandro Veronesi construit un roman émouvant, ample, magistralement tissé : le mélange de l’intime dans ce qu’il a de plus vibrant et du réel dans ce qu’il a de plus dérangeant.

Si le nombre de prix reçu par cet ouvrage est impressionnant, il restera un livre lu. en ce qui me concerne.
Et oui, je ne partage pas les billets très enthousiastes que j’ai reperé sur la toile, et même si des idées fort intéressantes se dégagent de ce roman, les épisodes qui se collent parfois m’ont parfois fait l’effet d’un cheveu sur la soupe.
Comment reprendre le cours de la vie lorsque l’on vient de perdre son conjoint et que son enfant a été témoin de ce drame ? Voilà la théma principale du roman à laquelle s’ajoute le ressenti du protagoniste Pietro et de sa fille, Claudia. Où plutôt l’absence de souffrance qui semble être le fait de ces deux protagonistes et plus particulièrement de l’époux.
En dépit de ce qu’il nous dit, la narration est faite du point de vue de Pietro, sa souffrance est bien latente du fait de cette décision de se poser devant l’école de sa fille afin de lui montrer que lui est et restera présent, et ne compte pas l’abandonner. Si par l’excuse de la fusion, il tente de démontrer que tout est suspendu en attendant qu’elle aboutisse, j’y vois davantage le fait d’une remise en question de ses priorités. Cette perte lui ouvre les yeux de bien des manières puisqu’elle lui permet de faire un point sur lui-même, ses proches : son frère, sa belle-soeur, son père ainsi que sur ses collègues.
Par rapport à ces derniers, s’éloigner d’une situation difficile à vivre pour tout salarié, lui permet de prendre un recul suffisant pour – avoir un oeil extérieur et quasi noeuf par rapport aux événements, – ne pas endurer le quotidien. Quotidien qui le rattrape par les visites de différents personnages venant s’épancher sur lui, narrer leurs souffrances intimes : ce veuf est-il à leurs yeux, dans son deuil, capable de mieux comprendre leurs propres tourments ?  Ces intermèdes sont intéressants car il montre réellement bien les bouleversements qu’entraînent une fusion et les différentes réactions de tout un chacun. Néanmoins au bout d’un moment, le délire de certains et les visites d’autres ne m’ont pas semblé apporter grand chose à l’histoire elle-même.
Intéressante introspection d’un homme bousculé dans sa vie privée et professionnelle, mais je suis restée néanmoins sur ma faim. La multiplication des personnages me laissent de marbre, et je me suis parfois ennuyée dans ma lecture.
D’autres pages sont belles et émouvantes telle les relations père-fille : le jeu du GPS (j’adore ! pauvre crétine de machine lol), l’admiration du père face à la stoïcité de Claudia mais qui reste néamoins une enfant de son âge (les enfants possèdent une force de caractère que j’ai l’impression de perdre en vieillissant), face à ses propos qui ponctueront la chute, l’enfant trisomique, le vieil homme ou simplement son collègue dont il reprendra les idées…
A découvrir si cela vous tente. Et pour les âmes sensibles, le décès est visible mais rapidement 2-3 lignes et, pris dans la cohue des événements qui débutent cet ouvrage.

Merci à Alexandra de Connivences littéraires de m’avoir mis sur la voie de tous les « manques » de cet ouvrage et reflètent mon absence de plaisir continu (il s’agit plus d’à coups ; dommage pour moi).
Parmi ceux qui ont aimé, le billet de Florinette.

Ouvrage lu en partenariat avec Le Livre de Poche.

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