Un dieu un animal : roman / Jérôme Ferrari. Actes Sud, 2009. 110 pages
Un jeune homme a pris la décision de quitter son village natal pour aller, revêtu du treillis des mercenaires, à la rencontre du désert qu’investirent tant d’armées, sous des uniformes divers, après le 11 septembre 2001.
De retour du checktpoint où la mort n’a pas voulu de lui, ce survivant dévasté est condamné à affronter parmi les siens une nouvelle forme d’exil. Il se met alors en demeure de retrouver la jeune fille de ses rêves d’adolescent, mais cette dernière semble avoir disparu sous les traits d’une jeune femme désormais vouée corps et âme à son entreprise… Requiem pour une civilisation contemporaine médusée par les sombres mirages de la guerre comme par la violence inouïe de l’horreur économique, cérémonie cruelle et profane qu’illumine l’ardente invocation d’un improbable salut, Un dieu un animal retentit des échos du chant bouleversant que fait entendre une humanité crucifiée sur l’autel de la dépossession.

Un livre très condensé : aucun chapitre ou « silence » ne vient ponctuer ce livre. Voilà ma première impression : l’étouffement.
Un roman écrit  / décrit par une tierce personne qui nous retrace le retour au village de ce jeune homme : opressant par le style et la narration.
La plume est vive, véritable uppercut dans le récit de la narration, rien ne nous est épargné. Rapidement, je manque de lâcher l’ouvrage tant je sens la douleur de cet enfant dont les genoux sont brisés – douleur que je connais et qui fait que je la vis en lisant l’ouvrage – . Force de l’écrivain de rendre avec autant de réalisme la douleur, de se faire l’écho de la souffrance humaine, de ce face à face avec la mort, avec la peur, la perte dans l’espoir de la race humaine, l’échec pour cet être humain confronté au pire, échec dans ses espoirs d’une nouvelle vie grâce à son passé, à sa jeunesse (lui pourtant encore si jeune). Tout est dit.
Vous l’aurez compris la brutalité des faits est là et pourtant la plume nous emporte vers une poésie qui permet de s’accrocher à cette courte histoire, à cette narration dont l’âme est là, tout prêt de vous, derrière cette 3ème personne du singulier si impersonnel, mais si vivante dans ses relations avec ses parents, dans sa caresse au chien de sanglier.
De la  poésie mais avec une brutalité telle que je ne pense pas avoir le coeur de le relire.

« (…)Tous les fantômes immuables de ton passé sont là, comme ils l’ont toujours été, mais c’est seulement maintenant qu’on t’a arraché à eux que tu peux les voir tous et les reconnaître. Des enfants attendent le bus scolaire dans un brouillard glacial et tu es parmi eux. (…) »

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