Love, etc. / Julian Barnes. Traduit de l’anglais par Raymond Las Vergnas. Gallimard, 1994 (Folio) 375 pages.

« Stuart, ai-je dit, je puis t’assurer que Gillian et moi n’avons pas de liaisons. Nous n’en sommes même pas, pour parler comme les diplomates, au stade des négociations préliminaires à des négociations… D’un autre côté, en tant qu’ami je dois te dire que je l’aime. Ne me fais pas de remontrances, j’en suis aussi bouleversé que tu peux l’être toi-même. Si j’avais pu, en quoique ce soit, me rendre maître de la situation, je ne serais pas tombé amoureux d’elle… »
Et c’est ansi qu’Olivier apprend à Stuart qu’il a l’intention de lui prendre sa femme. On pense aussitôt à Jules et Jim, deux hommes et une femme, mais c’est à Julian Barnes que nous avons affaire. AVec lui, rien n’est jamais comme on croyait pouvoir l’imaginer. Ironique, tendre et méchant à la fois, il fouille les blessures, scalpel à la main, là où cela fait le plus mal. Le remords, le refus de voir la vérité en face, la culpabilité, la terreur, tout y passe et le romancier-chirurgien n’épargne personne… Sans oublier de nous faire souvent rire en nous montrant les dessous des cartes, certains replis très inattendus des âmes et des coeurs.

C’est un roman écrit à trois voix que nous propose Julian Barnes sur un sujet qui peut être vu comme classique, mais avec un procédé narratif auquel je n’ai pas réussi à accrocher. A tour de rôle les protagonistes : Stuart, Gillian et Oliver viennent nous faire entendre leur point de vue, évoquent leurs sentiments, prennent à témoin le lecteur comme interlocuteur privilégié, sachant que nous avons eu les confidences des uns et des autres.
Ayant eu l’expérience dans la vie réelle de prise à partie lors de disputes conjugales, je dois avouer que j’ai eu l’impression de revivre la même chose ici, d’où une impression assez négative.
Mais n’est-ce pas la volonté première de l’auteur de nous faire jouer ce rôle d’oreille sans possibilité d’intervention, de conseils ? Dans ce cas on peut dire que la réussite est totale.
Soyons honnête, comme dans la vie réelle, j’ai pris parti pour un des personnages et j’ai détesté Oliver ; j’ai trouvé ses blagounettes plus que tristounettes, et j’avais l’impression de voir un être humain manquant totalement de charisme malgré ce qu’en dit son ex meilleur ami, et quelques intervenants extérieurs.
Bref une lecture en demi-teinte.

Ce film a été adapté au cinéma par Marion Vernoux avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg et Charles Berling. Je ne l’ai pas vu, mais Finette dit qu’elle l’a beaucoup aimé (sans avoir lu le livre). Si j’en crois ce que j’ai lu sur Internet, l’action se déroule en France, les prénoms ont été modifiés et le cadre de la première rencontre entre Stuart & Gillian est différent.
Merci à
Alice de m’avoir donné ce roman qui me donne envie de lire Le perroquet de Flaubert dont j’ai beaucoup entendu parlé et, dont, comme d’habitude, je ne me souvenais pas de l’auteur (on ne rit pas derrière son ordinateur ;-D)
 

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