Voici déjà quelques années (quelle horreur ! ) que ces ouvrages m’avaient fait de l’oeil et que je les avais acquis.
Lecture remise à plus tard, quête d’un moment de sérénité afin de découvrir en toute quiétude cette maison d’édtions et leur première collection intitulée « Sagesse d’un métier ».
Par son intitulé et son objectif, cette maison d’éditions nous propose d’ouvrir toujours davantage nos mirettes. Elle nous invite à découvrir par cette collection des plumes reconnues pour chaque métier. Grâce à leur expérience personnelle et professionnelle, ces passeurs nous montrent le contenu de leur activité avec leur sensibilité et leurs mots. J’ignore si chacun peut se retrouver dans les différents titres publiés mais les ouvrages
La sagesse de l’éditeur & La sagesse du bibliothécaire sont parvenus à me parler. Je ne suis pas éditeur, n’en ai jamais eu l’envie, pas plus que d’être écrivain et me contente d’être une lectrice, et pourtant… cet ouvrage ne m’a pas laissé indifférente.
A vous de vous faire votre propre opinion.

C’est par La sagesse de l’éditeur que j’ai commencé, attirée par l’envie de découvrir la plume de H. Nyssen dont je n’avais jamais lu aucun écrit, et que je connaissais avant tout pour sa maison d’édition.
Mélant habilement ses expériences et souvenirs, H. Nyssen nous tisse un portrait délicat et empli de sincérité sur l’édition et le monde du livre de manière générale. Ainsi qu’il l’écrit, il a la chance de connaître et de se reconnaître dans cet univers. Lecteur tout d’abord, différentes tentatives vers le milieu de l’édition ensuite, écrivain lui-même, rencontres avec d’autres écrivains  auprès desquels il se nourrit afin de donner vie à son entreprise
Par la magie des mots il nous fait toucher du doigt ce qu’il nomme la folie « (…) source d’audace parce qu’elle a pour effet de libérer de la contrainte des réalités ceux qui en sont ou s’en font la proie. Et de céder au plaisir d’un livre d’humeur. (…) »
Folie très douce aux yeux du lecteur mais au détour d’une phrase on découvre la douleur parfois de cette folie ; sa cohabitation avec la joie vers laquelle le mène l’entrain, les rencontres, et le quotidien qui parfois semble extraordinaire lorsque le temps a passé et que l’on prend le temps de se retourner.
En 7 courts chapitres*, l’auteur nous dit tout ou presque sur ce monde décrié, fascinant pour les uns et qui semble bien loin de notre univers parfois.
Il n’édulcore rien, n’oublie rien : qu’il s’agisse des opérations marketing, des romans commerciaux, comme des craintes de l’échec.
Le plus court chemin pour mieux vous faire comprendre le contenu de ce livre n’est pas seulement de vous inviter à le lire, mais en vous donnant les titres choisis par Hubert Nyssen pour « découper » son propos ; je pense que vous comprendrez ainsi une partie du contenu.
1. L’éloge de la folie
2. L’art de la découverte
3. L’avatar de l’écriture
4. Le livre, objet mal identifié
5. Le lecteur invisible
6. Passeurs ou contrebandiers
7. Arrivée à ce point….

La sagesse de l’éditeur / Hubert Nyssen. L’oeil Neuf, 2006. (Sagesse d’un métier). 111 pages. 4,5*
Pour la leçon de lecture, ce jour-là, ma grand-mère avait choisi, dans une version à l’usage de la jeunesse, le passage du Don Quichotte où se déroule la bataille contre les moulins.
Elle me demanda si je savais dans quelle langue avait été écrite cette histoire. J’hésitais, elle me souffla la réponse, l’espagnol. Sa question en préparait une autre. Et dans quelle langue venais-je de la lire, cette histoire? En français, pardi. Ainsi, petit sorcier, reprit-elle, tu viens de lire en français une histoire écrite en espagnol? Ma grand-mère, comme la fée Carabosse, était légèrement bossue.
Mais elle avait à mes yeux la beauté de la reine des fées, et elle me faisait ainsi goûter le philtre singulier de l’admiration et de la peur. Ce jour-là, elle venait de me révéler un monde que je n’aurais pu nommer encore mais qui serait désormais le mien. Tout avait été déversé d’un coup par sa malicieuse question : le livre, la lecture, le texte et sa traduction. Et tout y était : la découverte, l’aventure, l’écriture et le talent.

La sagesse du bibliothécaire m’a, tout d’abord, inspiré davantage de craintes. Par rapport à la plume de l’auteur tout d’abord, par rapport à un monde que je connais davantage sans doute. Les premiers temps le côtoiement des deux éléments m’a fait craindre de ne pas réussir à entrer dans ce livre. A me demander s’il ne s’adressait qu’à un public averti de bibliothécaires et non pas plus grand public, du fait de l’utilisation de terminologies connus j’imagine uniquement par les professionnels.
Réflexion faite, il me semble normal que ces termes trouvent leur place dans cet ouvrage qui n’est pas là pour les expliquer « techniquement » parlant, mais pour donner le sens de ce métier ; ils ont donc toutes leur place même si les mètres linéaires, la bibliothéconomie et les quelques formules mathématiques (cela ne fait pas partie du métier ;-D) ne sont pas les passages les plus attachants à mes yeux.

Pris dans le rythme et, une nouvelle fois, l’expérience, les rencontres du professionnel reconnu qu’est Michel Melot, je n’ai pas vu les pages qui défilaient mais me rendais compte, vu la finesse de l’ouvrage, que je m »acheminais rapidement vers sa fin.
Cette lecture fut donc, une nouvelle fois, une très bonne expérience qui donne envie de se plonger dans d’autres titres et des univers différents.

La sagesse du bilbliothécaire / Michel Melot. L’oeil Neuf, 2007. (Sagesse d’un métier).109 pages. 4*
Le bibliothécaire aime les livres comme le marin aime la mer.
Il n’est pas nécessairement bon nageur mais il sait naviguer. L’océan du savoir qui grise tous les savants, rend modeste le bibliothécaire. La bibliothèque est ce lieu indispensable où le savoir décante. Regardez comme cet océan furieux se calme dans la bibliothèque ! Le bibliothécaire sait lire les livres sans les ouvrir. Son regard transperce les couvertures. Il visite la page de titre, l’auteur, les éditeurs, va directement au colophon, relève la date, le format, le nombre de pages, s’attarde sur la table des matières, vérifie s’il y a des index.
Il évalue enfin sa robustesse et la qualité de son papier, celle de sa mise en page et de son impression. Tout est dit. Si les auteurs savaient cela, ils feraient de faux livres uniquement pour les bibliothèques.