Dévoré. Oui on peut simplement dire que je l’ai dévoré ce livre commencé samedi en fin de journée, dont les pages tournaient quasi toutes seules. Samedi soir, 200 pages lues. Un aller retour en métro vers le ciné et hop, presque 100 pages de plus avalées. Retout à la maison et dimanche soir il était fini.
Et alors ? Et bien depuis, j’ai laborieusement rédigé un  billet mardi, et ne parvenais pas à me décider à écrire celui-ci. Quoi d’autre ? Je sais que mes soirées de ce début de semaine furent occupées mais je ne suis pas encore parvenue à ouvrir un autre livre. Vous l’aurez compris, il était temps que je réagisse et que je me penche sur mon clavier.

Sans doute l’avez-vous déjà tous lu, mais vous me connaissez à présent, je suis bien souvent tardive dans les lectures par trop prisées ! ;-D Merci à Xiane pour ce prêt.


 L’ombre du vent
/ Carlos Ruiz Zafon. Roman traduit de l’espagnol par François Maspero. Le Livre de Poche, 2009. 637 pages
. 4,5 *
Dans la Barcelone de l’après-guerre civile,  » ville des prodiges  » marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours.
Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y  » adopter  » un volume parmi des centaines de milliers.
Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets  » enterrés dans l’âme de la ville  » : L’Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d’apprentissage évoquant les émois de l’adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l’Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s’emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie.

Comment ne pas tomber sous le charme de ce livre qui vous fait découvrir le Cimétière des Livres  ! Quel programme pour tous les lecteurs que nous sommes. On s’imagine dans une bibliothèque géante mais déjà Carlos Ruiz Zafon nous entraîne dans un autre hémisphère. L’ouvrage choisi par Daniel, l’enfant que nous allons suivre, est celui d’un auteur quasi maudit ! Car très vite nous apprenons que ce livre « L’ombre du vent », si saisissant pour son lecteur est quasi introuvable car tous les exemplaires sont détruits par un curieux personnage. L’auteur nous plonge alors dans un univers fantastique, mais là ne s’arrête pas sa verve. Il est prêt à aborder tous les genres : l’histoire, l’amour, le poète maudit, un zest de Roméo et Juliette, du policier etc… Un fourre tout ? Pas du tout.
Tout l’art de l’auteur est là – même si j’ai noté quelques longueurs sur la fin  -.
Sa plume glisse et nous entraîne à la suite de Daniel qui grandit, est confronté à la vie ; à la sienne comme à celle de Julian Carax (l’auteur) qui suscite son intérêt, l’aide à grandir, à s’affranchir de son père grâce à son envie de connaître l’histoire de cet auteur dont les ouvrages semblent être le reflet. Progressivement nous allons nous acheminer vers un jeu de miroir mais pris dans la lecture c’est assez tardivement que l’on en prend conscience. Mon seul regret dans ce jeu de reflet est de retrouver en guise de conclusion
« (…) ce sourire triste qui accompagnait toute sa vie comme une ombre. (…) » Daniel n’est ni Julian, ni son père et pourtant il ne s’affranchit pas totalement alors que l’on pourrait s’attendre à une fin « plus heureuse ». La présence de la mort présente à chaque instant dans ce livre, masquée ou non est-elle la raison de cette fin réaliste ? Je ne sais.

« (…) Bea prétend que l’art de la lecture meurt de mort lente, que c’est un rituel intime, qu’un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, que lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares. (…) » page 632

« (…) Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. Chaque fois qu’un livre change de mains, que quelqu’un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. (…)
Quand une bibliothèque disparaît, quand un livre se perd dans l’oubli, nous qui connaissons cet endroit et en sommes les gardiens, nous faisons en sorte qu’il arrive ici. Dans ce lieu, les livres dont personne ne se souvient, qui se sont évanouis avec le temps, continuent de vivre en attendant de parvenir un jour entre les mains d’un nouveau lecteur, d’atteindre un nouvel esprit. (…) Chaque livre que tu vois ici a été le meilleur ami de quelqu’un. (…) »
pages12-13

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